"Je ne voulais pas du contrat" : après "The Voice", PaulO trace sa route avec son groupe

"Je ne voulais pas du contrat" : après "The Voice", PaulO trace sa route avec son groupe

INTERVIEW – "Pas du tout déçu" par son élimination aux portes des directs, le chanteur à la voix grave de l’équipe de Vianney se concentre désormais sur son groupe Brin d’Zinc. Pour financer le premier album, ses quatre acolytes et lui ont lancé une cagnotte.

Il en parle en riant comme d’un "sacré coup du sort". Lui qui n’a plus la télévision depuis 10 ans a trouvé un second souffle en pleine pandémie sur le plateau d’une des émissions les plus populaires du petit écran. Talent bouleversant de la saison 10 de "The Voice", PaulO a touché un large public avec sa voix grave et son attention portée aux mots.

Éliminé du programme juste avant les directs après avoir repris Léo Ferré, Barbara ou encore Francis Cabrel, le Breton d’adoption de 31 ans a retrouvé ses camarades de Brin d’Zinc. En seulement dix jours, le groupe a récolté plus de 36.000 euros en ligne pour financer son premier opus en toute indépendance. "C’est vraiment dingue", s’enthousiasme le chanteur qui n’a rien perdu de son franc-parler.

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Marghe répète avant la finale qu’elle a "déjà tout gagné" en participant à "The Voice". C’est un état d’esprit que vous partagez malgré votre élimination ?

Totalement. Je ne voulais surtout pas aller en demi-finale et en finale. Je recherchais l’exposition médiatique et c’est ce que j’ai eu. C’est parfait.

Pourquoi ne vouliez-vous pas aller aux émissions en direct ?

Parce qu’il y avait cette histoire de contrat d’exclusivité avec Universal, que je ne voulais absolument pas si je gagnais. Même s’il y avait peu de chances que je gagne (il rit). J’ai regardé les shows et ça ne me fait pas du tout rêver. Les chorégraphies, ce n’est pas du tout ma came (il rit). Quand je me suis fait éliminer par Giada aux cross-battles, j’étais très content. J’avais le sourire jusqu’aux oreilles. Je ne suis pas du tout déçu.

Vous incarnez une frange de la chanson française qu’on a peu l’habitude de voir sur TF1. Votre arrivée dans "The Voice" est d’ailleurs un effet collatéral de la pandémie…

Totalement. Avec le groupe Brin d’Zinc, on tournait bien. C’était une année charnière pour nous. Celle où on ne courait plus après les cachets et où on nous appelait pour jouer dans les festivals et les belles fêtes, celle où on arrivait à payer tout le monde. Et puis la pandémie est arrivée, tout a été annulé. On devait faire l’album après la tournée. Mais sans tournée, pas d’album car on n’avait pas les fonds. Quand "The Voice" a appelé, on n’avait rien à perdre. C’était soit ça, soit arrêter. S’il n’y avait pas eu le Covid, je n’y serais sûrement pas aller. Tellement d’intermittents ont tout arrêter à cause de la crise. Certains sont repartis à l’usine, sont livreurs… J’aurais sûrement fini comme ça. Je serais retourné à l’usine et puis voilà, on n’en parlait plus. 

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The Voice 2021 – Paul’O chante "Dis, quand reviendras-tu ?" de Barbara (KO)

J’en ai chialé parce que c’était la sortie du tunnel pour nous- PaulO sur le succès de la cagnotte de Brin d'Zinc

Votre voix et votre franc-parler ont séduit les téléspectateurs, qui ont été très déçus de vous voir partir avant les émissions en direct. J’imagine que vous ne vous attendiez pas à une telle réaction du public…

Non, je ne m’attendais pas du tout à un retour aussi positif. Peut-être que le franc-parler leur a plu. Peut-être que ça détonnait, que ça changeait par rapport aux autres candidats, même si certains ont aussi leur franc-parler. J’ai reçu des milliers de messages adorables quand je me suis fait éliminer. Ça fait chaud au cœur. 

Ce soutien par messages s’est en quelque sorte transformé en or. Le 2 mai, vous avez lancé une cagnotte pour financer le premier album de Brin d’Zinc. En moins de 24 heures, vous atteignez votre objectif de 8000 euros. 10 jours après, vous dépassez les 36.000 euros. C’est complètement fou, non ?

C’est vraiment dingue pour un petit groupe comme nous. La cagnotte a explosé après mon élimination de "The Voice". Elle nous permet de ne pas dépendre de maisons de disque ou de labels, de faire au moins le premier album par nous-mêmes, de travailler avec qui on veut sans avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Des organisateurs de concerts nous appellent. Des dates sont en train de se mettre en place partout en France et en Belgique. J’en ai chialé parce que c’était la sortie du tunnel pour nous. Avec les copains, on peut s’en sortir et sauver un peu les copains de cette année toute pourrie en les faisant bosser. On va pouvoir avoir de la visibilité, ce que n'ont pas les petits groupes comme nous parce qu’ils n’ont jamais assez d’argent pour diffuser ou faire des clips. D’habitude, tu demandes des coups de main aux copains. Mais là, ils vont pouvoir être payés.  

