Superdupont est orphelin : l'auteur de BD Gotlib est mort

DirectLCI
BANDE DESSINÉE - Le géant français de la BD, Gotlib, de son vrai nom Marcel Mordekhaï Gottlieb, s'est éteint dimanche 4 décembre à l'âge de 82 ans.

L'inventeur de la BD humoristique pour adultes s'est éteint ce dimanche 4 décembre. Les éditions Dargaud ont annoncé la mort de Gotlib, à l'âge de 82 ans. 


Né à Paris en 1934, Marcel Mordekhaï Gottlieb, papa de Gai-Luron, Hamster Jovial, Superdupont ou Pervers Pépère, a acquis sa notoriété en créant dans les années 1970 deux magazines-culte de BD : L'Echo des savanes (1972) et Fluide glacial (1975). Plus qu'un maître, Gotlib a été le père  spirituel de milliers de jeunesqui ont découvert avec lui la dérision et la liberté de rire de tout. 

Lire aussi

Marcel Gotlib était aussi un homme blessé, par son histoire familiale, son enfance sous l'Occupation et la perte d'amis disparus trop tôt. Ce petit homme gouailleur, pudique et chaleureux, ne dessinait pratiquement  plus depuis le milieu des années 1980. Avant de baisser les crayons, il avait passé plus de 30 ans de sa vie, dix heures par jour, à sa table pour créer sa progéniture de papier. Il a appris à rire avec les films des Marx Brothers. Une statue de Woody Allen trônait sur son bureau. 


Marcel Gottlieb - son nom sera francisé plus tard - était né dans une famille d'origine juive hongroise. Son père, Ervin, est mort en déportation à Buchenwald et le petit Marcel passe l'Occupation caché dans une ferme normande pour échapper aux rafles anti-juives. 


Au lendemain de  la guerre, il veut faire du dessin animé et prend de plein fouet l'influence des dessinateurs américains, comme Harvey Kurtzman et l'équipe du magazine satirique Mad. Ensuite, il crée Gai-Luron dans l'hebdomadaire Vaillant, en 1962. Puis rejoint le Pilote de René Goscinny, où il lance en 1968 sa Rubrique-à-brac, incontournable best-seller des cours de récré.

Je suis extrêmement complexé. J'avais l'impression de me venger en faisant le con, en me montrant magnifique sur mon trôneGotlib

Gotlib fut le premier auteur de BD que les lecteurs reconnaissaient dans la rue. Il faut dire qu'il se dessinait lui-même. De préférence sur un trône, avec une couronne de lauriers. Un truc pour exorciser sa timidité : "Je suis extrêmement complexé.  J'avais l'impression de me venger en faisant le con, en me montrant magnifique sur mon trône". C'est l'époque de la coccinelle, son personnage fétiche. 


De temps en temps, Gotlib s'offrait "une planche plus sérieuse", comme ces  deux pages sur la famine au Biafra, dont Goscinny dira : "Je suis fier d'être  le directeur d'un journal dans lequel il y a deux pages comme ça". Pilote est bientôt trop petit pour lui. En 1972, il crée L'Écho des savanes avec Claire Bretécher et Nikita Mandryka. Le magazine souvent considéré en France comme celui qui a permis à la BD de passer à l'âge adulte.  

Trois ans plus tard, il lance Fluide glacial. Un mensuel d'humour d'esprit libertaire qui deviendra l'un des plus importants du genre. Aux États-Unis,  Robert Crumb révolutionne les comics. En France, Gotlib et ses copains  dynamitent la BD. Dans le genre scato-rigolo. 


Le style sobre de Gotlib va à l'essentiel, le délire et la provocation. Mais la gestion du journal lui pompe son énergie et il délaisse peu à peu le dessin. Dans sa maison du Vésinet (Yvelines), le dessinateur a longtemps gardé un oeil sur Fluide glacial et continué de bricoler des scénarios. Un dessin de Gotlib à la une du journal de temps en temps suffisait à relancer les  ventes. 

C'était un géant, nous lui devons tous quelque chosePhilippe Geluck

"Je me sens orphelin. C'était un géant, nous lui devons tous quelque chose", s'est ému dimanche sur LCI Philippe Geluck, auteur des célébrissimes albums Le Chat. L'artiste belge a salué un "dessinateur virtuose", par ailleurs grand instigateur de la BD humoristique pour adultes. "Jusque-là, il n'y avait que la bande dessinée pour enfants", se souvient le dessinateur bruxellois, qui situe ce tournant à la création de L'Echo des savanes. "C'était hallucinant de drôlerie, c'était fort", s'enthousiasme encore Geluck.  


Au-delà de son art, "c'était un homme adorable", se souvient son ami. Alors, s'interroge-t-il, "comment pouvons-nous lui rendre un plus bel hommage qu'en continuant à lire son oeuvre et nous rouler par terre de rire ?". 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter