Isabelle Demongeot raconte son histoire dans "Service Volé" sur TF1 : "Quand une victime arrive à parler, il faut la croire"

Isabelle Demongeot raconte son histoire dans "Service Volé" sur TF1  : "Quand une victime arrive à parler, il faut la croire"

INTERVIEW - Son histoire a inspiré la fiction "Service Volé", ce lundi sur TF1. L'ancienne championne de tennis qui a été violée par son entraîneur de 14 à 23 ans revient sur son combat pour libérer la parole des victimes.

Elle s'est tue pendant près de 30 ans. Jeune prodige du tennis, Isabelle Demongeot a été violée par son entraineur Régis de Camaret de l'âge de 14 à 23 ans. En 2005, à l'aube de la quarantaine, l'ex-championne parvient enfin à parler et à dénoncer l'horreur qu'elle a vécue. Si elle découvre que les faits sont prescrits pour elle, elle part à la recherche d'autres victimes potentielles de son agresseur. 

Grâce à l'aide d'un gendarme, elle parvient à recueillir 25 témoignages, dont deux non prescrits. En 2007, Régis de Camaret est mis en examen et puis incarcéré pendant cinq mois pour ''viols, tentatives de viols et attouchements". Il sera finalement condamné à 10 ans de prison en 2014, pour les viols de deux pensionnaires mineures de son club de Saint-Tropez.

Inspiré de son livre paru en 2007, Service Volé, diffusé le lundi 22 novembre à 21h05 sur TF1 revient sur l'histoire et la longue bataille judiciaire d'Isabelle Demongeot pour faire condamner ce prédateur qui a abusé d'une dizaine de jeunes filles. Une fiction essentielle, réalisée par Jérôme Foulon et emmenée par Julie de Bona (Le Bazar de la charité, Peur sur le lac), qui a eu un effet thérapeutique sur l'ancienne sportive.

Quatorze ans après sa parution, TF1 diffuse une fiction inspirée de votre livre Service Volé. Comment est né ce projet ? 

J'ai toujours pensé que ça arriverait un jour. Il y a eu quelques tentatives qui n'ont pas abouti. Puis j'ai rencontré le scénariste et réalisateur Jerome Foulon qui a fait un travail incroyable car il m'a énormément écoutée. Le résultat est très intéressant, il a abordé des choses qui m'ont fait beaucoup de bien. Ce film est une forme de reconnaissance et un hommage à toutes les victimes. La condamnation de cet entraîneur nous a toutes évidemment permis d'avancer. La honte avait enfin changé de camp. 

On dit que la parole se libère. Mais c'est peut-être aussi l'écoute qui a changé ? 

Je suis très contente que vous disiez ça. Je pense en effet que la société a évolué et les gens sont aujourd'hui prêts à entendre les choses. J'ai raconté véritablement ce qui s'était passait en 1992. J'ai même prévenu les instances fédérales, mais il a été condamné en 2014. Il aura fallu beaucoup de temps. Aujourd'hui, on est crues. Quand Sarah Abitbol sort son livre, on n'a aucun doute. Moi, en 2007 quand j'ai publié le mien, tout le monde était dans l'incertitude. La grande évolution est là. Il faut former les gens à écouter et leur apprendre à détecter les prédateurs. 

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Pourquoi a-t-on autant de mal à croire les victimes de viol ou d'inceste ?

C'est parce que notre justice est faite à l'envers. Je me dis qu'on s'en fiche de nous. Dans mon cas, on a condamné ce monsieur pour deux victimes et pas pour les vingt-trois autres car il y avait prescription. On ne nous respecte pas en tant que victime. Aujourd'hui on se soucie davantage de l'état des prédateurs, ce n'est pas normal. Notre affaire a quand même duré neuf ans… Moi ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est le sort des victimes. Parler c'est très bien, mais quand une victime arrive à parler, il faut la croire et savoir comment l'accompagner. 

La fiction montre bien à quel point la honte pèse souvent sur les victimes et la famille plutôt que sur l'accusé

C'est ça qui nous tue à chaque fois. Ce n'est ni la faute de mes parents, ni la mienne, mais celle de cet homme qui n'aurait jamais dû croiser ma route car il n'avait pas le droit d'enseigner. Il était mis sur un piédestal parce qu'il entrainait les deux meilleures joueuses françaises. Son statut l'a protégé, on a même financé son camp d'entrainement alors qu'il violait des petites filles. C'est ahurissant. 

On a le sentiment que, dans le milieu du sport, l'omerta sur les agressions sexuelles est-elle en train d'être levée. Le ressentez-vous ? 

Oui. On assiste à un changement car des sportifs osent prendre la parole. On voit aussi quelques présidents de fédérations qui se portent partie civile. Il y a également des livres à ce sujet-là qui ont fait bouger les choses, le mien, celui de Catherine Moyon de Baecque et celui de Sarah Abitbol. La ministre déléguée aux Sports, Roxana Maracineanu a d'ailleurs été exceptionnelle lors de l'affaire Abitbol. Elle a réussi à prendre des résolutions et à sanctionner. Cela dit, je pense que les fédérations pourraient en faire encore plus.

Un viol ça ne se voit pas. Quand vous me regardez, vous ne voyez pas que j'ai été violée. Mais c'est un vrai handicap pour toute la vie- Isabelle Demongeot

Est-ce qu'une fiction peut-elle vraiment participer à l'éveil des consciences ?

Bien sûr, c'est très bien que les fictions abordent ce sujet car elles touchent un très grand nombre de personnes. Il faut sans cesse faire des piqûres de rappel et le dire : un viol, c'est une pénétration. Et ça touche toute une famille, que ce soit le mari ou les enfants. Moi j'ai déjà expliqué à ma fille ce que sont les parties intimes et le viol, et elle va avoir 7 ans. On doit questionner les enfants et être attentifs. Les parents doivent apprendre à détecter les signes des prédateurs pour parvenir à les neutraliser. 

Dans le téléfilm, un personnage dit "Le viol c'est un moyen de tuer sans faire mourir". Peut-on malgré tout s'en sortir avec les années ? La résilience est-elle possible ? 

Un viol ça ne se voit pas. Quand vous me regardez, vous ne voyez pas que j'ai été violée. Mais c'est un vrai handicap pour toute la vie. Et on peut évidemment s'en sortir à condition d'être bien entourés, que ce soit par la famille ou par des bons thérapeutes. Vous savez, je suis encore victimes d'insultes aujourd'hui parce que je suis une femme violée. C'est quelque chose qui dérange parce que ça touche au sexe et à la domination masculine. Ça commence à changer aujourd'hui. 

D'où vous vient cette combativité ? 

Vous savez, toute cette histoire m'a beaucoup usée et j'en ai vraiment pâti. Mais je pense que mon énergie vient de la chaîne de solidarité qu'on a créée. Et puis je suis aussi une athlète de haut niveau, donc forcément ça a joué un rôle.

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