Pensez-vous que vous auriez pu financer aussi rapidement ce premier album sans "The Voice" ?

Je pense qu’on aurait pu le financer parce qu’on est quand même suivi dans le Finistère. Mais on n’aurait pas eu autant. Ça donne une sacrée visibilité. La production a aussi joué le jeu en gardant le nom du groupe et je les en remercie beaucoup. Pendant les interviews, je répétais "Brin d’Zinc, Brin d’Zinc…". Dans les messages que j’ai reçus, beaucoup étaient contents de retrouver ce style de musique qui est joué dans les bistrots et peut paraître un peu vieillot. Il y a beaucoup d’instruments acoustiques, ce n’est pas le French touch d’aujourd’hui avec des instruments électroniques. 

Il faut sauver les lieux qui font vivre la culture du spectacle vivant. Voir un concert en streaming, ça m’emmerde. Ça manque d’énergie- PaulO

Est-ce que ce n'est pas un peu un drôle de cadeau du destin que tout s’accélère grâce à la télévision alors que vous ne la regardez plus depuis 10 ans ?

(Il rit). C’est vrai que c’est un sacré coup du sort. C’est drôle, c’est chouette (il rit). Ce qui est bien, c'est que comme on était confiné, les gens ne pouvaient pas sortir et devaient regarder la télé. Je n’ai aucun regret même si je marchais sur des œufs en arrivant dans l’émission parce que ce n’est pas du tout un monde qui m’attire. On a réussi notre mission, on a une super image derrière. On a montré ce qu’on savait faire. Maintenant, c'est à nous de faire le taff derrière.

Justement cet album à venir, il est déjà écrit ? 

On aurait de quoi faire un double-album. On en a des chansons  ! Le groupe tourne depuis quatre ans mais on n’a jamais eu l’argent pour aller en studio. Je voulais que ce soit fait dans les règles de l’art. Pour l’instant, on va faire un album qui contiendra 15 chansons. On va partir au maquettage et enregistrer le plus rapidement possible pour pouvoir se concentrer sur la tournée ensuite.

Les téléspectateurs vous ont entendu chanter les mots des autres, mais quel est le message que vous souhaitez faire passer dans vos chansons ? 

Il n’y a pas vraiment de message. Quand tu écris, tu parles de toi et tu parles des autres. J’adore traîner dans les endroits où il y a beaucoup d’histoires. Aujourd’hui on est beaucoup sur les réseaux sociaux mais il n’y a rien de tel que de se parler les yeux dans les yeux. Nos chansons parlent d’amour, de liberté, de femmes, de mères, de la vie… Ce sont des chansons pour rire, danser et pleurer. On n’est pas enfermé dans un style, on essaie de mélanger tout ça pour faire passer plein d’émotions.

Votre appel pour le monde de la culture à l’issue des cross-battles a été très relayé. C’était osé d’appeler à "éteindre la télé" depuis le plateau de "The Voice"…

Oui mais bon… Il fallait partir avec panache (il rit). C’est important car beaucoup de téléspectateurs ne vont pas forcément au spectacle et ne se rendent pas compte que les talents commencent dans les bistrots, les petites salles, dans la rue… Si on laisse mourir ces lieux-là, il n’y aura plus personne pour venir chanter sur le plateau. Il faut sauver les lieux qui font vivre la culture du spectacle vivant. Voir un concert en streaming, ça m’emmerde. Ça manque d’énergie. C’est important d’avoir cette envie de découvrir au-delà d’un écran.

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Ces salles vont rouvrir progressivement à partir du 19 mai avec un public assis. Est-ce que ça contribue à arriver au bout du tunnel que vous évoquiez ?

C’est une première étape, ça ne va pas être évident au début. Un festival assis, sans bouffe, sans buvette et sans camping, ce n’est pas un festival. Les organisateurs vont faire en sorte que ça se passe bien. Quand on voit qu’il n’y a eu aucun cas de Covid après un concert-test de 5000 personnes en Espagne, ni après la teuf-tech en Bretagne à 2000 personnes, c’est qu’il y a peut-être un problème. Les gens sont dans des trains et des métros bondés mais ne peuvent pas aller dans les salles de spectacle. Il faut que ça rouvre. 

Que peut-on souhaiter à Brin d’Zinc pour la suite ?

Qu’on fasse un bel album, qu’on soit diffusé à la radio, que les gens écoutent et que ça marche.

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