"Il a réinventé chaque jour le journal" : un documentaire inédit retrace la carrière de Jean-Pierre Pernaut

"Il a réinventé chaque jour le journal" : un documentaire inédit retrace la carrière de Jean-Pierre Pernaut

INTERVIEW - C'est la der des der. Ce vendredi 18 décembre, Jean-Pierre Pernaut présente son dernier journal de 13H sur TF1. Et comme un dernier coup d'œil dans le rétroviseur, à 14h, un documentaire signé de son confrère Michel Izard retrace sa carrière et lui rend hommage.

Si on partait à la rencontre d'un autre Jean-Pierre Pernaut ? Pas tout à fait celui que les téléspectateurs retrouvent à la mi-journée derrière leur petit écran. Mais plutôt celui que l'on connaît moins, sans fioriture, celui qui doute depuis plus de trente ans, et essaie de raconter la France telle qu'elle est. Et qui de mieux que Michel Izard, compagnon de route durant toutes ces années à TF1, pour le raconter. "Ce film ne sera pas objectif", prévient d'emblée le journaliste reconnaissable entre tous avec son accent du sud-ouest. Et pour cause... Inutile d'avancer masqué et de faire semblant de vouvoyer Jean-Pierre Pernaut, Michel Izard ne découvre pas son sujet. Il le connaît trop bien.

Avec ses acolytes, Thierry Gippet à la réalisation et Bertrand Lachat derrière la caméra, Michel Izard a concocté un documentaire inédit : Jean-Pierre Pernaut, une histoire de la télévision… française, au cours de laquelle ils ont suivi "JPP" durant toute une journée, dans l'intimité de la fabrication de son journal. Sans oublier de retracer en parallèle 48 ans de carrière : ses débuts à l'ORTF d'Amiens Picardie en 1972, le remplacement de la star Mourousi, l'installation du 13H façon Pernaut et le traitement des grands événements mondiaux. 

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Jean-Pierre Pernaut, 33 ans de JT

Comment est née l'idée de ce documentaire ?

C'est une idée de Thierry Thuillier (le directeur de l'information du groupe TF1, ndlr) qui cherchait une façon de célébrer la carrière de Jean-Pierre Pernaut. Je m'en suis emparé et j'ai fait un choix un peu radical qui a consisté à n'interviewer que Jean-Pierre. Je n'ai pas voulu faire parler des gens qui le connaissent parce que je craignais de faire quelque chose de trop hagiographique. Mais on a dû changer un peu nos plans parce qu'au départ je voulais l'interviewer en Picardie, chez lui, histoire de le sortir du contexte de TF1, et puis finalement, avec le confinement, nous n'avons pas pu. Nous avons donc décidé de le suivre pendant toute une journée sur la préparation de son journal.

Qu'avez-vous voulu montrer dans ce film ?

Mon souci était de dévoiler qui il est vraiment. Je travaille avec Jean-Pierre depuis trente ans de façon assez fidèle même si je ne fais plus parti de l'équipe du 13H depuis longtemps. Par honnêteté, j'ai voulu le souligner au début du reportage car le résultat n'est forcément pas le même que si cela avait été fait par des personnes qui le connaissent moins bien. Même lui, du coup, s'est senti en confiance devant la caméra de Bertrand Lachat avec lequel il est également très complice. Du coup, Jean-Pierre était totalement libre, et j'espère que ça se voit. Grâce à cette complicité, je souhaitais aller un peu au-delà du discours qu'il tient habituellement, avec sa façon de parler en forme de bulldozer, où la complexité du personnage n'apparaît pas toujours. Or, il est à a fois plein de certitudes dans ses choix, ses affirmations, mais aussi plein de doutes en permanence, à l'image des gribouillis qu'on le voit tracer pour se donner une contenance lorsqu'il dicte son journal.  

J'ai été impressionné par cette capacité à renouveler le 13H tous les jours, et de ce fait à le rendre vivant, malgré un canevas qui a peu bougé durant toutes ces années. - Michel Izard, journaliste à TF1

En faisant ce reportage, avez-vous découvert un autre Jean-Pierre Pernaut que celui que vous connaissez depuis trente ans ?

J'ai passé pour la première fois une heure et quart avec lui dans la salle de dictée du journal (à côté du plateau où il présente le JT, ndlr) et j'ai découvert une chose que j'ignorais, et qui se voit peut-être un peu, c'est qu'à ce moment clé de la dictée de son journal, il le réinvente chaque jour. Je me suis en effet toujours demandé comment il faisait depuis 33 ans, et 7.000 journaux, pour dire à peu près la même chose sans se lasser, et je l'ai compris à ce moment précis : lorsqu'il se met à la dictée, il se met dans l'état d'esprit de celui qui n'a jamais fait le journal. Tous les jours, il va chercher chaque formule, et il avance en doutant. J'ai été impressionné par cette capacité à renouveler le 13H tous les jours, et de ce fait à le rendre vivant, malgré un canevas qui a peu bougé durant toutes ces années. Ce n'est pas une mise en scène, c'est un état d'esprit.

Après avoir visionné toutes ces images du 13H, quels sont les moments qui vous ont le plus marqué ?

À mon sens, ce sont ses débuts, car après le départ d'Yves Mourousi, Jean-Pierre Pernaut est parti d'une feuille blanche. Son 13H est sorti de nulle part, il a tout inventé. Et pourtant au bout de six mois, dès l'automne 1988, son journal est déjà largement passé devant celui de la 2. Il met ensuite deux ou trois ans à peaufiner la formule, et à partir de ce moment-là, il va la répéter à l'infini, en l'améliorant et en l'adaptant. Autre aspect aussi intéressant, son obsession du détail et son exigence, rien ne lui échappe. On le voit par exemple à la fin d'un reportage sur la chasse où il n'aime pas le passage qui a été choisi et il le dit. Il a un sens des choses que les autres n'ont pas. C'est pour cela d'ailleurs qu'il est si difficile à imiter. 

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Ceux qui suivent Jean-Pierre Pernaut vont-ils être surpris par le résultat ?

On voit qu'il est sympa, et c'est vrai, mais ce qu'ils vont peut-être découvrir - et c'est ce qui était intéressant à montrer - c'est que c'est un personnage complexe. C'est à la fois une star, ou plutôt une anti-star de la télévision, mais aussi un travailleur acharné. Il est tout le temps en train de bosser. Il est également très humain, et surtout très simple, tout en ayant conscience de sa place et de son rôle. D'ailleurs il a vu le reportage, et il m'a dit : 'je suis chauve, ridé, j'ai un gros ventre, mais c'est bien'. Il était content parce que ça le montre tel qu'en lui-même sans fioriture. Ce reportage lui ressemble et ressemble à sa manière de fonctionner jusque dans son côté obtus. Avec ses remarques, qu'il pense être du bon sens, alors que c'est son opinion. Et ça, il n'en démord pas. C'est aussi une des facettes du personnage que je voulais laisser transparaître.

En vidéo

VIDÉO LCI PLAY - Jean Pierre Pernaut, retour sur 33 ans de JT

Pour Jean Pierre Pernaut l’aventure continue avec la JPPTV. Il sera également de retour sur LCI, dès le 9 janvier à la tête d’un nouveau magazine. 

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