Cruel, sensible et envoûtant : et si on montait à bord de "Drive my car" ?

Hidetoshi Nishijima et Tōko Miura dans "Drive my car".

ON AIME - Avec "Drive my car", le jeune réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi porte à l’écran une nouvelle de son célèbre compatriote Haruki Murakami. Ou la rencontre entre un acteur de théâtre hanté par la mort de son épouse et la jeune femme chargée de conduire sa Saab rutilante. Le film le plus envoûtant de l’été.

Adapter, c’est trahir, disent les spécialistes. En salles ce mercredi, Drive My Car est un cas d’école. D’une nouvelle de son illustre compatriote Haruki Murakami, le jeune réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi a tiré un film de près de 3 heures, ce qui augure déjà d’une certaine prise de liberté avec le matériau d’origine qui se lit en quelques minutes. Sa démarche rappelle celle du Sud-Coréen Lee Chang-dong, qui avait pioché dans un autre texte court de l’écrivain pour réaliser le splendide Burning avec Steven Yeun, en 2018

Peuplé de chats qui parlent, de poissons qui tombent du ciel, de chrysalides magiques et de portes qui s'ouvrent sur des mondes parallèles, des ouvrages volumineux comme Kafka sur le rivage ou la trilogie 1Q4 feraient-ils peur, même aux plus téméraires ? Toujours est-il que c’est la veine plus réaliste de Murakami qu’on retrouve dans ce film récompensé par le prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

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De la nouvelle, qui ouvre le recueil Des hommes sans femmes, parue en 2014, Ryusuke Hamaguchi a conservé les principaux personnages. Suite à la mort soudaine de sa femme, Yusuke, un acteur et metteur en scène de théâtre, accepte de monter une adaptation d’Oncle Vania de Tchekhov dans un théâtre de province. Sur place, on lui assigne comme chauffeure la discrète Misaki, une jeune femme à laquelle il confie non sans mal les clés de sa Saab 900 rouge vif. Sur le trajet qui les mène aux répétitions, Ysukue écoute l’enregistrement audio de la pièce, lue par la défunte...

Le texte d’origine s’ouvrait par la rencontre entre Yusuke et Misaki, Haruki Murakami dissertant avec humour sur la difficulté du premier à faire confiance aux femmes au volant. Là où 99% de ses collègues auraient alors déroulé le fil de la relation naissante entre les deux protagonistes, Ryusuke Hamaguchi la repousse à bien plus tard. Au contraire, il choisit de commencer son film plusieurs années avant la nouvelle. C’est-à-dire en racontant d’abord la vie de couple de Yusuke jusqu’aux évènements qui ont précédé le deuil qui va ensuite hanter toute l’intrigue. L’idée est plutôt gonflée sur le papier. A l’écran, elle apporte de l’épaisseur, de la densité, une gravité supplémentaire à des protagonistes qui ont toutes les peines du monde à exprimer leurs sentiments.

L’une des forces des romans de Murakami, ce qui les rend captivant pour des millions de lecteurs à travers le monde, c’est la création de motifs répétitifs, des images, des situations, certains diront des gimmicks qui reviennent à intervalles réguliers comme les thèmes d’une partition de jazz, l’autre grande passion de l’écrivain, avec la course à pied. Dans Drive my car, le film, ils se matérialisent à travers les répliques de Tchekhov, rejouées jusqu’à la perfection du siège arrière de la Saab, sur une autoroute déserte, la nuit, à la représentation finale devant un public de théâtre qui applaudit à tout rompre, en pleine lumière. L'alternative idéale aux blockbusters de l'été ?

>> Drive my car de Ryusuke Hamaguchi. Avec Hidetoshi Nishijima, Tōko Miura, Masaki Okada. 2h59. En salles

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