Petit provocateur ou grand écrivain ? Cinq choses à savoir sur Michel Houellebecq

CULTURE

RENTREE LITTERAIRE – Mettons de côté la polémique suscitée par "Soumission", qui sort mercredi 7 janvier en librairie chez Flammarion. Metronews revient aux sources pour comprendre comment cet ancien technicien informatique est devenu l'écrivain français qui suscite le plus d'amour-haine.

Les photos récentes de Michel Houellebecq sont effrayantes. A tel point que son éditeur, Flammarion, a préféré imprimer un portrait plus ancien en quatrième de couverture de Soumission, son nouveau roman. Très abîmé physiquement, l'écrivain montre pourtant une lucidité intellectuelle intacte. Par écrit, le contraste est encore plus fort : la lecture de Soumission, claire, agréable et bien construite, ne laisse pas penser que le roman ait pu être écrit par une "vieille tortue malade" - selon ses propres mots.

Ce n'est pas le moindre des paradoxes de Michel Houellebecq, romancier-provocateur très à part dans le paysage littéraire français, l'un des rares qui soit connu et traduit à l'étranger. Voici cinq points à retenir sur le bonhomme, hors polémiques, avant de se lancer dans un "pour ou contre Houellebecq" en toute connaissance de cause.

Il en veut sérieusement à sa mère
Son enfance n'est pas rose. Né Michel Thomas le 26 février 1958 à La Réunion (en 1956, selon d'autres sources), d'un père guide et d'une mère médecin, il est confié à 6 ans à sa grand-mère paternelle, seul membre de sa famille qu'il estime digne d'amour, dont il adopte le nom. Houellebecq dira longtemps que sa mère est décédée, en l'accusant d'être à la source de tous ses problèmes émotionnels. Mère qui, en 2008, à 83 ans, écrira dans un livre : "Mon fils, qu'il aille se faire foutre par qui il veut, avec qui il veut, je n'en ai rien à cirer." On comprend pourquoi les mères n'ont jamais le beau rôle dans ses romans.

Il a longtemps été technicien informatique
En 1980, il obtient son diplôme d'ingénieur agronome. De 1986 à 1991, il travaille comme assistant informatique au ministère de l'Agriculture, puis à l'Assemblée nationale. II s'ennuie dans on HLM, écrit des poèmes, se marie. Son fils Etienne naît en 1981. Puis c'est le divorce, le chômage, la dépression. Il publie en 1985 une biographie de Lovecraft, mais sa vie d'écrivain commence en 1994 avec son premier roman, Extension du domaine de la lutte (éditions Maurice Nadeau), dont le héros est un assistant informatique au ministère de l'Agriculture dépressif qui s'ennuie dans son HLM.

Il a raté sa vocation de réalisateur
Avant la littérature, Houellebecq a fait du cinéma. En 1978, il a réalisé un moyen métrage muet, en noir et blanc, Cristal de souffrance, dans lequel il joue, et La Rivière en 2001, un court métrage érotique. Il a ensuite été scénariste pour quelques films dont Monde extérieur, avec Kad Merad et Olivier Baroux. Deux de ses romans ont connu des adaptations honnêtes au cinéma : Extension du domaine de la lutte, de et avec Philippe Harel, en 1999, qui reproduit à merveille le débit désabusé et les tics de l'écrivain, puis Les particules élémentaires, une production allemande, en 2006. En 2008, Michel Houellebecq adapte lui-même son roman La possibilité d'une île (prix Interallié en 2005), avec Benoît Magimel. Un brouet kitsch, un bide total, l'un de ces films tellement ratés qu'il en deviennent attachants.

Il a inspiré Jean-Louis Aubert et Iggy Pop
En avril 2000, Houellebecq sort son premier album, Présence humaine, sur le label Tricatel. Chanter serait beaucoup dire : l'écrivain récite des poèmes sur des arrangements très psychédéliques de Bertrand Burgalat, avec la participation du groupe Eiffel. Par ailleurs, il n'a jamais rompu avec la poésie : des poèmes de son dernier recueil, Configuration du dernier rivage, ont été mis en musique par Jean-Louis Aubert dans l'album Aubert chante Houellebecq – les parages du vide en 2014. Plus fort, Iggy Pop a déclaré que son album jazz Préliminaires lui avait été inspiré par La possibilité d'une île.

Il est plutôt bon acteur et bon photographe
Personnage de cinéma lui-même, Houellebecq s'est mis à faire l'acteur en 2014 . Surprise : il est bon, voire très bon. Dans son propre rôle d'abord : L'enlèvement de Michel Houellebecq, de Guillaume Nicloux, diffusé en août 2014 sur Arte, prouve son sens profond de l'autodérision. On le retrouve peu de temps après dans Near death experience de Gustave Kervern et Benoît Delépine, où il incarne à nouveau un pauvre type en plein burn out... et fait rire aux éclats. Pendant ce temps, Houellebecq, le vrai, expose ses photos à Paris dans le cadre du Mois de la photo. Une cinquantaine de vues urbaines et rurales ramenées de ses trajets en France, qui n'ont pas grand-chose à envier à Depardon.

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