La fronde des salariés de Libération face aux actionnaires

La fronde des salariés de Libération face aux actionnaires

CONFLIT – Face au projet qui prévoit la transformation du quotidien en réseau social créateur de contenus, les salariés montent au créneau. Le journal, qui a perdu un million d'euros en 2013, connaît d'importantes difficultés financières.

Ils se préparent à une longue bataille. Les salariés de Libération sont mobilisés depuis vendredi contre le plan dévoilé le jour-même par les actionnaires du quotidien. Elaboré par l'homme d'affaires Bruno Ledoux, qui détient 26% du journal et l'immeuble du siège, le projet prévoit que Libération ne sera "plus seulement un éditeur papier" mais un réseau social, créateur de contenus monétisables sur une large palette de supports multimédias". La rédaction déménagerait et les 4.500 m2 du siège seraient réaménagés par le designer Philippe Starck en "un espace culturel et de conférence comportant un plateau télé, un studio radio, une news room digitale, un restaurant, un bar, un incubateur de start-up", sous la marque ''Libération''.

Cette annonce inattendue, qui paraît tenir le journal papier pour accessoire, a abasourdi les salariés, qui se sont sentis trahis car ils négocient depuis des mois sur un plan d'économies sans rapport avec ce projet. En réaction, la rédaction s'est emparée de la "Une" de samedi en titrant en énormes caractères "Nous sommes un journal", et pas un restaurant ou un incubateur de start-up. Les journalistes étaient aussi scandalisés par un mail confidentiel de Bruno Ledoux, qui a fuité dans la presse, où il les qualifiait d'"esprits étriqués".

Nicolas Demorand dans la ligne de mire

Par ailleurs, l'hostilité de la rédaction contre ses dirigeants, Nicolas Demorand et Philippe Nicolas, a encore monté d'un cran dimanche. Les journalistes les accusent de les avoir trompés depuis des mois en leur cachant les intentions réelles des actionnaires. Mais plutôt que de faire grève, les salariés ont décidé de répliquer dans les colonnes du journal. Il est également possible de suivre l'évolution du conflit via la page Facebook ''Nous sommes un journal'' créé pour l'occasion.

Libération dont les ventes ont chuté de 15% en 2013 pour tomber à 100.000 exemplaires, soit la plus forte baisse parmi les quotidiens français, se trouve financièrement en péril après avoir perdu plus d'un million d'euros en 2013.

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