Avec "Donda", Kanye West est-il définitivement immunisé contre la cancel culture ?

Kanye West en 2018 à la Maison Blanche. Un mauvais souvenir ?

ON AIME - Après sa déroute à l’élection présidentielle, Kanye West revient à ce qu’il sait faire de mieux : la musique. Disque gargantuesque, aussi fatiguant qu’inspiré, "Donda" rappelle pourquoi son auteur résiste à toutes les polémiques, à commencer par celles qu’il déclenche lui-même. Explications.

Donda est sorti. Cette simple info a embrasé les réseaux sociaux dimanche à l’heure du déjeuner, les titres du nouvel album Kanye West se classant vite parmi les sujets les plus commentés de la journée. Ce lundi matin, l’abrasif "Off The Grid" fait même de l’ombre aux débuts de Lionel Messi avec le PSG, c’est dire… Pour bien comprendre l’enthousiasme autour du dixième opus de l'ex-meilleur ami de Donald Trump, il convient de rappeler qu’il s’est fait attendre longtemps, très longtemps. Moins que Chinese Democracy de Guns N’Roses. Mais quand même. 

Annoncé à l’origine pour le 24 juillet 2020, Donda a été sans cesse repoussé depuis. Pas à cause de la pandémie comme les blockbusters américains. Mais parce que son auteur l’a repensé, bouleversé, fignolé jusqu’à la dernière minute, en dévoilant plusieurs versions différentes lors de trois shows fastueux dans des stades à Atlanta et Chicago. Celle disponible depuis dimanche est a priori la bonne, même si l’intéressé affirmait quelques heures plus tard qu’elle l’avait été publiée par Universal Music sans son autorisation. Une allégation jugée "grotesque" par la major. Qu’importe : ses fans pourront remixer le disque à l’envie grâce à un gadget à 200 dollars, disponible sur le site de leur idole.

Ferveur mystique et marketing choc

Après une candidature malheureuse à la Maison Blanche, résumer l'engouement que suscite le retour musical de Kanye West à un sublime plan marketing serait bien injuste. Et réducteur. Mais la question mérite d'être posée : comment un artiste opposé à l’avortement et à la vaccination sous toutes ses formes – relisez son programme présidentiel de 2020 - et qui qualifia il y a quelques années l’esclavage de Noirs de "choix", peut-il encore être en odeur de sainteté dans l’Amérique woke ? Ne parlons même pas de la présence à Chicago et au générique de Donda de Marilyn Manson et DaBaby, deux récentes "victimes" de la cancel culture, le premier parce qu’il est accusé de viols et agressions sexuelles, le second pour des propos homophobes lors d'un concert cet été.

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Kanye West a beau choquer, provoquer, tester la résistance morale de son public, rien n’y fait : son œuvre est à chaque fois accueillie avec la même ferveur mystique qui accompagne ses fameux Sunday Services, prêches religieux dont les billets se revendent à prix d’or sur le Net. Non, si le bonhomme semble immunisé contre la vague moralisatrice qui secoue le showbiz américain, c’est sans doute parce qu’il reste l’un des musiciens les plus passionnants de sa génération, par-delà les styles musicaux qu’il fusionne avec ingéniosité.

À 43 ans, le futur ex-mari de Kim Kardashian est, à vrai dire, devenu un genre à lui tout seul, explosant les frontières sonores du hip-hop après avoir écrit ses lettres de noblesse en produisant The Blueprint, le classique de Jay-Z il y a 20 ans tout juste. Depuis ses débuts en solo avec The College Dropout, en 2004, le rappeur-producteur-designer refuse en effet la facilité, quitte à perdre une partie de son public pour en gagner un autre. L’histoire lui a donné raison : en 2008, l’album 808s & Heartbreak était vilipendé pour son utilisation abusive de l’autotune. Depuis, tout le monde l’a copié.

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À raison de 27 titres pour 1h44 de musique, Donda témoigne de l’ambition de son auteur. De sa liberté surtout. Milliardaire grâce à ses activités annexes, dans la mode en particulier, Kanye West en a fini avec la course au tube. Fini les samples de Ray Charles ou de Daft Punk pour affoler les charts. Structures de chansons mouvantes, atmosphères paranoïaques, rythmiques martiales, chœurs religieux à foison, invités en pagaille comme The Weeknd, Travis Scott ou encore Jay-Z… C’est la bande-originale d’une psyché tourmentée, un dédale musical qui déroute, surprend, joue avec les nerfs et relance soudain l’intérêt par la grâce d’une mélodie sublime. Préparez-vous donc à être agacé, fatigué et soudain émerveillé. C’est fait exprès.

D’un strict point de vue commercial, Kanye West devrait atteindre des sommets avec 300.000 albums écoulés sur la première semaine, selon les projections de Hits Daily Double, le plus gros démarrage en 2021. Côté streaming, Donda est numéro 1 dans 130 pays sur Apple Music. Et même si durée peut paraître rédhibitoire, il renferme suffisamment de pépites, disséminées ici et là, pour qu’on y plonge avec gourmandise. 

Si vous avez la flemme, jetez une oreille à l’exquis "Hurricane", propulsé par l’incontournable The Weeknd, au sifflet entêtant qui traverse "Remote Control", au groove irrésistible de "New Again", au ragga futuriste de "Ok Ok pt.2" ou aux cascades de piano cristallin de l’émouvant "Come to Life" qui voit le rappeur affronter ses idées noires avec une vérité rare. On en reparle après ?

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