Magritte à Beaubourg : cinq tableaux pour rêver, philosopher et se faire peur

CULTURE
SURRÉALISME - "Magritte, la trahison des images" est la nouvelle grande expo de rentrée au Centre Pompidou. Une centaine d’œuvres du maître belge sont exposées selon un parcours qui se veut philosophique. Mais comme souvent chez Magritte, c’est le rêve et l’imaginaire qui l’emportent.

Ceci n’est pas une pipe. Ce tableau, on l’a vu et revu, reproduit à l’infini sur des cartes postales, des affiches, partout sauf dans les bureaux de tabac. Tout le monde connaît Magritte, ou croit connaître son univers de nuages moelleux, de femmes statufiées et de silhouettes découpées. On les retrouve exposées au Centre Pompidou, mais dans ce parcours divisé en cinq salles aux thèmes philosophiques, ce sont d’autres toiles, moins connues, qui arrêtent le visiteur pour un moment de mystère, voire de léger effroi.

Magritte et son bestiaire fantastique

 Les merveilles de la nature (1953) montre un couple mi-humain mi-poisson, comme pétrifié sur une île. Quand il ne crée pas des créatures issues de ses lectures, comme Les Chants de Maldoror de Lautréamont), Magritte introduit des animaux un brin fantastiques dans ses toiles. On appréciera la tortue luth noire qui plane au-dessus du Joueur secret, ou Le Blanc-seing, un cheval qui se confond avec des troncs d’arbre grâce à une belle illusion d'optique.

Magritte et la femme sublimée, morcelée, outragée

Le Rêve ou La magie noire montrent des nus presque parfaits, immaculés, comme des études antiques. Magritte aime métamorphoser le corps féminin, allant jusqu’à le découper et l’emboîter dans La folie des grandeurs. Il prend une toute autre dimension dans Le viol (photo), où un corps nu remplace un visage de femme.

Magritte et les visions de cauchemar

Les Habitants du fleuve nous fait basculer dans l'horreur. Des corps dont les têtes sont des morceaux de membres, tranchés nets et gris. Avec ses têtes qui s’entredévorent dans La famine, Magritte ose des couleurs plus sanguines. On se remet à peine de ses émotions quand on tombe, épouvanté, sur Entr’acte où des jambes-bras se meuvent sur fond gris.

Magritte et sa courte période grotesque

L’ellipse (1948) est une curiosité. Issu de la "période vache" de Magritte, il montre un chasseur dont le nez est remplacé par un fusil. Pendant cette période, Magritte peint plusieurs sujets caricaturaux, voire grotesques, qui tranchent avec le velouté et l’onirisme de sa future production. Ses tableaux vaches ont été des échecs commerciaux, on comprend pourquoi.

Magritte et l’image du double

Magritte a souvent recours au dédoublement. Parfois des paysages, souvent des personnages. Des visages montrent leur mécanique secrète, comme Le double secret - mais aussi Les amants, dont les visages qui s’embrassent sont recouverts d’un tissu blanc, et la très célèbre Décalcomanie). Le double secret en cache d’ailleurs un troisième : on croit voir une tête de femme, alors qu’ il s’agit d’un autoportrait.

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