Pourquoi il ne faut pas avoir peur de (re)voir "Showgirls"

Pourquoi il ne faut pas avoir peur de (re)voir "Showgirls"

CULTE - Variation sexuée du "Ève" de Joseph L. Mankiewicz, "Showgirls" de Paul Verhoeven demeure ce film maudit, taxé de nanar à sa sortie et désormais estampillé culte. Vingt ans après, cette peinture au vitriol du rêve américain ressort ce mercredi dans les salles françaises et incite à la réévaluation.

Cette semaine, on ne vous conseille pas une sortie mais une ressortie : Showgirls de Paul Verhoeven. Pathé (jadis AMLF, distributeur officiel) a eu la bonne idée de ressortir en salles ce film culte marquant les retrouvailles du réalisateur Paul Verhoeven et du scénariste Joe Eszterhas après Basic Instinct. Rapportant seulement 38 millions de dollars dans le monde pour un budget de 45 millions, Showgirls demeure un échec cuisant. Ce film, très vite vilipendé  par la presse américaine, a longtemps trainé, à tort, une réputation de nanar purulent, assimilé à un simple défilé de nymphettes pour puceaux et pervers lubriques. Pire du pire : aux Razzies Awards, Showgirls a reçu les trophées du pire film et de la pire réalisation – fait rare : Paul Verhoeven a été les chercher en mains propres. En tout, onze autres Razzies, dont ceux du pire scénario, du pire acteur (Kyle MacLachlan), de la pire actrice (Elizabeth Berkley) et même de la pire bande originale. 

C’est seulement au gré de nombreuses années que cette farce cynique et décadente fustigeant le rêve américain a été réévaluée dans les cercles cinéphiles, incitant les spectateurs à se fier au réalisateur (Paul Verhoeven, qui a toujours eu la dent dure) et à déchiffrer l’ironie comme on déchiffre un complot. L’histoire est celle d’une ascension fulgurante, comme le cinéma Hollywoodien en raconte depuis Une étoile est née (George Cukor, 1954) et comme Paul Verhoeven l’a déjà racontée des années plus tôt dans un film très Zola de sa période néerlandaise, Katie Tippel (1975). 

Sans famille, sans amis et sans argent, Nomi (Elizabeth Berkley, auparavant révélée par la série Sauvés par le gong), débarque à Las Vegas pour réaliser son rêve : devenir danseuse. A peine arrivée, elle se fait voler sa valise par l'homme qui l'a prise en stop. Perdue dans la ville, Nomi doit son salut à Molly (Gina Gershon), costumière au "Cheetah", un cabaret réputé de la ville. Molly lui trouve un job de stripteaseuse dans une boîte où elle fait elle-même quelques extras. Cristal Connors, la vedette du "Cheetah", très attirée par Nomi, la fait engager dans son show où elle gravit rapidement les échelons. Dans les coulisses impitoyables de Vegas, Nomi devient très vite une rivale gênante.

Le bon goût est l'ennemi de la créativité- Picasso

Récemment, Elle avec Isabelle Huppert donnait des nouvelles de son auteur, Paul Verhoeven. Cela fait maintenant 30 ans que ce cinéaste a quitté la Hollande pour les États-Unis et 16 ans qu’on n’avait plus de nouvelles de lui sur le sol américain. Depuis Hollow Man (2000), en somme. Verhoeven aux États-Unis, ça donne: La Chair et le sang où des mercenaires pillent, violent, tuent pour de l’argent; Robocop qui cache sous le divertissement un redoutable pamphlet anti-USA mode Reagan; Starship Troopers qui cache lui une allégorie vénéneuse d’une Amérique belliciste; L’Homme sans Ombre qui raconte l’histoire d’un homme qui se sert de son invention (devenir invisible) pour faire tout ce que le gentil héros vertueux ne ferait pas. Un vrai provocateur, un vrai cauchemar pour les États-Unis. 

Showgirls s’inscrit dans la même veine abrasive, prenant les atours d’une réelle parabole cynique sur l’arrivisme et surtout d'un panégyrique du mauvais goût ( "Le bon goût est l’ennemi de la créativité", disait Picasso) démolissant en deux temps trois mouvements les illusions du rêve américain. Las Vegas y est décrite comme une usine, un monstre, louant la vulgarité, incitant au racolage, invitant à la compétition. Derrière le strass et les paillettes, c'est cru, pourri et sauvage et les stars, produits de cet environnement, se comportent comme des monstres (la séquence de viol pendant la fête). 

"Pour être totalement franc, j’ai toujours voulu quitter les États-Unis après L’homme sans ombre pour me changer les idées car la situation devenait intenable", nous avouait-il il y a dix ans, au moment de la sortie de Black Book. "Quand on revoit le film aujourd’hui, on a plus l’impression de voir un film de studio que de voir un de mes films (…) De toute façon, je me suis rendu compte, et Black Book l’a confirmé, que j’avais plus d’aisance à travailler en Europe où mon travail est mieux compris qu’aux États-Unis. J’ai quand même vu Starship Troopers se faire traiter de film de propagande. Que voulez-vous répondre à ça? (…) Bien entendu, les conditions de tournage ne sont pas les mêmes : tout ce qu’Hollywood recherche, c’est l’argent et ils ne privilégient pas le talent."

"En Europe, c’est la situation inverse : on n’a pas d’argent mais beaucoup plus de talent", observait le cinéaste néérlandais. "Sur ma carrière américaine, tout ce que je peux dire, c’est que les producteurs m’ont laissé faire ce que je voulais. En revanche, la censure s’est acharnée sur moi. Ce sont moins mes collaborateurs qu’il faut damner que les comités de censure. Je n’ai jamais eu de problème pour tourner les plans les plus audacieux dans Basic Instinct, Showgirls ou Starship Troopers. L’accueil critique et la censure ont, eux, été moins tendres avec moi."

Showgirls, ressortie en salles le 14 septembre. 

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