JoeyStarr ("Suprêmes") : "Si tu m’avais dit à l’époque que NTM aurait un biopic, je t’aurais ri au nez"

JoeyStarr ("Suprêmes") : "Si tu m’avais dit à l’époque que NTM aurait un biopic, je t’aurais ri au nez"

INTERVIEW – C’est un projet fou qu’il "n’aurait pas pu imaginer" à ses débuts avec son acolyte Kool Shen. Le rappeur revient pour LCI sur la genèse du film de sa vie, au cinéma le 24 novembre, avec sa réalisatrice Audrey Estrougo.

Il était là le jour où NTM est monté pour la première fois sur scène. "Ils n’étaient pas encore rappeurs quand je les ai connus, ils étaient danseurs et graffitis artistes. Ils arrivent comme ça en fait, ce soir de 1989", se souvient Cut Killer à propos de cette sortie presque improvisée au Globo, salle mythique des nuits parisiennes. 

Ce moment fondateur du groupe, le public le vit en immersion dans Suprêmes. Plus qu’un biopic du groupe mené par JoeyStarr et Kool, le film d’Audrey Estrougo "raconte une période, une génération", selon le DJ qui en signe la bande originale. 

Ovationné lors du dernier Festival de Cannes, Suprêmes est aussi intimiste qu'il est universel et dresse le portrait d'artistes devenus malgré eux les porte-paroles d'une époque qui ressemble étrangement à la nôtre. Il y a un peu de Straight Outta Compton et de 8 Mile dans ce film sans concession, porté par un fabuleux duo à l'interprétation irréprochable. Sandor Funtek (Bruno Lopes/Kool Shen) et Théo Christine (Didier Morville/JoeyStarr) sont criants de vérité dans des costumes qui auraient pu être trop grands pour eux. JoeyStarr lui-même assure avoir "relégué au rang de spectateur" de sa propre vie. LCI l'a rencontré en compagnie de sa réalisatrice Audrey Estrougo.

Audrey m’a relégué au rang de spectateur avec ce film. Et j'en suis très fier. - JoeyStarr

Quand le groupe est reçu chez Polydor, Kool Shen dit : "C’est pas un marché le hip hop, c’est une philosophie". C’est quoi la philosophie du film Suprêmes ?

Audrey Estrougo, réalisatrice : C'était déjà d'essayer d'être digne de son sujet, des deux mythes que sont Didier et Bruno. C’était aussi de questionner son spectateur avec ce portrait de la société des années 80 et 90 qui, finalement, questionne celle d'aujourd'hui. Sa philosophie, c’était de regarder le présent avec le prisme du passé et de souligner que ça fait quarante ans bientôt qu'il y a toute une jeunesse qui a été abandonnée par ses politiques. 

Pourquoi Suprêmes au pluriel alors que le groupe s'appelle Suprême NTM ?

Audrey Estrougo : Parce qu’ils sont suprêmes, ils sont deux. C’est un jeu de mots, je suis peut-être la seule à l’avoir capté mais je l’aime bien.

JoeyStarr : Tu te sens vraiment toute seule là-dessus ? J’avais compris tout de suite.

C’est un titre qui vous va bien, JoeyStarr ?

Honnêtement, pour la sensation qu’on a éprouvée, ouais c’était suprême et peut-être que ça nous rendait suprêmes aussi. Il n’y a pas eu de débat du tout à ce sujet.

Au tout début du film, le jeune JoeyStarr martèle que "c’est un truc d’Américains le rap". Est-ce que c’est pas un truc d’Américains aussi de rejouer sa vie au cinéma ?

JoeyStarr : Alors je t'avoue que la première fois qu'on m'a proposé de faire un livre, j'ai trouvé que ça sentait le dépôt de bilan.  Entre se raconter des trucs comme ça au coin d'une table ou derrière un joint et les poser par écrit… Je n’ai pas cet ego-là pour me dire "Ça va le faire, c'est génial". Audrey m’a relégué au rang de spectateur avec ce film. Et j'en suis très fier. 

Et comment se sent-on en tant que spectateur de sa propre vie ?

