Disparition de Jean-Pierre Bacri : avec Agnès Jaoui, un tandem qui a dynamité la comédie à la française

Disparition de Jean-Pierre Bacri : avec Agnès Jaoui, un tandem qui a dynamité la comédie à la française

CINEMA – Décédé ce lundi à l’âge de 69 ans, Jean-Pierre Bacri a formé avec Agnès Jaoui un couple de cinéma dont le sens de l’observation et l’humour acerbe ont donné un coup de fouet à la comédie française au cours des années 1990.

Avec quatre César, deux Molière et un prix à Cannes, leur plume mordante les a fait entrer dans la légende du cinéma français. Mais c’est grâce au théâtre que Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui ont fait connaissance, en 1987, en jouant ensemble dans L’anniversaire, une pièce d’Harold Pinter mise en scène par Jean-Michel Ribes. Il a 35 ans, elle en a 22. Et c’est encore sur les planches que le jeune couple, baptisé "Jabac" par ses proches, va forger son style inimitable.  

 

Grâce à un mélange de satire sociale et de comédie de mœurs qui ringardise l’humour de boulevard, Bacri et Jaoui donnent naissance en 1993 à Cuisines et Dépendances, une pièce mettant en scène un dîner bourgeois qui tourne mal. Le succès est immédiat et après avoir décroché 4 Molière, dont celui des meilleurs auteurs, l’adaptation cinématographique par Philipe Muyl est un joli succès avec plus de 500.000 entrées. Et si le duo n’y tient que des rôles secondaires, Jean-Pierre Bacri étrenne déjà son personnage d’éternel râleur… 

Fan du duo, le grand Alain Resnais leur confie l’adaptation très libre d’Intimate Exchanges, du Britannique Alain Ayckbourn. Baptisé Smoking/ No Smoking, ce diptyque emmené par Pierre Arditi et Sabine Azéma met en scène plusieurs versions de la vie d’un couple de Britanniques, dans un petit village du Yorkshire. Cette fable qui mêle l’absurde et la fantaisie remporte 5 César, dont celui du meilleur et du meilleur scénario pour Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Encore un !

Après Cuisines et Dépendances, les Jabac ont retrouvé la scène avec Un air de famille, une pièce qui passe au scalpel les travers d’une famille de la classe moyenne, réunie dans le bistrot d’Henri, le fils aîné fraichement largué par son épouse. Cette fois Jean-Pierre Bacri s’est donné le premier rôle, Agnès Jaoui incarnant Betty, la benjamine célibataire. 

Sacrée meilleur spectacle comique aux Molière, l’adaptation réalisée par Cédric Klapisch est un immense succès, avec 2,4 millions de spectateurs. Elle est couronnée par trois César : meilleur second rôle masculin pour Jean-Pierre Darroussin, meilleur second rôle féminin pour Catherine Frot et meilleur scénario original, le deuxième, pour Bacri et Jaoui.

Lorsque nous abandonnons la forme, ce qui reste, ce sont les relations entre les gens. C'est ça qui nous intéresse, au fond- Jean-Pierre Bacri dans L'Express, en 2013

Comme on ne change pas une équipe qui gagne, Alain Resnais fait de nouveau appel à ses auteurs fétiches pour On connaît la chanson, auscultant les déboires sentimentaux d’une galerie de Parisiens, avec toujours Sabine Azéma et Pierre Arditi dans les premiers rôles, les scénaristes se concoctant des seconds rôles de choix. C’est un nouveau succès en salles et un plébiscite aux César avec 7 récompenses dont meilleur film et meilleur scénario pour la plume à quatre mains la plus redoutable de sa génération. 

Il faut pourtant attendre Le Goût des autres, en 2000, pour que le couple prenne entièrement les commandes de son cinéma, Agnès Jaoui passant derrière la caméra dans cette comédie dramatique où son compagnon incarne un chef d'entreprise blasé qui tombe sous le charme de sa prof d’Anglais, incarnée par Anne Alvaro. Avec près de 4 millions d’entrées, c’est sans doute le sommet de la carrière du duo, avec à la clé quatre César dont celui du meilleur film et du meilleur scénario. Mais aussi une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger.  

"Le goût des autres devait être un film policier. Nous avons travaillé deux mois avec ces contraintes avant de lâcher prise", raconte quelques années plus tard à L’Express Agnès Jaoui. "Il reste certains éléments : le chauffeur, le garde du corps, la dealeuse de shit", observe Jean-Pierre Bacri. "Les figures imposées du polar nous ont fatigués. Lorsque nous abandonnons la forme, ce qui reste, ce sont les relations entre les gens. C'est ça qui nous intéresse, au fond."

J'aime écrire avec Jean-Pierre, j'aime voir Jean-Pierre. Je pense que ce qu'on fait à deux est mieux que ce que je ferais seule- Agnès Jaoui dans Première, en 2012

En 2004, Comme une image ne remporte pas le même succès, en dépit d’une écriture toujours aussi délicieuse, récompensée par le prix du scénario à Cannes. Bacri y incarne un écrivain à succès qui délaisse sa fille adolescente interprétée par la toute jeune Marilou Berry pour ce qui sera l’unique nomination du film au César.  Quatre ans plus tard, l’association du duo avec Jamel Debbouze promet de faire des étincelles. Parlez-moi de la pluie est une déception, ce portrait d’une élue féministe, incarnée par Agnès Jaoui, ne retrouvant pas le sel des précédentes réalisations du duo.  

 

En 2012, le couple Bacri/Jaoui se sépare à la ville. Ce qui ne les empêche pas de continuer à travailler ensemble, bien au contraire. "On a toujours fait la part des choses. J'aime écrire avec Jean-Pierre, j'aime voir Jean-Pierre. Je pense que ce qu'on fait à deux est mieux que ce que je ferais seule", explique l’actrice et réalisatrice en 2012 à Première. Dans Au bout du conte, en 2013, ils ouvrent les portes de leur cinéma à une nouvelle génération d’acteurs : Arthur Dupont, Agathe Bonitzer, Nina Meurisse ou encore le chanteur Benjamin Biolay.

Après être remontés ensemble sur scène dans Les Femmes Savantes de Molière, ils tournent une dernière fois ensemble en 2018 dans Place Publique, croquant le culte de la célébrité à l’ère des réseaux sociaux à travers un couple formé par une productrice de télé et son compagnon animateur. Interrogé à la sortie par nos confrères de RTL, le duo préférait botter en touche lorsqu’on lui demandait de décrire son style, après toutes ces années. "On ne peut pas à la fois faire du vélo et se regarder rouler", ironisait Jean-Pierre Bacri, fidèle à lui-même.

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