VIDEO - Après "Mourir peut attendre", James Bond peut-il survivre au mouvement #MeToo ?

En salles depuis mercredi, Mourir peut attendre est le dernier James Bond interprété par Daniel Craig. C’est aussi le premier depuis l’apparition du mouvement #MeToo. Une nouvelle donne qui bouleverse les relations de l’espion 007 avec les femmes comme l’explique notre journaliste Jérôme Vermelin. Et vous, trouvez-vous que c’est une bonne chose ?



#jamesbond #007 #danielcraig #notimetodie #mourirpeutattendre #metoo #cinema

DÉCRYPTAGE - "Mourir peut attendre" marque la fin d’un cycle pour le personnage, que n'incarnera plus Daniel Craig. Mais aussi parce que les relations de 007 avec la gent féminine évoluent, après cinq décennies de conquêtes sexuelles parfois scandaleuses.

Il est ce qu’on appelle trivialement "un homme à femmes". Depuis James Bond 007 contre Dr No en 1962, l’espion préféré de Sa Majesté a fait pas moins de 56 conquêtes, plus ou moins éphémères. Souvent pour le plaisir, parfois par nécessité professionnelle, rarement par amour. 

Mais en succédant à Pierce Brosnan en 2006, Daniel Craig a sans doute livré la version la plus "sentimentale" du héros de Ian Fleming : brisé par la mort de Vesper Lynd - le personnage incarné par Eva Green dans Casino Royale - il noie son chagrin dans la violence jusqu’à sa rencontre, dans Spectre, avec la psy Madeleine Swan, jouée par Léa Seydoux. Et alors que leur couple est au cœur de Mourir peut attendre, en salles ce mercredi 5 octobre, le film laisse entendre - sans trop en dire de l’intrigue - que ce séducteur impénitent (certains diront maladif) pourrait enfin se poser après une vie entière à enchaîner les conquêtes.

007 enfin confronté à son propre machisme

Six ans séparent Spectre de Mourir peut attendre. Entre les deux, l’émergence du mouvement #MeToo, dans le sillage des révélations de l’affaire Weinstein, fin 2017, n’est évidemment pas passé inaperçue auprès des producteurs de la saga. "Tous les James Bond sont le reflet de leur époque", explique à LCI le réalisateur Cary Joji Fukunaga, co-auteur du scénario, avec Phoebe Waller-Bridge, la créatrice de la série Killing Eve. "Inévitablement, on écrit sur la période à laquelle on vit. Et il est impossible de ne pas être influencé et ému par ce qui se passe autour de nous", insiste-t-il.

Dans Mourir peut attendre, 007 n’est clairement plus ce bellâtre sûr de lui qu’ont incarné autrefois Sean Connery, Roger Moore et consorts. Plusieurs scènes du film le voient même être confronté, de manière assez amusante, à ses vieux réflexes machistes lorsqu'il fait la rencontre de deux "James Bond Girls" de la nouvelle génération, jouée par Lashana Lynch et Ana de Armas. Mais comment pourrait-il en être autrement ? 

Ces dernières années, de nombreux cinéphiles ont en effet pointé certaines séquences pour le moins "problématiques" au fil des aventures de l'un des héros les plus populaires de l'histoire du cinéma. Réalisé en 2018 par site Digital Spy, un montage vidéo regroupe sept de ces moments où 007 est clairement "sorti du cadre" dans ses relations avec les femmes, dérapant parfois complètement.

Dans Opération Tonnerre, en 1965, le James Bond joué par Sean Connery embrasse de force la physiothérapeute Patricia Fearing. "Tenez-vous bien !", s’emporte le personnage interprété par Molly Peters en se libérant de son étreinte. Mais ce n’est pas fini. Quelques instants plus tard, la jeune femme installe 007 sur une machine de musculation, trafiquée à son insu pour torturer l’espion. Confuse, elle prie ce dernier de ne rien dire à son patron. "Mon silence pourrait avoir un prix", lance alors Bond, avant d’entraîner Patricia à l’intérieur du sauna. Bonjour le consentement...

Une autre scène, toute aussi dérangeante, figure dans Goldfinger, sorti un an plus tôt. On y voit 007 se chamailler dans une grange avec Pussy Galore, une méchante ouvertement lesbienne dans les romans de Ian Fleming. Dans le film, le personnage incarné par la comédienne Honor Blackman a beau expliquer à l’espion qu’elle est "immunisée" contre ses charmes, ce dernier finira par la bloquer sous son poids dans la paille pour l’embrasser… et l’obliger à céder à ses avances.

Lire aussi

"Bond est un personnage qui a été écrit en 1952 et le premier film est sorti en 1962", rappelait récemment au Hollywood Reporter la productrice Barbara Broccoli, qui a repris le flambeau après la mort de son illustre papa, Albert "Chubby" Broccoli, en 1996. Sans condamner les films supervisés par ce dernier, elle l’admettait : "Les gens commencent à comprendre – parfois avec difficulté – que certaines choses acceptées hier sont inacceptables aujourd’hui."

Alors, James Bond survivra-t-il à #MeToo ? Sans aucun doute, rien qu’à en juger par les premiers résultats de Mourir peut attendre au box-office. Mais l’évolution du personnage sous le mandat de Daniel Craig interroge forcément sur la manière dont il se comportera avec la gent féminine à l’avenir. La séduction aura forcément sa place dans les prochains films, la sexualité aussi. Mais elles prendront sans doute une forme différente, plus en phase avec la société actuelle. Un sacré challenge pour le prochain 007, quel qu’il soit.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Variant Omicron : Israël ferme ses frontières aux ressortissants étrangers

"Dites à vos copains non vaccinés qu’ils commencent à nous saouler" : la charge de Patrick Bruel en plein concert

Covid-19 : les six millions de non vaccinés se laissent-ils convaincre ?

"Autonomie" de la Guadeloupe : de quoi parle-t-on ?

EN DIRECT - Migrants : il appartient au Royaume-Uni de gérer le contrôle de ses frontières, estime la Commission européenne

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.