VIDÉO - Pio Marmaï s’explique après ses propos à Cannes sur Emmanuel Macron : "Je n'ai pas envie d'agresser le président !"

VIDÉO - Pio Marmaï s’explique après ses propos à Cannes sur Emmanuel Macron : "Je n'ai pas envie d'agresser le président !"

INTERVIEW – En déclarant au Festival de Cannes qu’il aimerait "casser la gueule" d’Emmanuel Macron comme son personnage de Gilet jaune dans "La Fracture", Pio Marmaï a déclenché un tollé dont il se serait bien passé. Avant la sortie du film de Catherine Corsini ce mercredi, l’acteur a accepté pour LCI de revenir sur cette polémique.

De ses débuts dans Le premier jour du reste de sa vie au récent Médecin de nuit, en passant par En liberté, Je vous promets d'être sage ou encore Felicita, Pio Marmaï s'est fait une spécialité des personnages à la sensibilité exacerbée, pour ne pas dire borderline. Dans La Fracture de Catherine Corsini, en salles ce mercredi, il est Yann, un chauffeur routier grièvement blessé à la jambe lors d'une manif de Gilets jaunes. À l'hôpital, il va croiser la route de Julie (Marina Foïs), une bobo parisienne qui n'a pas la même lecture de la société...  

Faisant référence à l'idée de son personnage d'entrer à l'Élysée par les égouts, l'acteur a fait sensation en juillet dernier lors de la conférence de presse du film à Cannes : "Alors en l’occurrence moi Macron j'aimerais bien aller chez lui en passant par les chiottes et par les tuyaux et lui péter la gueule, ça évidemment un peu comme tout le monde, dans l'absolu ?" Diffusée en boucle sur les réseaux sociaux, cette punchline allait provoquer un tollé, l'ex-ministre de l'Intérieur Christophe Castaner dénonçant "un appel à la violence"

Des propos tronqués qui font mal

Le hic, c'est que Pio Marmaï avait tempéré son propos en expliquant :  "Mais ce qui est intéressant, c'est comment on raconte cette révolte, qu'elle passe par la langue ou par l'acte de violence (...) Après si j'avais Emmanuel Macron en face de moi je lui dirais 'Mon pote, qu'est-ce qui se passe là ? Soyons francs, qu'est-ce qui est en train de se passer ?' Et malheureusement il n'est pas là." Avant la sortie du film ce mercredi dans toute la France, l'acteur a accepté de répondre à nos questions...

Se pose-t-on la question de la légitimité lorsqu’on doit incarner un Gilet jaune ? 

J’incarne un personnage de la même manière à chaque fois, même s’il est ancré dans la réalité. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de défendre la fureur, la révolte d’une personne. En l’occurrence la révolte de Yann qui a simplement envie de travailler, de conduire son camion et qui se retrouve blessé par une grenade de désencerclement. Après si je me proposais trop de questions, je ne jouerais que ce que je suis dans la vraie vie et ça n’aurait pas d’intérêt. Parce que je pense que les gens se feraient vite chier ! Disons que je tends à chaque fois vers des personnages un peu singuliers. Après, c’est vrai que quand on incarne un personnage qui est autant révolté… Moi, je ne suis pas une machine, il y a quelque chose qui m’atteint, profondément. Et c’est bon signe aussi. Je suis assez sensible à ce que j’incarne. Et quand on passe deux mois dans un souterrain avec des gens, dans cette tension permanente, c’est sûr que je ne suis plus la même personne à la fin. 

Comment trouver le ton juste pour raconter ce mouvement social encore revenu récemment dans l’actualité ? 

D’abord je n’ai pas l’impression d’incarner les Gilets jaunes. J’incarne un Gilet jaune, une personne qui est blessée en allant manifester. Je ne tiens pas tout le mouvement sur les épaules. Je crois d’ailleurs que le film est beaucoup plus universel que ça. Et c’est ce qui en fait sa force. Ce qui m’intriguait aussi dans le film, c’est qu’il fait un constat très simple : celui du besoin de s’écouter dans la société française. C’est ça que ça raconte. Le besoin de se parler, de s’expliquer entre classes sociales. Ça passe par la révolte, par l’incompréhension, la drôlerie aussi. Moi, c’est quelque chose qui m’atteint à un niveau très intime. 

Il y a un moment où lorsqu’on traverse des personnages au bord de l’explosion, et qu’on en parle pendant des jours en promo... Forcément on reconvoque un peu cet état de révolte- Pio Marmaï

Vous mentionnez la drôlerie de certaines scènes. D’une certaine manière le film nous dit que l’humour est la seule chose qui peut nous réconcilier, non ? 

