VIDÉO – Camélia Jordana : "Être une femme en 2021, c’est très violent !"

VIDÉO – Camélia Jordana : "Être une femme en 2021, c’est très violent !"

INTERVIEW - Après un passage réussi par la case ciné, Camélia Jordana revient à la musique avec un double intitulé "facile x fragile". Ou les deux pôles d’inspiration d’une artiste qui combine avec grâce la pop, la soul et les musiques du monde. Et qui n’a pas peur d’assumer ses opinions, quitte à déplaire.

Lorsqu’on lui demande si elle a fait exprès de publier un double album pour accompagner un hypothétique reconfinement, Camélia Jordana se marre. "Reconfinement ou pas, il était temps que ce disque sorte !", assure la chanteuse qui a longtemps maturé ce Facile x fragile, quatrième chapitre d’une carrière musicale entamée devant les caméras de la "Nouvelle Star", en 2009, alors qu'elle n'était encore qu'une adolescente.

Demi-finaliste de l'émission, elle cartonne à l’époque avec l’insouciant "Non, non, non" et un album éponyme réussi mais encore trop sage. Suivront Dans la peau (2014), déjà plus sombre et mature, puis Lost (2018), un disque sophistiqué et ombrageux qui va remporter une Victoire de la musique mais déboussoler une partie de son public. Camélia Jordana y chantait - en français, en anglais et en arabe - des textes déjà très politiques à l’image de "Freddie Gray", en hommage à ce jeune Afro-américain décédé en 2015 après une arrestation musclée.  

Deux disques, deux ambiances

Après une parenthèse cinématographique couronnée par un César pour sa performance électrique dans Le Brio de Yvan Attal, la jeune femme revient à la musique début 2020, avec "Fragile", un titre préfigurant un virage plus grand public, sinon commercial. Un simple trompe-l’œil ? Remanié à plusieurs reprises, Facile x fragile regroupe 20 chansons conçues de façon bien distinctes. "Facile, c’est de la musique très pop", explique Camélia Jordana au sujet de la première moitié du disque, clairement taillée pour croquer les charts. 

"Elle a été co-composée avec beaucoup de gens, dans des conditions qui se rapprocheraient plutôt de celles du hip-hop où on entre en studio, on est à plusieurs, chacun a une idée et, en quelques heures, on a une chanson". On y croise deux stars de la musique urbaine, Dadju ("Loco") et Soolking ("Le monde en main"), le producteur Renaud Rebillaud (Gims, Kendji), se chargeant de l’habillage sonore, hyper efficace à défaut de surprendre. 

Je ne me considère pas comme une artiste engagée, je me considère comme une citoyenne concernée et consciente du monde dans lequel elle vit- Camélia Jordana

"Fragile, c’était quelque chose de beaucoup plus solitaire", poursuit la chanteuse au sujet de la seconde partie l’album, clairement plus aventureuses. "C’était plutôt la nuit, quand je rentrais justement de mes sessions avec toutes ces personnes. Je me retrouvais seule face à mon piano avec un petit verre de whisky fumé et je continuais à écrire des chansons plus intimistes. Ces chansons-là, je me disais que je ne pouvais pas m’en amputer".  

Entre soul ("Jusqu’au bout des cils"), blues ("Wild Man") et musiques du monde ("Nata Iova"), Camélia Jordana y rappelle l’éclectisme de ses influences musicales. Et la beauté d'une voix qui se promène sur tous les registres avec une aisance et une conviction plutôt rare parmi les chanteuses de sa génération.

Pas peur de la fachosphère

Le trait d’union de l’ensemble, ce sont les textes qui témoignent des questionnement à la fois intimes et sociétaux de leur auteure. "Je ne me considère pas comme une artiste engagée, je me considère comme une citoyenne concernée et consciente du monde dans lequel elle vit", prévient Camélia Jordana. "J’évoque le magnifique travail de l’association SOS Méditerranée qui sauve les gens qui se noient en mer. Je parle de féminisme, je parle de patriarcat. Je chante aussi une déclaration d’amour aux hommes", souligne-t-elle au sujet de l’un des plus beaux titres de l’album, "Les Garçons".

Être une femme en 2021, ça ressemble à quoi Camélia Jordana ? "C’est très violent, parce qu’on assiste à des aberrations et des absurdités innommables en France au sein-même des plus grandes structures et au sein des grands rassemblements de pouvoir", estime celle qui a dénoncé il y a quelques jours l’entre-soi masculin qui règne, selon elle, au sein du collège des votants aux Victoires de la musique.

"Mais être une femme aujourd’hui, c’est aussi une chance parce qu’on assiste à un immense mouvement de libération et de désir d’évolution", ajoute l'artiste qui recommande à ces messieurs la lecture des livres de Mona Chollet, Lauren Bastide et autre Virginie Despentes.

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Après avoir déclenché une tempête médiatique suite à ses déclarations sur les violences policières en mai dernier chez Laurent Ruquier,  Camélia Jordana est devenue la cible préférée d’une partie des internautes qui se déchaînent à sa moindre prise de parole. "J’ai la chance d’avoir commencé mon métier très tôt et d’avoir été exposée dès mes 16 ans", rappelle-t-elle.  À l’époque, j’étais majoritairement critiquée pour mon apparence physique, pour la manière que j’avais de me présenter au monde, pour ma musique, ma voix et mes origines", souligne cette petite fille d'immigrés algériens.

"Il se trouve qu’aujourd’hui, en plus, j’ai droit aux critiques de la fachosphère quant à mes propos qui sont 90% du temps déformés dans ce genre de tweets, de polémiques ou de je ne sais quoi. J’avoue que j’ai eu sacrément eu le temps de m’y faire. Et ce n’est pas ça qui m’arrêtera dans mes libertés de création et de parole." Voilà qui est dit.

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