Faut-il s’enflammer (ou pas) pour "Civilisation", le nouvel album d’Orelsan ?

Faut-il s’enflammer (ou pas) pour "Civilisation", le nouvel album d’Orelsan ?

ON AIME - Plus variété que rap hardcore, "Civilisation" n’est pas le grand disque politique qu’on pouvait craindre ou espérer. Mais entre pépites mordantes et titres calibrés pour les Zénith, il devrait garantir à son auteur un nouveau succès mérité.

Magie de l’exception culturelle, la France est sans doute le seul pays au monde où Adele n’occupera pas la première place des charts dans quelques heures. La faute à un certain Aurélien Cotentin, alias Orelsan, qui a choisi le même jour que la diva britannique pour faire son retour discographique avec Civilisation, un quatrième album annoncé fin octobre, dans la foulée du documentaire autobiographique diffusé sur Prime Vidéo.

La mise en ligne jeudi du clip brûlant de L’odeur de l’essence n’a fait que renforcer l’excitation d’un public déjà acquis à la cause du Caennais qui, à l’approche de la quarantaine, fait presque figure de nouveau parrain du rap français. L’enthousiasme généré par ce titre très engagé explique, en grande partie, la petite déception que suscite le reste de ce cru 2021 à la première écoute. 

J'habitais dans une ville de merde avec la Tour Eiffel dedans/Où les gens sont tristes et pressés/Où les gens pleurent en marchant- Orelsan sur "Seul avec du monde autour"

"Shonen", le titre d’ouverture, oscille entre nostalgie et introspection. "Tout se transforme rien ne se perd/ J’ai pas fait que des choses dont je suis fier", avoue Orelsan avant de remonter le fil de sa vocation sur le mignon "La Quête", plus proche de BigFlo & Oli que de Public Enemy. On voit déjà les Zénith reprendre le refrain en chœur. Mais depuis quand Orelsan rappe-t-il pour nos enfants ? 

Musicalement, Orelsan varie les plaisirs entre beat techno ("Du propre") et groove funky ("Bébéo"), efficace mais sans punchline mémorable. En panne d'inspiration ? C'est ce qu'on craint lorsque sur "Rêve mieux", le rappeur se lance dans une charge plutôt convenue contre le culte de la célébrité : "Je connais plein de stars, c’est des merdes, si tu les croisais ça briserait des rêves." Sans blague. 

Plus séduisant, "Seul avec du monde autour" chronique le quotidien de l’artiste qui a quitté "une ville de merde avec la Tour Eiffel dedans, où les gens sont tristes et pressés, où les gens pleurent en marchant" pour "prendre une maison près d’Caen où ma famille passe les dimanches". Anne Hidalgo est officiellement en PLS.

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Et puis comme les meilleurs livres qu’on a voulu abandonner avant la page 100, Civilisation nous redonne la foi d’un seul coup avec "Manifeste", une incroyable odyssée où Orelsan retrouve son pote complotiste Mickey place de la République. "Les CRS, les barricades, les grandes rues parisiennes, ça l’excite, il a l’impression d’être dans BFM", raconte le rappeur, très en verve.

D’une rencontre à l’autre, avec tous les bruits d'ambiance autour, Orelsan s’embrouille avec Mathilde l’influenceuse "qui se verrait bien chez Quotidien mais dont Purepeople assure le quotidien" et devise avec France, l’infirmière qui "jongle entre un gamin et un SMIC" et qui a "la menace des huissiers derrière la tête". Avant qu’une charge de CRS vienne tout foutre en l’air. Littéralement. C’est à la fois tendre, mordant et cruel. On rêve de voir le clip.

La suite, inégale, s’écoute sans déplaisir grâce à la production inventive du fidèle Skread. Orelsan retrouve son vieux pote Gringe sur l’amusant "Casseur Flowters Infinity" tandis que Pharrell Williams s’invite sur "Dernier verre" sans refaire le coup de "Get Lucky". En mode écolo, le Caennais fait rimer "gobelets en plastique" et "océan pacifique" sur l'explicite "Baise le monde". Puis sur "Ensemble", chouette déclaration d’amour, il regarde la femme de sa vie et lui avoue : "Finalement t’es pas parfaite, j’suis surement pire, donc c’est parfait." Touchant.

Plus variété que rap hardcore, Civilisation n’est pas le disque qui viendra bouleverser l’élection présidentielle. Mais Orelsan en a jamais-t-il eu l’intention ? Avec son spleen chic et son sens de la dérision, ce sera, au pire, un refuge lors des prochaines soirées électorales. "J’essaie d’avoir un enfant, j’essaie d’avoir autre chose que des regrets. Quand il verra 2022, j’comprendrais qu’il se mette à pleurer", avoue le rappeur sur le morceau qui clôture et donne son nom à l’album. Pas mieux.

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