Quais du polar : l’enquête sur l’assassinat du juge Renaud se poursuit en bande dessinée

CULTURE

FESTIVAL – Les meilleurs polars sont souvent inspirés d’histoires vraies et de faits divers. L’assassinat jamais résolu du juge François Renaud, en 1975, est un mystère que le dessinateur et scénariste Olivier Berlion retrace de façon magistrale dans sa BD en trois tomes "Le juge, la République assassinée" (Dargaud).

A Lyon, il y a un crime qui continue de hanter les mémoires. Le 3 juillet 1975, le juge d’instruction François Renaud était assassiné, criblé de balles en pleine rue par un homme cagoulé. Il avait traité plus de 1 500 affaires, dont celle du fameux Gang des Lyonnais. On n’a jamais retrouvé son meurtrier, et l’affaire a abouti à un non-lieu en 1992.

Après avoir inspiré un film (" Le Shériff ", avec Patrick Dewaere), la vie de François Renaud a été adaptée en BD par Olivier Berlion : le tome 3 de " Le juge, la République assassinée ", vient de paraître chez Dargaud. Une histoire de justice et de grand banditisme, à une époque charnière pour la démocratie française.

Certaines scènes sont imaginées, mais je tenais à ce qu’elles soient incontestables du point du historique- Olivier Berlion

"J’ai voulu reconstituer sa vie grâce aux témoignages de policiers et de journalistes, de 1967 à 1975. Sur archives, car les témoins directs sont parfois contradictoires", explique Olivier Berlion, qui ne réfute pas pout autant le mot "fiction" pour qualifier son travail. "Comme je suis auteur, j’ai été obligé d’adopter un point de vue, j’ai donc choisi celui du juge, de prendre le risque de me glisser dans sa pensée. Certaines scènes sont imaginées, mais je tenais à ce qu’elles soient incontestables du point du historique."

Olivier Berlion a obtenu la bénédiction de Francis Renaud, le fils du juge, qui lui a fourni des anecdotes privées. C’est lui qui a trouvé son père mort dans la rue. "J’avais 20 ans à l’époque, explique celui-ci, c’était lourd pour moi, affectivement bien sûr mais aussi au niveau de la procédure judiciaire. L’élite de la police a déployé de gros moyens à l’époque… puis tout s’est arrêté. Je me suis porté partie civile, et j’ai jeté l’éponge au bout de 17 ans." Francis Renaud est alors parti vivre au Vietnam, tout en sachant qu’il reviendrait régler ses comptes un jour : "Devant la justice rendue, on s’incline. Devant la justice inachevée, on s’interroge. "

On m'a souvent demandé si j'avais peur- Olivier Berlion

Les trois tomes de la bande dessinée, dont Francis Renaud a signé la préface, ne prétendent pas dénoncer qui que ce soit (voir ci dessous notre vidéo d'archive lors de la sortie du livre "Justice pour le juge Renaud", écrit par Francis Renaud). "Il y a toujours une énorme pression sur cette affaire, remarque Olivier Berlion, et on m’a souvent demandé si j’avais peur. Alors, oui, mais moins quand j’ai fait savoir que je n’avais pas de scoop !" Une autre personne loue le sérieux et la crédibilité de son œuvre : Luc Fontaine, président de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Lyon, qui précise que ces années 70 étaient " une époque particulière, pas judiciarisée comme aujourd’hui, et où le juge d’instruction était un homme seul. C’était la fin de la transition de l’après-guerre, et on ne peut comprendre cette histoire qu’en connaissant le rôle exact des personnages. Ce que cette BD montre très bien." Bien avant Quais du Polar, Lyon avait une réputation sulfureuse : le "Chicago-sur-Rhône " renaîtra encore sous d’autres déclinaisons.

En vidéo

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