Tueur à gage, luxe et voyance : la sulfureuse histoire vraie derrière le film "House of Gucci"

Tueur à gage, luxe et voyance : la sulfureuse histoire vraie derrière le film "House of Gucci"

RÉCIT – Ridley Scott met en scène un épisode aussi scandaleux que dramatique qui a secoué l’une des familles les plus iconiques d’Italie dans les années 1990. Ou comment une femme déçue n’a pas hésité à faire abattre son ex-mari pour protéger l’héritage de ses filles.

C’était un lundi comme les autres. Giuseppe Onorato donnait un coup de balai dans des feuilles mortes quand Maurizio Gucci est arrivé au numéro 20 de la via Palestro à Milan, où se trouvaient ses bureaux. "Il portait des magazines et il a dit bonjour. Puis j’ai vu une main. C’était une belle main, propre et elle tenait une arme", raconte l’ancien portier au Guardian en 2016. Plus de 20 ans après les faits, ses souvenirs sont immuables. Il se rappelle du nombre de coups de feu tirés. Deux sur lui, quatre sur l’homme d’affaires de 46 ans qui "mourra dans ses bras" ce 27 mars 1995.

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House of Gucci : au cinéma le 24 novembre

L’assassinat de Maurizio Gucci, petit-fils du fondateur de l’empire du luxe, a autant fasciné les Italiens qu’il a donné du fil à retordre aux enquêteurs. Il aura fallu deux ans à la police pour procéder aux premières interpellations. Le 31 janvier 1997, cinq personnes sont arrêtées. Deux repris de justice, dont un est déjà en prison, un portier d’hôtel, une voyante et surtout l’ex-femme de la victime, Patrizia Reggiani. Cette brune incendiaire de 49 ans au caractère affirmé, héroïne du film de Ridley Scott House of Gucci, avait tout pour devenir une icône hollywoodienne. À commencer par son look.

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House of Gucci : la bande-annonce

La première fois que Maurizio croise Patrizia, il demande qui est "cette sublime fille en rouge qui ressemble à Elizabeth Taylor". "Je l’ai rencontré à une fête et il est tombé follement amoureux de moi. J’étais excitante et différente", assure la principale intéressée au Guardian. Pas franchement séduite au départ, elle se rappelle surtout d'"un garçon calme dont les dents se chevauchaient sur le devant'. Mais l’amour triomphe de sa première impression et le couple se marie en 1972. La fillette de bonne famille originaire d’une petite ville près de Milan intègre en un instant l’élite milanaise.

Engager un tueur à gage ? "Je le demandais à tout le monde", explique Patrizia Reggiani

La lune de miel se prolonge avec la naissance d’Alessandra et Allegra, et dure un peu plus de dix ans, jusqu’au décès de Rodolfo Gucci. À la mort de son père en 1983, Maurizio prend la tête de l’entreprise familiale qu’il finit par perdre dix ans plus tard. Un camouflet pour Patrizia, qui estime avoir contribué à l’aura de la maison Gucci. Il se murmure à la même époque que l’homme d’affaires s’apprête à épouser sa nouvelle compagne, Paola Franchi. Suffisant pour donner à celle que la presse surnomme Lady Gucci l’envie de passer à l’acte.

Lors du procès qui s’ouvre au printemps 1998, l’accusation la décrit comme la commanditaire de l’assassinat de son ex-mari. Montant de la transaction ? 500 millions de lires, soit 260.000 euros. Devant la cour, Patrizia Reggiani admet avoir payé cette somme aux exécutants "parce qu’ils avaient fait une chose que je souhaitais". Elle reconnaît aussi avoir cherché un tueur à gage à plusieurs reprises après son divorce. Mais pas cette fois. "Je le demandais à tout le monde, je l’aurais même demandé au charcutier. C’était une obsession", déclare-t-elle. Elle répète que le meurtre de Maurizio a été organisé par Pina Auriemma, une voyante napolitaine dont elle était très proche. Désormais appelée "la Veuve noire" par la presse italienne, elle échappe à la perpétuité qui avait été requise par le parquet. Elle écope d’une peine de 29 ans ferme, réduite à 26 ans en appel.

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"Je crois que je suis quelqu’un de très fort parce que j’ai survécu à toutes ces années en captivité", martèle-t-elle au Guardian en 2016, trois ans après sa libération anticipée. Elle aurait pu sortir dès 2011, mais a préféré repousser une offre d’emploi synonyme de liberté. "Je n’ai jamais travaillé de ma vie et je ne vais sûrement pas commencer maintenant", s’amuse-t-elle à l'époque. De son temps derrière les barreaux, Patrizia Reggiani ne dit pas grand-chose. "J’ai beaucoup dormi, je me suis occupé de mes plantes et de Bambi, mon furet (…). Je n’aime pas du tout parler de cette époque. C’était un mauvais rêve pour moi", insiste-t-elle sans évoquer sa tentative de suicide dans sa cellule en 2000. Le mot prison ne fait même pas partie de son vocabulaire. Elle préfère parler de son temps à l'ombre comme de son "séjour à la résidence Vittore". Une escapade comme une autre pour celle qui rêvait d'entrer dans les livres d'histoire. Mais sans doute pas dans la rubrique faits divers.

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