Kamel, le magicien ose

Kamel, le magicien ose

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PORTRAIT - Il a fait des tours de magie à Harry Potter, fait disparaître des voitures, des chiens et semble parfois lire dans les pensées de son public. Kamel le magicien est à seulement 34 ans, le meilleur prestidigitateur français. Rencontre.

Les graffitis tiennent les murs d'un terrain vague de région parisienne. Un homme se tient debout les mains dans le dos. 20 mètres et une vitre le sépare d’un tireur. Le tireur vise la bouche. La détonation fend l'air, la vitre vole en éclat. La cible fait un pas de côté. Il reste immobile quelques secondes sans que l'on sache s'il va s'écrouler, touché. Mais non, il se redresse.

Entre ses dents, un bout de métal doré : la balle. Le public qui a assisté à la scène reste bouche bée avant d'applaudir à tout rompre. L'homme qui a réalisé cet exploit n'est pas kamikaze. Il n'a pas truqué la vidéo qui montre son exploit . Il vient juste de donner un sacré coup de jeune à la profession de magicien.

A 11 ans, le coup de foudre

Changement de décor. Kamel le Magicien, 34 ans accueille au théâtre du Temple à Paris où il fait salle comble depuis des mois. Dans l'intimité de la salle de théâtre, sous le regard de Coluche et Bob Marley dont les visages habillent les murs, Kamel se raconte. "J'ai découvert la magie quand j'avais 11 ans". Assis dans le canapé de l'appartement de ses parents à Clichy Sous-Bois (93), Kamel voit à la télé un magicien prendre une boule, la faire disparaître dans une main avant de la faire réapparaître dans l’autre. C'est le coup de foudre.

Très vite, il répète ses premiers tours trouvés dans un livre à la bibliothèque de son collège. Et comprend que le coup de foudre originel se transformera en un amour véritable. Parce que la magie a la couleur d'un visage éclairé et le goût de la fierté de celui qui sait le "truc". "Quand tu es enfant et qu'un adulte te dit 'comment tu fais ?’ Tu te sens grand".

Un travailleur acharné

De livre en livre, Kamel apprend ce qui deviendra son métier. En autodidacte. "Il ne doit rien à personne" confirme son ami et assistant, Abdallah. Quelles sont donc les qualités qui ont fait de lui un bon magicien ? "Cela ne se voit pas ? Être beau gosse". Kamel a la vanne ciselée mais redevient sérieux en expliquant que pour lui, seul le travail compte. Car si un acteur touche du doigt l'irrationnel quand les émotions transforment à la demande son visage, si un chanteur flirte avec les anges quand il pousse une note, le magicien, lui, ne peut compter que sur ses efforts obstinés. "Il n'y a pas de talent qui te permette de te tordre les doigts pour réussir un tour de carte…"

Ce refus de parler d'un don particulier pour être magicien n'est pas de la fausse modestie. Il est l'essence de Kamel le professionnel : un bourreau de travail. Qui regarde les vidéos de son spectacle tous les soirs après chaque représentation, qui fait noter dans un coin les prénoms des gens qu'il fait monter sur scène pour ne jamais les oublier, qui revoit tous ses tours, avant chaque spectacle, qui répète même le mouvement qu'il doit faire pour attraper un simple marqueur sur scène.

David Copperfield, la référence 

Cette rigueur quasi maladive s’explique : Kamel joue sa carrière de magicien à chaque tour. "Quand tu es humoriste, tu peux oublier une vanne, quand tu es acteur, tu peux refaire une scène, mais quand tu es magicien, tu ne peux pas rater un tour."

Pour l’accompagner dans la recherche de la perfection, il a convaincu Don Wayne, la légende américaine de la magie, de travailler avec lui. L'homme n'est pas n'importe qui et pour cause : il a été le metteur en scène d'un certain David Copperfield la référence absolue de Kamel qui l’a rencontré : "Il a du style, une vision des choses. A son époque, se dire : "je vais faire disparaître la statue de la liberté, c'était énorme".

"J’ai mis à l’amende Harry Potter"

C’est un fait, les yeux de Kamel s’allument quand il regarde outre-Atlantique. Il se rend régulièrement à Las Vegas "le temple de la magie", voir ce qu'il s’y fait, veut s'y produire ˝ un jour ˝. De plus, sa carrière a véritablement décollé quand il a été recruté par MIchel Denisot pour faire des tours aux plus grandes stars de cinéma dans le Grand Journal. "J'ai dansé avec Jennifer Lopez, j'ai bluffé Jackie Chan, mon idole de jeunesse". Et impressionné Daniel Radcliffe. Tu te rends compte, j'ai mis à l'amende Harry Potter" se marre-t-il.

Ce passage par l'émission phare de Canal Plus l'a fait connaître auprès du grand public et auprès de dizaines de stars de Hollywood. Pas de quoi donner la grosse tête à ce fils d'un artisan taxi et d'une mère au foyer qui n'oublie pas d'où il vient. "Mes parents me disent encore quand je les vois "cherche un travail. Tu ne vas quand même pas être magicien à vie". Il aimerait bien le rester mais a assuré ses arrières en réussissant un bac S et un DUT en télécoms réseau. "Je voulais devenir prof de matchs. Au tableau, j'aurais aussi eu mon public", lâche-t-il d'un sourire doux comme les clémentines de Berkane, la ville marocaine dont ses parents sont originaires.

"J’existe grâce aux gens"

Quand on est un artiste à succès, on s'expose aux compliments du public. Kamel les accepte du bout de l'oreille non sans avoir noyé le flatteur sous une tonne de "merci". "Je suis lucide : je sais que j'existe grâce aux gens". Quand il ne travaille pas, Kamel lit des livres sur… son travail comme le font souvent les passionnés. Il fait trois heures de courses à pied par semaines pour garder la forme. Il n'a pas d'enfant et refuse de livrer le début d'un indice sur sa vie sentimentale. C'est bien connu, les magiciens ont leurs petits secrets.

►(Re)Découvrez le travail de Kamel le magicien  

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