"Je n'ai même pas eu mon mot à dire" : deux ans après "The Voice", Mennel revient sur la polémique

Mennel, candidate de The Voice en 2018, s'était retrouvée au coeur d'une vive polémique suite à des messages jugés complotistes sur Twitter. A 25 ans, plus mûre et sans turban, elle se dévoile ce dimanche dans 7 à 8, histoire de montrer à ses détracteurs qui elle est vraiment.

POINTÉE DU DOIGT - Mennel, candidate de "The Voice" en 2018, s'était retrouvée au cœur d'une vive polémique suite à des messages jugés complotistes sur Twitter. À 25 ans, désormais sans turban, la chanteuse revient sur cette période et sur son avenir.

Certains se souviennent de Mennel pour sa voix cristalline qui avait séduit les coachs de The Voice, d’autres ont gardé en mémoire son visage angélique, coiffée d'un turban qu'on lui a tant reproché de porter. Il y a trois ans, la France entière découvrait cette jeune femme atypique qui, lors de son audition à l'aveugle, avait choisi de reprendre Hallelujah, un titre de Leonard Cohen, en anglais et en arabe. Une prestation qui avait généré 33 millions de vues sur internet, mais qui l'avait aussi propulsée au cœur d'une tempête médiatique. Ses détracteurs lui avait ainsi reproché d'être une femme voilée et de chanter en arabe une chanson parlant de Dieu. 

"À l'époque, je portais un turban et c'était vraiment par choix, par conviction, comme je suis de confession musulmane. J'avais envie d'allier mes convictions religieuses avec mon style vestimentaire. Je me sentais en accord avec moi-même. Et donc je me suis présentée à l'émission comme je suis dans la vie de tous les jours", explique-t-elle devant les caméras de 7 à 8, comme pour mieux souligner cette volonté farouche qu'elle avait à l'époque d'affirmer son identité. "Je voulais plaire à tout le monde. Je voulais plaire à ma famille, à la société, à la communauté musulmane, à la communauté non musulmane et je me disais : comment faire pour allier tout ça ?"

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J'étais hyper en colère et ça m'énervait qu'il y ait toujours des amalgames entre les religions et les personnes qui font des choses horribles- Mennel, dans Sept à Huit

Très vite après le passage de Mennel dans The Voice, tout ce que la France compte d'identitaires fouille dans son passé numérique et exhume deux messages postés par la jeune fille en 2016 au lendemain de l'attentat de Nice, et après l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray et l'égorgement du Père Hamel. Des messages qualifiés de complotiste où elle écrit : "Les vrais terroristes, c'est notre gouvernement". "Ce que je voulais dire c'est que j'étais hyper en colère et ça m'énervait qu'il y ait toujours des amalgames de faits entre les religions et les personnes qui font des choses horribles, parce que dans la religion musulmane à aucun moment on ne dit d'aller tuer des gens. C'est juste horrible. Pourquoi à la télé, j'entends autant de choses horribles sur les musulmans puisque ce n'est pas vrai, je n'ai pas grandi comme ça", s'insurge-t-elle.

Malgré tout, ces propos ont profondément choqué. Aujourd'hui, Mennel veut clarifier les choses : "Je regrette juste d'avoir été jugée aussi rapidement. Je n'ai même pas eu mon mot à dire en fait. Et quand bien même je m'exprimais pour dire qu'à aucun moment je ne cautionnais quoi que ce soit, je n'ai jamais eu ma chance. C'était déjà trop tard", souligne la jeune femme. S'ensuit un déluge de haine sur les réseaux sociaux. Mennel a même été victime de menaces de mort. "Je recevais des messages comme : 'Tu n'es pas Française', 'retourne dans ton pays', des choses comme ça. Et c'est quand même assez drôle quand on sait que je suis née, que j'ai grandi, et que j'ai vécu toute ma vie à Besançon. Donc me dire que je ne suis pas Française, c'est quand même gros", sourit-elle aujourd'hui.

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Mais la pression est telle que la jeune femme manque de vaciller. "On me disait clairement que j'étais un monstre. Je n'arrivais plus à tenir, j'étais abattue. J'avais l'impression qu'on m'avait achevée vivante". Autre désillusion, le contrat que Mennel devait signer à l'époque avec un label d'Universal tombe à l'eau. "Les gens m'ont dit : 'On a eu des membres du staff qui sont morts au Bataclan, on peut pas'. J'ai été boycottée clairement. Comme on veut éradiquer la peste, j'ai été mise sur le côté et tout tombait à l'eau", avance-t-elle. 

Marquée par cette période, la chanteuse fait un travail d'introspection pour essayer de comprendre ce qui s'était passé. "Je pense qu'avant, j'étais dans une sorte de révolte. J'étais têtue, je voulais qu'on m'accepte comme je suis, avec ou sans turban". Deux ans après, Mennel a muri. Pour elle, la solution est toute trouvée : ceux qui l’acceptent, tant mieux, mais ceux qui ne l'acceptent pas, "c'est très bien aussi", dit-elle. 

Résultat, elle a décidé aujourd'hui d'apparaître tête nue. "Je suis chanteuse avant tout et j'en avais marre qu'on ne m'identifie qu'à mes origines, et qu'on parle de moi à travers un turban", poursuit-elle. Mais loin de calmer la fronde, cette attitude choque une nouvelle fois les internautes et la jeune chanteuse fait toujours l’objet d’insultes. "J'ai été critiquée par une minorité de la communauté musulmane qui a estimé que je ne correspondais plus à leurs critères", raconte-t-elle. Aujourd'hui, Mennel est devenue, malgré elle, un symbole, celui des femmes voilées, dans un pays où le port du voile continue d'être vu comme un symbole de soumission et d'intégrisme. "Je suis toujours sujette au débat. Je me sens attaquée tout le temps pour quelque chose qui au final n'est pas si important que ça"

Mais la jeune femme ne veut pas être un symbole, son désir est beaucoup plus terre à terre, elle veut juste être chanteuse. Et pour finir de clouer le bec à ceux qui douteraient encore de ses intentions, elle a intitulé son dernier single : Musulmane et Française. Histoire de clamer haut et fort que les Musulmans de France ne sont pas une menace. "Car c'est bien ça le problème", regrette-t-elle. "Je pense que comme toute personne, en tant que citoyen français, quand des choses horribles arrivent, comme le meurtre de Samuel Paty, on est tous démunis. C'est impossible d'être croyant et de faire du mal à une personne". Mennel espère maintenant que tous ceux qui l'ont mal jugée reviendront sur leur position. Car désormais, une seule chose compte à ses yeux : "C'est d'être fière de moi-même, et de savoir exactement comment je veux vivre ma vie", conclut-elle.

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