JoeyStarr : Tu miaules, comme un vrai spectateur. La première version qu’elle m'a montrée durait trois heures. J'ai dû miauler trois fois. Je pense que j'ai été bon spectateur de tout ça. Il y a aussi ce truc que j’ai développé il y a pas mal de temps avec l’acting. Quand l'histoire est bien fagotée, bien montée, je me fais avoir tout de suite. Même si je joue dans le film, j'oublie que c'est moi et j'arrive à faire abstraction de ça. Je me suis fait avoir par ça avec Suprêmes. Ça coulait de source. J’ai été spectateur tout de suite parce que je trouve que c'est un bon film au-delà du placard NTM.  

Le générique de fin précise que Suprêmes est une "fiction du réel librement inspirée des premières années de NTM". Comment avez-vous façonné votre récit ensemble ?

JoeyStarr : Si on m'avait dit cette phrase-là au départ, je pense que j'aurais simulé un AVC.  "Une fiction du réel…" Va la vendre ailleurs ta salade ! (il sourit)

Audrey Estrougo : Elle n'est pas de moi cette phrase (elle rit).

JoeyStarr : Quand j’ai rencontré Audrey la première fois, très honnêtement – et je ne dis pas ça parce qu'elle est là , - je pense que ça a été fluide tout le temps entre nous. Donc c'est le résultat de tout ça. Elle a été très convaincante tout de suite, dans son approche, dans la pertinence de ce qu'elle voulait faire avec cette idée de pas juste raconter l'épopée du groupe mais de la contextualiser avec l'époque. J'ai immédiatement été conquis par ça et je demandais à voir. On a eu deux ou trois rendez-vous pour qu’elle me raconte un peu tout ça. J'ai eu envie de lui filer les clés du vaisseau tout de suite.

Une scène en particulier semble être un déclic pour le personnage de Didier/JoeyStarr. Ils sont dans un hôtel en province pendant leur tournée et il se retrouve face à un jaguar. Que symbolise cette rencontre ? 

Audrey Estrougo : Comme c'est une fiction du réel, c'est donc aussi une fiction. Évidemment qu'il n'a jamais croisé un jaguar dans une chambre d'hôtel. 

JoeyStarr : Qu’est-ce que t’en sais ?

Audrey Estrougo : Oui, qu'est-ce que j'en sais? Mais je sais où sont les jaguars et j’ai fait des déductions comme ça. 

JoeyStarr : Mais grâce aux opioïdes…

Audrey Estrougo : … on peut voir beaucoup de choses. Là, je rentre dans la construction du mythe. C’est un film sur la vie de Didier, il y a ce personnage de JoeyStarr et ce mythe de jaguar/Gorgone qui fait partie du folklore de JoeyStarr. Suprêmes, c'est l'histoire de Didier et Bruno qui deviennent JoeyStarr et Kool Shen. Et on voit bien que dans sa création, dans son cheminement. Il y a aussi ce moment où il va se mettre à rugir, à sortir sa colère, sa douleur, à se façonner avec ça aussi et à avancer. La fantaisie cinématographique a été le moyen de le symboliser et de le raconter.

Que penserait le jeune Didier qui galérait en 1989 du Didier de 2021 qui fait la promotion du film qui raconte le tournant de sa vie ?

Je pense qu’il retournerait au café (il rit). C'est quelque chose qu'on n'aurait pas pu imaginer. On était tellement bien dans notre crasse, dans ce qu’on faisait. On s’accomplissait, on grandissait grâce à ça. On ne se projetait pas. C'est marrant parce qu’on avançait en regardant ni dans le rétro, ni dans le pare-brise. On était vraiment sur l'instant présent. Si tu m’avais dit qu’on aurait un biopic, je t’aurais ri au nez. Quand on a dû nous expliquer ce qu'était un clip, que ça allait être un objet promotionnel qui allait rayonner plus que nous, on s’est dit : "Ah bon ? Non, ce n’est pas possible". C'est peut-être pour ça aussi qu'on n’a jamais dit oui au biopic. On le vivait bien, on le vivait pour nous, avec l'impression de montrer tout ce qu'il y avait à montrer en montant sur scène ou au travers des interviews.  

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>> Suprêmes d'Audrey Estrougo, avec Théo Christine et Sandor Funtek - au cinéma le 24 novembre

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