De l’incompréhension générale peut naître de l’humour en tout cas. Catherine Corsini s’est inspirée du cinéma italien des années 1960 et je trouve ça intéressant pour une cinéaste de parvenir à s’interroger de manière aussi truculente sur les conflits politiques du moment. Je pense que c’est ce qui participera à l’impact du film. Parce qu’on passe un bon moment : on rit en voyant ces gens se mettre sur la tronche. C’est ça qui est jouissif.  

L’incompréhension, c’est ce que vous avez ressenti après la polémique née de vos propos à Cannes ? 

Déjà, ça m’a énormément atteint. Je ne suis pas quelqu’un de violent, je ne suis pas un acteur violent, je n’ai pas envie de me battre avec quiconque. Ce n’est pas du tout l’idée ! (Sourire). Il y a un moment où lorsqu’on traverse des personnages au bord de l’explosion, et qu’on en parle pendant des jours en promo... Forcément on reconvoque un peu cet état de révolte que j’ai traversé un incarnant le personnage. Ça peut m’amener à avoir des mots forts, et lorsqu’on les isole, dans une réponse qui en plus est assez longue, et qui est, je pense, relativement claire puisqu’elle fait référence à une partie du film et à une énergie qui est le film, tout se mélange et ce n’est pas très agréable. C’est même assez douloureux parce que ça part sur des mouvances de réseaux sociaux qui sont très durs, très violents, très vindicatifs. C’est marrant parce que j’en parlais la veille avec un ami à Cannes et on se disait : "Se prendre un shitstorm sur les réseaux sociaux, ça doit être assez dur." (Sourire)

C'est une sacrée coïncidence ! 

Sauf que je ne me rendais pas compte de ce que ça voulait dire... Eh bien là je peux vous dire que je m’en suis parfaitement rendu compte ! Après même en s’expliquant, même en montrant l’intégralité de ma réponse, même en m’expliquant là maintenant, le mal est fait. Il y aura toujours des gens qui seront persuadés que j’ai envie d’agresser le président de la République. Ce qui n’est absolument pas le cas. Je n’ai envie d’agresser personne dans ma vie. Et certainement pas le président, au contraire ! Mais je constate, je passe à autre chose, et ça me fait réfléchir.

L’engagement que je prends, quand je fais un film, qui plus est un film qui a une portée politique, c’est ma manière de livrer mon regard sur la société française- Pio Marmaï

Ça veut dire que ça vous donne moins envie de vous exprimer sur l’actualité ? On le reproche de plus en plus aux artistes, notamment sur les réseaux sociaux... 

Ah non, moi j’ai toujours été assez politisé, mais après ça me regarde. Je ne suis pas là pour dire aux gens d’aller voter ceci ou cela. Je pense que les gens se foutent complètement de mon avis sur la politique. J’ai envie de garder ma vie un peu secrète et moi, c’est mon travail qui parle pour moi. Si ce que je pense n’est pas très clair à travers les films que je fais, tant pis. L’engagement que je prends, quand je fais un film, qui plus est un film qui a une portée politique, c’est ma manière de livrer mon regard sur la société française. C’est le seul endroit où je peux agir. C’est en tout cas la manière dont moi artiste je me sens participant et républicain.

La Fracture, c’est un film ni de gauche, ni de droite ? 

Ah, très bonne question ! Après qu’est-ce que c’est que la gauche et la droite aujourd’hui ? Je suis un peu perdu. Ces pensées existent toujours, elles s’affrontent depuis longtemps…. Je crois que La Fracture est un film qui est humain. C’est un film qui prône une sorte de réconciliation même si elle est chaotique, hasardeuse et maladroite. Drôle aussi. C’est un film qui parle du besoin de s’écouter, en fait. 

C’est un film qui peut changer des choses ? 

Changer, je ne pense pas. Dans l’absolu, j’aimerais en tout cas que ça remue quelque chose. Déjà que ça donne aux gens du plaisir, un moment de drôlerie. Et en même temps que ça les mette en face d’une vérité. Si en sortant on se dit "on s’est bien marré, mais j’ai compris des choses sur certains problèmes sociétaux", alors ce sera gagné.

>> La Fracture de Catherine Corsini. Avec Pio Marmaï, Marina Foïs, Valeria Bruni-Tedeschi. En salles mercredi.

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