Monumenta, au Grand Palais : qui sont Ilya et Emilia Kabakov ?

CULTURE

ART - Le couple russe Ilya et Emilia Kabakov ont été choisi pour investir le Grand Palais à l'occasion de la 6e édition de Monumenta. L'occasion de revenir sur le parcours de ces artistes marqués par l'URSS et l'échec de l'utopie communiste.

Ils sont des artistes XXL. Ilya et Emilia Kabakov, les créateurs de ''L'étrange cité'', actuellement installée au Grand Palais pour la 6e édition de Monumenta , ont l'habitude de travailler sur de très grands formats. Né en 1933 en Union soviétique, Ilya Kabakov, passé par une école officielle d'art, débute comme illustrateur de livres pour enfant avant de se lancer dans la peinture. Dans les années 1980, il met en forme ses premières installations dont celle de ''L'homme qui s'est envolé dans l'espace''. Pas assez conventionnelle pour Moscou, l'œuvre est conçue en secret dans son propre appartement. Elle représente une chambre visible depuis un vestibule. A l'intérieur, des affiches de propagande recouvre un des murs et une catapulte trône sous un plafond troué.

Avec ces installations dites ''totales'', qui immerge le spectateur dans la réalité de l'artiste, Ilya Kabakov se fait un nom à travers l'Europe. A la fin des années 1980, le plasticien part s'installer en Allemagne puis en France avant de s'exiler aux Etats-Unis avec sa femme Emilia avec laquelle il signe ses productions. C'est dans leur atelier de Long Island, sur la côte est, qu'ils vont désormais concevoir leurs projets. Nombre d'entre eux reflètent la vie quotidienne en URSS et l'utopie du communisme.

Une installation à découvrir au musée Maillol

C'est, par exemple, le cas de ''La Cuisine communautaire'', présentée au musée Maillol à Paris jusqu'au 20 juillet. Cette installation, considérée comme une des plus abouties de l'artiste, met en scène dans une semi-obscurité les querelles et le quotidien des familles obligées de partager cette pièce dans les immeubles soviétiques. A Bordeaux, ils installent ''La Maison aux personnages''. Cette petite construction d'un étage posée dans le paysage urbain, qui rappelle les logements communautaires, donne à voir la vie et les secrets de sept de ses habitants à travers un bric-à-brac d'objets hétéroclites.

Au Grand Palais, ''L'étrange cité'' constitue un excellent aperçu de leurs précédentes réalisations. ''Même si elle n'a rien à voir avec l'URSS, tous nos concepts, toutes nos fantaisies, sont rassemblés dans cette cité. D'une certaine façon, il s'agit tout de même d'un travail russe dans le sens où nous proposons une utopie comme le faisait le régime soviétique'', nous a confié Emilia Kabakov. Fatigué, Ilya, aujourd'hui âgé de 80 ans, préfère laisser sa femme s'exprimer. ''Avec cette cité nous avons voulu ralentir le rythme, que les spectateurs cessent d'être des passagers et prennent le temps de réfléchir sur la culture, la sacralité des espaces culturels ou le sens de la vie. A chacun de tirer ses propres conclusions. C'est la particularité de la démocratie, tu peux penser ce que tu veux'', conclut-elle malicieusement.

Lire et commenter