VIDÉO - Jean-Claude Jitrois l'a habillée dans les années 80 : "Dalida, c’était la féminité au superlatif et à l’extravagance"

CULTURE

EN COULISSES – Il fait partie des créateurs qui ont eu le privilège d’habiller la diva italo-égyptienne. Quatre des tenues qu’il a créées spécialement pour elle sont exposées au Palais Galliera, à Paris, à partir de ce jeudi et jusqu’au 13 août. Pour LCI, le spécialiste du cuir revient sur son travail aux côtés de la star et le rapport qu’avait la chanteuse avec la mode.

Elle a porté les créations des plus grands. Dans les années 1980, Dalida a notamment collaboré avec celui qui est encore aujourd'hui le grand spécialiste du cuir dans le petit monde de la mode française. Pendant plusieurs années, Jean-Claude Jitrois imagine, dessine et donne vie à des tenues exposées du 27 avril au 13 août au Palais Galliera, le Musée de la mode de la Ville de Paris. Il l'habille alors pour la ville comme pour la scène, avec tous les codes vestimentaires des années 1980. 

Pour LCI, le couturier a accepté d'évoquer ses heures passées avec l'interprète de "Laissez-moi danser" et de nous confier quelques photos issues de ses archives personnelles.

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LCI : Quatre des tenues que vous avez créées spécialement pour Dalida entre 1983 et 1985 sont exposées au Palais Galliera. Arrêtons-nous tout d'abord sur cette robe noire en cuir à épaulettes.

Jean-Claude Jitrois : Dalida avait un rapport au corps éblouissant. Dès qu’elle portait un vêtement, elle le mettait en scène. Lorsque j'ai dessiné cette robe, il fallait d'abord mettre en lumière ce corps. Dalida avait notamment de très très jolies jambes. C’est une robe portefeuille, c’est-à-dire qu’un portefeuille peut être ouvert ou fermé. En portant cette robe, elle la faisait vivre beaucoup plus que n’importe qui d’autre. Même ma grand-mère me disait : "Celle-ci porte vraiment bien la toilette !" Elle passait très souvent dans les émissions de Michel Drucker et elle citait très gentiment tous les couturiers qui l’habillaient. Ce rapport au corps était vraiment très important. Elle aimait beaucoup avoir un décolleté très profond, c’est-à-dire pigeonnant. Elle prenait toujours la pose, comme sur ces photos prises dans mon intérieur, dans mon salon. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle prenait la pose qu’il y ait un photographe ou pas, qu’il y ait un journaliste ou pas. Elle faisait vivre le vêtement. Elle aimait aussi les grandes épaules. C’était l’époque de la mode extravagante des années 1980 où tout était permis et où on faisait vivre le corps à travers le vêtement.

Dalida était très hollywoodienne, c'était la paillette, le flambant, la joie de vivre- Jean-Claude Jitrois

LCI : Vous dites qu'habiller Dalida, "c'était comme habiller les stars pour le Festival de Cannes". Pourquoi ?

Jean-Claude Jitrois : Elle aimait beaucoup avoir un décolleté très profond, c’est-à-dire pigeonnant. Elle prenait toujours la pose, comme sur ces photos prises dans mon intérieur, dans mon salon. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle prenait la pose qu’il y ait un photographe ou pas, qu’il y ait un journaliste ou pas. Elle faisait vivre le vêtement. Elle aimait aussi les grandes épaules. C’était l’époque de la mode extravagante des années 1980 où tout était permis et où on faisait vivre le corps à travers le vêtement.

LCI : A quoi ressemblait une séance d’habillage avec Dalida ?

Jean-Claude Jitrois : C’était très simple. La première fois qu’elle est venue, elle était accompagnée de Jacqueline, son habilleuse. C’était en 1983. On s’est rencontré, on a pris le thé, on a bavardé. Elle m’a dit qu’elle allait chanter ceci, cela. Je lui ai fait des dessins. Elle me disait : "Oui ça me plaît", "là il faudrait un peu plus de décolleté, agrandir un peu les épaules". En fonction du corps que j’avais devant moi, je dessinais une robe et en général ça marchait toujours. Elle ne modifiait rien du tout. Dès qu’elle enfilait la tenue, elle la faisait vivre à sa manière.

LCI : Elle laissait le créateur en vous travailler très librement.

Jean-Claude Jitrois : Exactement. C’est moi qui choisissais la couleur, les tissus, le cuir. Souvent, je dupliquais la robe deux ou trois fois dans différentes couleurs.

Toi, tu n'es pas couturier, tu es marchand d'armes. Je me sens armée dans tes vêtements, protégée- Dalida à Jean-Claude Jitrois

LCI : Le cuir est votre spécialité. Mais c’est une matière que l’on n’associe pas forcément à Dalida. Quand on pense Dalida, on pense plutôt paillettes.

Jean-Claude Jitrois : Vous savez pourquoi elle aimait le cuir ? Car cela reflétait énormément la lumière. Tous les photographes, même aujourd’hui, me demandent du cuir car c’est une matière qui reflète la lumière. Le cuir est comme la soie, très brillant. C’est très bien pour les photos et la scène. Un jour elle m’a dit : "Toi tu n’es pas couturier, tu es marchand d’armes. Moi, je me sens armée dans tes vêtements, protégée".

Je crois que parfois, en amour, il faut être aveugle et elle, elle ne l’était pas- Jean-Claude Jitrois

LCI : Quel souvenir gardez-vous de votre collaboration avec elle ?

Jean-Claude Jitrois : Elle était pleine d’allant, pleine de vie. Elle savait avoir des rapports très affectueux avec les uns et les autres. Parfois, elle avait des moments de tristesse. Au début, elle venait avec Jacqueline puis elle venait toute seule. On prenait le thé et on parlait de l’actualité, parce qu’elle aimait la suivre. Ce qu’il faut savoir, c’est que lorsqu'on est célèbre, on a l’impression que tout le monde vous connaît. Mais, en réalité, vous ne connaissez personne. La notoriété vous permet, quand il n’y a plus de place dans un restaurant, d’en obtenir une tout de suite. Autrement, si vous n’êtes pas heureux en amour, vous n’avez rien du tout. Je crois que parfois en amour, il faut être aveugle et elle, elle ne l’était pas. Mais aujourd’hui je peux vous dire que sur les réseaux sociaux, elle aurait des millions et des millions de followers. Elle verrait que les gens l’aiment beaucoup et ça la soutiendrait beaucoup plus. Elle croyait avoir un seul public mais elle avait en fait un public beaucoup plus large que ce qu’elle pensait. Quand on parlait avec elle, elle disait : "Je plais à une tranche de gens, aux gays, aux grands-mères…" Elle aurait aimé avoir un public plus large. La mode est un monde éphémère et aujourd’hui elle serait très heureuse car elle entre au musée Galliera.

LCI : Si vous deviez choisir un adjectif pour décrire le "style Dalida", ce serait…

Jean-Claude Jitrois : C’était la féminité au superlatif et à l’extravagance. Elle adorait séduire, c’était une grande séductrice. Mais ça, vous le saviez sans moi (sourires).

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Du 27 avril au 13 août 2017 au Palais Galliera, à Paris

Toutes les informations sur www.palaisgalliera.paris.fr

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