C’était le plus printanier des impressionnistes : 5 fenêtres pour entrer dans l’univers de Pissarro

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EXPO – De sa jeunesse dans les Antilles danoises à ses grandes séries urbaines à Paris et en Normandie, le musée Marmottan-Monet consacre la première grande rétrospective de Camille Pissarro depuis 40 ans. LCI a sélectionné 5 tableaux, sur les 60 exposés, qui suffisent à le hisser sur le podium des grands impressionnistes.

Quand on la visite un jour de plein soleil, l’exposition "Camille Pissarro, le premier des impressionnistes" donne une conscience aiguë de l’arrivée du printemps. Certes, il faut faire la queue et supporter les coups de coude de visiteurs impatients dans les pièces un peu étroites de l’élégant musée Marmottan-Monet. 


Mais en tenant ferme sur ses pieds, face à un paysage de campagne baigné de soleil, une brise fraîche, imprégnée d’un parfum de fleurs et d’herbe coupée, semble vous arriver au visage. Cet effet sensoriel immédiat, les impressionnistes s’en sont fait les spécialistes. Et si Monet reste leur maître incontesté, Camille Pissarro (1830-1903) pourrait bien être le plus complet. La preuve en cinq tableaux.

"Jeune fille à la baguette" (ou "La Bergère"), 1881

Pissarro grandit dans les îles Vierges et apprend la peinture seul, en pleine nature, loin des codes académiques. Arrivé à Paris en 1855, il se lie avec Cézanne, fréquente les salons, plante son chevalet aux bords de la Marne, à Pontoise, à Louvenciennes. Il supprime le noir de sa palette et privilégie les couleurs primaires : cette célèbre Jeune fille à la baguette, star de l'expo, montre qu’elles suffisent amplement à rendre une carnation nacrée dans la nature environnante.  

"La maison de la sourde et le clocher d’Eragny", 1886

En 1886, Pissarro s’éloigne de l’impressionnisme pour essayer le pointillisme, jusque-là représenté par Georges Seurat. Cette Maison de la sourde montre la maîtrise totale de Pissarro pour cette technique qui rend aussi bien les tuiles d'une maison que le feuillage d'un arbre, sans perdre son incomparable lumière d’été.

"La Seine à Rouen, l’île Lacroix, effet de brouillard", 1888

Alors que la plupart des impressionnistes quittent la ville pour la campagne, Pissaro fait l’inverse. Sur les conseils de Monet, il passe de longs séjours à Rouen, s’émerveille devant son quartier médiéval et ses bords de Seine, si différents de ceux de Paris. Ce tableau dépouillé à l’extrême est un bel hommage à Monet, avec sa brume blanche qui engloutit les formes et les contours.

"Le troupeau de moutons, soleil couchant", 1889

Changement de format, changement de perspective : Pissarro a peint une soixantaines d’éventails où il courbe tout naturellement l’horizon. Ici, le soleil illumine le troupeau de moutons qui, de près, ne sont que des taches blanches, tandis que les hachures rendent au champ sa perspective. Un tour de force pictural, mêlé d’une grande douceur.  

"Le Louvre, matin, première série", 1900

A la fin de sa vie, Pissarro retourne là où tout a commencé, à Paris. Il passe de longs moments à contempler les rues, les Tuileries, la place du Palais-Royal, les ponts chargés de calèches et de passants. Cette vue du Louvre condense tout l’art de Pissarro et de son époque : l’orangé de la lumière naturelle, le velouté des lignes, la quiétude de l’instant. Cézanne avait raison lorsqu’il qualifiait Pissarro de "premier des impressionnistes". 

"Camille Pissarro, le premier des impresionnistes", Musée Marmottan-Monet à Paris, jusqu'au 2 juillet.

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