Quais du polar : après les affaires et l’écologie, Eva Joly veut devenir "le John Le Carré du thriller géopolitique"

CULTURE

FESTIVAL – Ancienne juge, symbole de la lutte anti-corruption dans l’affaire Elf, députée européenne et candidate à la présidentielle en 2012, Eva Joly poursuit ses combats par l’écriture avec "French Uranium" (Les Arènes), un thriller politique co-écrit avec Judith Perrignon.

Habituée comme elle est à rendre justice, Eva Joly est à son aise à Quais du polar. A armes égales avec les auteurs, elle a déjà écrit deux thrillers, à quatre mains avec Judith Perrignon : après « Les yeux de Lira » en 2011, le duo a publié French Uranium (Les Arènes) en début d’année. On y découvre les vilains financements de la politique après le suicide d’un ministre, au premier tour d’une élection présidentielle. Si les personnages sont fictifs, les faits ne sont pas toujours pure coïncidence… 

"Dans 'Les yeux de Lira' ", rappelle Eva Joly, "on mettait en scène le patron de la brigade financière, une journaliste et un greffier. Dans French Uranium, cinq ans se sont écoulés, nos personnages ont vieilli, et dans cette fiction, nous avons tenté d’aller au-delà de la scène politique, pour montrer quels en sont les vrais ressorts." Des ressorts financiers, où l’éprise de justice souhaite montrer "comment la vie luxueuse et feutrée des ministres couve une violence terrible, en l’occurrence celle que subissent les Nigérians. "

A trois semaines du premier tour, j’ai l’impression qu’on ne parle pas assez de ce qui constitue réellement notre démocratie- Judith Perrignon, co-auteur

Judith Perrignon, ancienne journaliste politique à Libération, y a vu également le moyen d’élargir les limites de la presse : "Quand j’ai rencontré Eva, j’ai eu l’impression de pouvoir raconter ce qu’était réellement une campagne électorale, dans un contexte précis. A trois semaines du premier tour, j’ai l’impression qu’on ne parle pas assez de ce qui constitue réellement notre démocratie."

" Nous traitons du blanchiment comme une industrie qui régente le monde », résume Eva Joly. « Des flux financiers partent du Nigeria vers la France pour alimenter la politique. Ceci sans aucun scrupule, ni respect des vies humaines. Nous décrivons des mécanismes criminogènes, de façon très réaliste." Elle plaisante à moitié en déclarant que leur ambition, "c’est d’être les John Le Carré du thriller géopolitique ! Quand vous lisez ‘L’espion qui venait du froid’, vous connaissez un peu mieux l’univers de l’espionnage. Et vous aussi, en nous lisant, vous comprendrez mieux ces mécanismes financiers si complexes."

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Si les deux auteurs ont choisi la voie du roman, c’est aussi pour toucher l’affect du lecteur. Pour Judith Perrignon, "la force du roman, c’est le personnage, c’est une 3D qui nous permet de raconter en profondeur, alors que le journaliste ne prend jamais le temps de s’arrêter." Eva Joly ajoute : " L’empathie permet l’identification. Quand on décrit le meurtre d’un enfant, on fait prendre conscience de ce qu’est la faim, la souffrance, ce qui reste abstrait quand on le lit dans les journaux. Avec un thème comme le nôtre, la lutte contre les paradis fiscaux, c’est la seule façon de frapper l’opinion." 

Même les hommes politiques l’ont compris : quelques-uns d’entre eux, comme Vincent Peillon, signent des polars. A défaut de changer le monde avec un mandat, ils tentent leur chance avec la littérature.  

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