Mort du prince Philip, l’époux d’Elizabeth II : une vie dans l’ombre au service de sa majesté

Mort du prince Philip, l’époux d’Elizabeth II : une vie dans l’ombre au service de sa majesté

PORTRAIT – Buckingham Palace a annoncé ce vendredi 9 avril la mort du duc d’Edimbourg à l’âge de 99 ans. La couronne britannique perd une figure aussi adorée que controversée qui a été "le roc" de la reine pendant plus de sept décennies.

La règle voulait qu’il marche trois pas derrière elle. À chacune de leurs apparitions. Le prince Philip n’a jamais quitté sa reine en près de huit décennies. L’époux d’Elizabeth II est décédé ce vendredi 9 avril à quelques semaines de son centième anniversaire, qu’il aurait dû célébrer le 10 juin prochain.

"C'est avec un profond chagrin que sa majesté la reine annonce la mort de son époux bien aimé le prince Philip, duc d'Edimbourg", rapporte un communiqué du Buckingham, précisant que le prince Philip, qui avait été hospitalisé récemment, est mort "paisiblement ce (vendredi) matin au château de Windsor".

Un choc pour celle qui n’a eu de cesse de louer son rôle à ses côtés. "Il a tout simplement été ma force et mon roc pendant toutes ces années. Ma dette envers lui est bien plus grande que ce qu'il pourrait jamais dire", déclare-t-elle lors de leurs noces d’or.

Par amour pour Elizabeth, Philip a mis ses ambitions personnelles de côté. Seul garçon d’une fratrie de cinq enfants, il naît prince de Grèce et du Danemark en 1921 à Corfou de l’union du prince André de Grèce et de la princesse Alice de Battenberg. Alors qu’il n’a que 18 mois, son oncle le roi Constantin est contraint d’abdiquer et sa famille est exilée. Philip se retrouve alors "sans nom, sans État et sans un sou", selon l’expression consacrée par les commentateurs. Le garçon grandit loin de ses parents entre Paris, le Surrey, l’Allemagne et l’Écosse. Son père les abandonne et sa mère est envoyée dans un asile suisse auprès de Sigmund Freud qui traite sa schizophrénie – son histoire est racontée dans un épisode de The Crown.

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La mort du prince Philip endeuille la couronne britannique

Elle a 13 ans, lui 18 : le coup de foudre avec Elizabeth

En 1939, Philip fête ses 18 ans en s’engageant auprès de la Royal Navy. Une décision qui va changer sa vie car c’est lors d’une visite royale du Royal Navy College of Dartmouth qu’il rencontre la princesse Elizabeth, âgée de 13 ans. Le coup de foudre est immédiat. Malgré la différence d’âge et leur arbre généalogique qui fait d’eux des cousins au troisième degré. Les deux jeunes gens entament une correspondance enflammée et s’écrivent toutes les semaines. Mais du côté de Buckingham, cette soudaine passion inquiète.

Philip est perçu comme  "un outsider et une menace", rapporte le documentaire "Prince Philip : The Plot to Make a King", ("le plan pour fabriquer un roi"). Le film revient sur les côtés sombres du prince consort. Et sur la manière dont son oncle, Louis Mountbatten, aurait tout fait pour orchestrer la rencontre de son neveu avec la jeune princesse afin d’inscrire son nom dans les livres d’histoire. Un nom que la famille Battenberg a anglicisé après la Première Guerre mondiale. Les connexions allemandes gênantes de Philip – trois de ses sœurs sont mariées à des Nazis -, ses idées politiques un peu trop à gauche, sa réputation de playboy et sa langue bien trop pendue achèvent de décourager le palais. Mais Elizabeth obtient gain de cause et épouse son Adonis blond le 20 novembre 1947, quatre mois après avoir annoncé leurs fiançailles.

Désormais citoyen britannique, Philip devient le prince consort Philip, duc d’Edimbourg, comte de Merioneth et Baron Greenwich. La famille s’agrandit avec les naissances du prince Charles en 1948 et de la princesse Anne en 1950. Le quatuor s’installe à Malte où le néo-duc est déployé. Mais leur vie bascule à la mort du roi George VI en 1952, qu’il doit annoncer à son épouse alors qu’ils sont en déplacement au Kenya. Elizabeth change de statut, Philip perd le sien. Sa brillante carrière militaire prend fin alors qu’il vient d’être promu Commandant. "Franchement, j’aurais préféré rester dans la Navy", soufflera-t-il 40 ans plus tard.

"Philip la grimace" fait fi du politiquement correct

Cette liberté de ton ne le quittera jamais. Aussi blagueur que son épouse est réservée, Philip fait fi du politiquement correct et collectionne les polémiques. De quoi lui valoir le surnom de Wince Philip, soit Philip la grimace. Potaches, misogynes ou carrément racistes, ses sorties ne passent pas inaperçues. En 2009, il demande à une troupe de danseurs noirs s’ils sont "tous de la même famille". "Ne restez pas trop longtemps, sinon vous allez avoir des yeux bridés", recommande-t-il à des étudiants britanniques en stage en Chine en 1986. En 1961, il est élu président de la WWF mais se fait aussi photographier en pleine chasse au tigre en Inde. "Il a fait du manque de tact un art (…). Mais les gens ne restent jamais offensés très longtemps", souligne The Times en 2017 alors que le duc annonce se retirer de la vie publique.

"La reine mange pour vivre alors que le prince Philip vit pour manger" - Darren McGrady, ancien chef royal

En six décennies de service, le prince Philip collabore avec près de 800 organisations caritatives centrées sur la technologie, les sciences et l’environnement. Celui qui a particulièrement suivi l’éducation de ses quatre enfants Charles, Anne, Andrew et Edward s’intéresse à celle des jeunes Britanniques. En 1956, il créé le Duke of Edinburgh Award – un programme destiné aux 14-24 ans pour les inciter à aider leur communauté ou à se dépasser eux-mêmes dans divers domaines. 

De 1959 à 2011, il préside le jury du Prince Philip Designers Prize – une sorte de concours Lépine qui vient récompenser les innovations du quotidien. Mais c’est en cuisine qu’il innove le plus. Le duc adore se retrouver derrière les fourneaux et ne voyage jamais sans sa sauteuse. "Il est très excité d’aller au restaurant ou dans un autre pays pour un déplacement officiel. Il demande souvent la recette", commente l’ancien chef royal Darren McGrady. "La reine mange pour vivre alors que le prince Philip vit pour manger", s’amuse-t-il.  

Le prince Philip se délecte autant d’un bon repas épicé que de ses courses d’attelage sportif. Pilote qualifié, il est le premier membre de la famille royale à faire décoller un hélicoptère depuis les jardins de Buckingham. L’homme a même son propre culte. Au Vanuatu, il est vénéré par une communauté indigène qui voit en lui "un homme possédant des qualités et des pouvoirs qui le rendent sacré". Autant d’images qui resteront dans les livres d’histoire au moment d’évoquer cette figure emblématique du clan Windsor qui a veillé sur sa reine avec passion pendant tant d’années.

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