Netflix décrypte le scandale ayant envoyé Felicity Huffman en prison dans un fascinant documentaire

Netflix décrypte le scandale ayant envoyé Felicity Huffman en prison dans un fascinant documentaire

ÉDIFIANT - Disponible ce mercredi 17 mars, "Varsity Blues" remonte le fil de la vaste fraude ayant permis à des familles américaines fortunées d’acheter la place de leurs enfants dans les universités les plus huppées du pays.

Des flashs qui crépitent sans cesse. Des caméras qui suivent chacun de ses mouvements. Et des journalistes qui hurlent son nom dans l’espoir d’un commentaire. L’expérience était quelque peu différente de celle qu’avait l’habitude de vivre Felicity Huffman sur les tapis rouges ce jour de septembre 2019, où elle a été condamnée à 14 jours de prison.

Six mois plus tôt, le FBI annonçait que la star de la série Desperate Housewives était l’une des cinquante personnes inculpées dans le cadre d’un scandale sans précédent. La plus vaste fraude aux admissions à l’université jamais instruite par le ministère de la Justice américain, selon les autorités. 

Rick Singer, l'homme à l'origine d'un système de corruption bien huilé

De riches parents inquiets pour l’avenir de leur progéniture ont payé des intermédiaires pour faciliter l’entrée de leurs enfants dans les universités les plus prestigieuses des États-Unis comme Yale, Stanford ou Georgetown. Des millions de dollars dépensés en pots-de-vin, des célébrités humiliées et des élites rattrapées par la justice. Même Hollywood n’aurait pas rêvé d’un tel scénario qui n’a pu qu’inspirer Chris Smith et Jon Karmen. 

Déjà aux manettes du passionnant documentaire retraçant le fiasco du Fyre Festival, le duo retrace la genèse d’un système né dans l’esprit d’un seul homme. Rick Singer. La vraie star du film disponible sur Netflix le 17 mars, c’est lui. Pendant 1h40, Varsity Blues : le scandale des admissions universitaires dresse le portrait en creux d’un ambitieux qui a su jouer des faiblesses de ses interlocuteurs.

Le documentaire s’appuie sur des témoignages de journalistes, d’avocats, de spécialistes de l’éducation, mais aussi sur d’anciens clients qui aident à cerner le personnage. Rick Singer, c’est "une coiffure de moine" et un survêtement en guise de costume. Une dégaine improbable pour cet ancien entraîneur de basket reconverti en consultant indépendant. "Il était toujours habillé comme s’il venait de jouer au basket", commente une interviewée. "Dans sa tête, il coachait des jeunes pour l’université. Donc il s’habillait comme un coach", insiste une autre. 

Pas tellement charismatique, pas très avenant non plus, l’homme né en 1960 est incroyablement méthodique. Il use d’ailleurs d’une métaphore implacable pour séduire les parents fortunés. "La 'grande porte', c’est l’admission normale. La 'porte dérobée', c’est faire un don - soit donner dix fois plus d’argent. J’ai créé cette sorte de 'porte de secours', car la 'porte dérobée' n’offre aucune garantie. Ils vous accorderont juste un peu plus d’attention. Mes clients veulent une réussite assurée", explique-t-il lors d’un coup de fil.

Les conversations enregistrées par le FBI sont reconstituées par des acteurs

À l’écran, Rick Singer prend les traits du comédien Matthew Modine (Full Metal Jacket). Car les réalisateurs ont pris le parti de reconstituer avec des acteurs les véritables conversations que le FBI a pu enregistrer entre les différents protagonistes de cette affaire. Une mise en scène étrange au départ. Mais diaboliquement efficace. À chaque nouvelle famille impliquée, le visage du spectateur se crispe davantage comme envahi par une colère noire. 

De 2011 à 2018, le consultant aurait perçu environ 25 millions de dollars pour soudoyer les entraîneurs et administrateurs d’universités. Pour ouvrir sa chère "porte de secours", trois solutions.  Soit tricher aux examens d’entrer, en les faisant passer par une autre personne que l’enfant pour s’assurer d’un bon score. Soit inventer un parcours sportif aux lycéens dans des disciplines moins exposées comme la voile ou l’aviron, allant jusqu’à faire des montages photos comme preuves. Soit les deux.

C’est l’option retenue par l’actrice Lori Loughlin (La Fête à la maison) et son mari Mossimo Giannulli pour leur fille Olivia Jade. Plus à l’aise dans ses vidéos YouTube qu’en salles de classe, l’adolescente star des réseaux sociaux est parvenue à intégrer la prestigieuse USC en mentant sur ses qualités de barreuse. La séquence consacrée à la jolie blonde contraste avec celle de lycéens en larmes en apprenant qu’ils n’ont pas été reçus dans la fac de leurs rêves. "Je sais que ceux qui ont été admis le méritent clairement", assure une jeune femme toute peinée face caméra. Sans savoir ce qui se jouait pour d'autres.

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Varsity Blues rappelle que dans la plupart des cas, les enfants concernés n’étaient pas au courant des manigances de leurs parents. Et sonne presque le glas de la méritocratie dans un monde où le choix d’une université devient un signe extérieur de richesses pour des adultes vivant par procuration à travers leur progéniture. "Tout ça, c’est pour frimer", glisse un témoin. Une folie des grandeurs qui en a mené un bon nombre en prison pour quelques mois seulement. Mais pas la tête pensante. Rick Singer a bien plaidé coupable de quatre chefs d’inculpation tout en coopérant avec les autorités, mais n’a toujours pas été condamné. 

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