Christopher Nolan en colère contre la Warner : un combat perdu d’avance ?

Christopher Nolan en colère contre la Warner : un combat perdu d’avance ?

COUP DE GUEULE - Dans un communiqué assassin, le cinéaste britannique Christopher Nolan tacle la décision de la Warner de sortir tous ses nouveaux films simultanément en salles et en streaming à partir de l’an prochain. En défendant à tout prix les salles de cinéma, l’auteur de la trilogie "Dark Knight" et du récent "Tenet" marche-t-il à contre-courant ?

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Le 4 décembre dernier, la Warner annonçait qu’à compter de 2021, tous ses nouveaux films sortiraient le même jour au cinéma et sur sa plateforme de streaming par abonnement HBO Max. Un choix stratégique motivé par l’incertitude persistante qui entoure la réouverture des écrans outre-Atlantique, à l’arrêt dans les grandes villes depuis le début de la pandémie de coronavirus. Après avoir reporté à plusieurs reprises les Dune, Matrix 4, Godzilla vs. Kong et consorts, le studio ne veut plus perdre de temps – et d’argent – quitte à entériner un changement de modèle radical pour l’industrie cinématographique.  

 

Dans un communiqué adressé ce mardi matin à The Hollywood Reporter, le cinéaste britannique Christopher Nolan, très attaché depuis toujours aux salles de cinéma, monte au créneau et s’en prend avec virulence à la direction du studio qui a distribué ses plus grands succès, de la trilogie Dark Knight au récent Tenet. "Certains des plus grands réalisateurs et des plus importantes stars de notre industrie sont allés se coucher hier soir en pensant qu’ils travaillaient pour le plus grand des studios de cinéma", écrit-il. "Et ils se sont réveillés en découvrant qu’ils travaillaient pour le pire des services de streaming." 

Virage historique ou erreur économique ?

Décidément très remonté, Christopher Nolan estime que "la Warner disposait d’une incroyable machine pour sortir le travail d’un réalisateur partout, à la fois au cinéma et à la maison. Et elle le démantèle au moment où nous parlons. Ils ne savent même pas ce qu’ils perdent. Leur décision n’a aucun sens économique, et même le plus banal des investisseurs de Wall Street verrait la différence entre une disruption et un dysfonctionnement." 

 

Le Britannique met le doigt sur l’un des aspects les plus controversés du bouleversement initié par l’un des plus anciens studios hollywoodiens, crée dans les années 1920. En faisant perdre à la sortie en salles son caractère exclusif, la Warner risque d’amoindrir durablement les revenus qu’elle génère. Sans aucune garantie que la hausse des abonnés à HBO Max permette de compenser les pertes. Et donc de pouvoir continuer à rémunérer les acteurs, réalisateurs et techniciens à leur juste valeur, du moins aux tarifs pratiqués jusqu’ici. 

 

"La Warner était par essence le studio le plus accueillant pour les cinéastes de talent", explique un agent au Hollywood Reporter. "Désormais ce ne sera plus ni leur destination n°1, ni leur destination n°2, ni même leur destination n°3." A moins d’un improbable revirement de situation, Christopher Nolan en fait sans doute partie. D’autant plus qu’il aurait bataillé cet été pour que Tenet puisse sortir en salles à la fin de l’été, instant sur le fait que son thriller de SF avait été conçu pour être vu en IMAX plutôt que sur l’écran d’un téléphone portable. Reste que le Britannique défend peut-être une expérience qui appartient au passé…

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En donnant un coup d’accélérateur à son offre numérique, alors que la crise sanitaire risque de détourner durablement les spectateurs des salles, la Warner marche au fond sur les pas de Disney. Ces dernières semaines, la firme aux grandes oreilles a elle décidé de se priver purement et simplement des salles pour sortir des nouveautés comme Mulan et Soul directement sur sa plateforme Disney+. Pour les deux studios, c’est aussi une manière de contrecarrer la montée en puissance de Netflix qui n’en finit plus de conquérir des abonnés mais aussi des talents en leur promettant un paquet de dollars... et une liberté créative plus grande.  

 

C’est notamment le cas de du cinéaste David Fincher, qui après avoir sorti plusieurs films comme Zodiac et L’Etrange Histoire de Benjamin Button sous l’égide de la Warner, vient de réaliser Mank pour l’actuel géant du streaming, après une première collaboration réussie sur la série Mindhunter. "Les studios de cinéma ne veulent plus rien faire qui ne puisse leur rapporter des milliards de dollars", se justifie-t-il dans une interview cash au Telegraph pour expliquer son passage du grand au petit écran.

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