Michaël Youn dans "Fugueuse" : "Je ne crois pas au mythe de la prostituée heureuse"

Michaël Youn dans "Fugueuse" : "Je ne crois pas au mythe de la prostituée heureuse"

INTERVIEW - Dans la fiction de TF1, il joue un père de famille dont la fille sombre dans la prostitution. Un rôle fort pour le comédien, qui se dirige de plus en plus vers le registre dramatique.

Les rôles sombres lui vont comme un gant. Après Les Bracelets rouges, Le jour où j’ai brûlé mon cœur ou plus récemment Une affaire française, Michaël Youn prouve à qui en doutait encore qu'il peut endosser des rôles dramatiques. Dans Fugueuse, la série choc de TF1, le trublion du petit écran se glisse dans la peau de Stéphane, un père de famille qui se rend compte que sa fille de 16 ans se prostitue par amour pour son petit ami, un rappeur qui la manipule. Un rôle qui a profondément touché le comédien.

Fugueuse est une fiction forte sur la prostitution adolescente. Qu'est-ce qui vous a séduit dans le projet ? 

J'ai été complètement happé par le scénario. Et je me suis dit que c'était un sujet nécessaire. Je ne soupçonnais d'ailleurs pas l'ampleur de la prostitution adolescente, qui touche 10.000 jeunes en France aujourd'hui. Et ça va d'ailleurs en empirant à cause des réseaux sociaux qui permettent de recruter de plus en plus facilement. Je me suis complètement projeté dans cette histoire, car je suis un père de famille.

Comme le montre la fiction, la prostitution touche des jeunes de tous les milieux…

Oui et c'est important de le préciser, car on pourrait penser que ça concerne surtout les familles pauvres ou avec des problèmes d'alcool, de violence ou de manque de communication. Mais dans les familles plus bourgeoises, beaucoup de jeunes garçons et de jeunes filles ne se rendent pas forcément compte qu'ils se font manipuler par des gens malveillants. Ce n'est pas un épiphénomène, mais quelque chose de très grave. 

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Je ne pense pas qu'on puisse s'épanouir en vendant son corps à des gens qui sont, eux aussi, dans une vraie misère sexuelle- Michaël Youn

Vous avez expliqué avoir été en contact avec des escorts sur les réseaux sociaux. Qu'est-ce qui vous a le plus étonné ? 

Après diffusion de la fiction, j'ai été en contact avec des jeunes filles, sur les réseaux sociaux, qui m'écrivaient et me racontaient pourquoi elles faisaient ce métier. Ce qui est assez paradoxal, c'est qu'elles étaient touchées qu'on fasse une série sur ce sujet-là, mais elles estimaient aussi que ça ne les concernait pas. Elles expliquaient être heureuses et assumer ce qu'elles faisaient. 

Elles ne se rendent pas compte de la gravité de leurs actes ? 

Non. Je pense que c'est du déni. Je ne crois pas au mythe de la prostituée ou du prostitué heureux. Cette image a été véhiculée dans quelques films comme Pretty Woman, où Julia Roberts n'a pas l'air d'être si malheureuse que ça. Mais je ne pense pas qu'on puisse s'épanouir en vendant son corps à des gens qui sont, eux aussi, dans une vraie misère sexuelle. 

Quel conseil donneriez-vous aux parents pour être plus vigilants ? 

Je pense que le plus important, c’est le dialogue, le dialogue, le dialogue. Et ce n'est pas juste parler avec ses enfants, mais aussi écouter quelles sont leurs véritables aspirations. Ce que Stéphane (son personnage, ndlr) n'a pas vu, c'est le désir de liberté de sa fille, cette volonté d'épanouissement pour devenir une femme et non plus une jeune fille, avec évidemment une sexualité. 

Étonnamment, le drame me coute moins que la comédie- Michaël Youn

C'est complexe, l'éducation des enfants, non ?

Comme disait Freud, avec les enfants on peut faire tout ce qu'on veut pour bien les éduquer, de toute façon, on le fera mal. 

Pensez-vous qu'en tant que parent, on a davantage peur pour une fille ou pour un garçon ? 

Je crois qu'il n'y a pas de sexisme dans l'inquiétude. Je ne sais pas si c'est dû à mon entourage féminin, mais j'ai toujours trouvé que les filles étaient un peu plus sérieuses et responsables. Je sais que quand j'étais ado, j'ai fait beaucoup de bêtises et j'ai probablement été considéré comme une mauvaise rencontre ! Après, le monde change vite et les filles s'assument sexuellement de plus en plus tôt…

Vous êtes un comédien caméléon, dans quel registre êtes-vous le plus à l'aise ? 

Avec le temps, je me suis rendu compte, étonnamment, que le drame me coute moins que la comédie parce que je suis dans l'univers de quelqu'un et que je porte moins de responsabilité si ça ne fonctionne pas. La comédie demande tellement d'énergie et tellement de rigueur, c'est plus compliqué. 

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