VIDÉO - Brandon Cronenberg, réalisateur du film d'horreur "Possessor" : "Contrôler le cerveau, c'est possible"

VIDÉO - Brandon Cronenberg, réalisateur du film d'horreur "Possessor" : "Contrôler le cerveau, c'est possible"

INTERVIEW – Neuf ans après "Antiviral", le réalisateur canadien Brandon Cronenberg frappe un grand coup avec "Possessor", un film de SF aussi audacieux que dérangeant, qui sort en France en DVD, Blu-ray et VOD après avoir remporté le Grand Prix du jury au dernier Festival de Gérardmer.

Dans la famille Cronenberg, je demande le fils. Brandon, 41 ans, marche dans les pas de David avec Possessor, un film de SF aussi radical que sophistiqué. Tasya Vos (Andrea Riseborough), son héroïne, est une tueuse à gages un peu spéciale puisque grâce à l’aide d’une technologie révolutionnaire, elle pénètre le cerveau d’une tierce personne pour mieux surprendre les cibles désignées par ses patrons. Alors qu’elle commence à perdre pied avec la réalité, elle accepte d’entrer dans le corps de Colin Tate (Christopher Abbot), le futur genre d’un riche industriel qu’elle est chargée d’éliminer…

C’est depuis Toronto, où il réside, que nous avons discuté via Zoom avec le réalisateur de ce puissant long-métrage que son distributeur français, The Jokers, a choisi de sortir en VOD et en DVD, les salles restant désespérément fermées. L’occasion d’évoquer avec lui l’avenir du Septième art sur grand écran. Et bien sûr l’influence de son illustre papa, auteur de chefs-d’œuvre du cinéma de genre comme Crash, La Mouche ou eXistenZ.

 

Vous aviez écrit Antiviral après avoir été vous-même infecté par un virus. Possessor est-il également né d’une expérience personnelle ?  

D’une manière très anodine, oui. J’ai commencé à réfléchir à Possessor pendant la tournée promo d’Antiviral. C’était la première fois que je voyageais avec un film et j’ai tout de suite trouvé que c’était une expérience très étrange parce que consciemment ou pas, on se crée un personnage public. On joue une version de soi-même durant les interviews, jour après jour, qui devient une sorte de moi médiatique. Comme un double qu’on déclenche et qui a sa petite vie étrange. Pour cette raison, et d’autres plus personnelles, j’avais l’impression à l’époque de vivre l’existence de quelqu’un d’autre. Je me réveillais le matin et j’avais la sensation d’être assis dans la vie d’un autre. C’est ce qui m’a donné envie d’écrire un film sur quelqu’un qui pourrait être l’imposteur de sa propre vie. Je voyais ça comme une manière d’évoquer la façon dont nous inventons des personnages et des histoires pour évoluer dans la société. L’essence du film se trouve d’ailleurs dans les scènes les plus dramatiques, celles qui se déroulent au sein du couple ou en famille. Toute la partie science-fiction et thriller s’est rajoutée ensuite.

La technologie du film, qui permet la prise de contrôle d'un cerveau par un autre, est-elle crédible ?

Dans un futur proche, je ne sais pas. Mais j’ai lu pas mal d’ouvrages de neurosciences sur les techniques de contrôle du cerveau. Je pense au professeur Jose Delgado, un chercheur espagnol qui a mené pas mal d’expériences aux États-Unis dans les années 1950 et 1960. Il a écrit un livre, intitulé Le Conditionnement du cerveau et la liberté de l'esprit, dans lequel il décrit des expériences à la fois dérangeantes et intéressantes d’un point de vue philosophique et éthique puisqu’il insérait des implants dans le cerveau de ses patients afin de créer des stimulations électriques. Et il a découvert qu’il pouvait contrôler un nombre incroyable de fonctions motrices - ouvrir et fermer la main d’un patient, ouvrir et fermer ses yeux – mais aussi contrôler les émotions de ses patients. Il existe un cas où le sujet tombait amoureux du chercheur au fur et à mesure que celui-ci augmentait les stimulations électriques sur un point précis du cerveau. Tout ça me fait penser que la technologie dans Possessor est théoriquement possible.

Toutes les transformations physiques que vous voyez à l’écran ont été tournées en plateau. Les scènes de violences, ce sont de bonnes vieilles prothèses ou des marionnettes très old school- Brandon Cronenberg

Possessor est un film qui a malgré tout un côté très réaliste dans sa représentation de la violence. Est-ce une réaction à l’omniprésence des effets spéciaux numériques dans les films de SF actuels ?  

Mon film est basé sur des effets spéciaux très concrets, réalisés devant la caméra. Il y a très peu de numérique, à part un peu de nettoyage des traces de sang ! Toutes les transformations physiques que vous voyez à l’écran ont été tournées en plateau. Les scènes de violences, ce sont de bonnes vieilles prothèses ou des marionnettes très old school. Je pense que si certains spectateurs ont eu des réactions très extrêmes en voyant le film, c’est parce qu’ils n’ont plus l’habitude de voir ce genre de trucs. Parce qu’il y a effectivement de nos jours un recours systématique aux trucages numériques pour ce type de scène. D’un point de vue personnel, je trouve que les effets spéciaux traditionnels ont plus d’impact et de texture. Je ne suis pas opposé au numérique. Parfois, c'est le bon outil et c’est tant mieux. Le truc, c’est que lorsqu’on travaille avec ses mains, on utilise de véritables matières et c’est là que se produisent d’heureux accidents, où quelque chose qu’on n’attendait pas vous transporte vers une autre direction et devient un élément majeur du look du film.

Je n’étudie pas les films de mon père, à vrai dire il y en a beaucoup que je n’ai pas vu avant très tard dans ma vie- Brandon Cronenberg

Cette approche du cinéma, dans les thèmes et la fabrication, ressemble à celle de votre père. Dans quelle mesure essayez-vous, ou pas, de vous affranchir de son travail ?  

En termes d’influences, je suis bien trop proche de lui pour savoir. Bien évidemment il a une influence sur moi en tant qu’individu parce que c’est mon père et qu’il a été impliqué dans mon éducation. Mais je ne regarde pas ses films pour être influencé comme les gens peuvent l’entendre. Je n’étudie pas ses films, à vrai dire il y en a beaucoup que je n’ai pas vu avant très tard dans ma vie. Pour le reste, ce n’est pas quelque chose auquel je réfléchis lorsque je travaille. Ce serait un point de départ assez ennuyeux si j’essayais d’incorporer son travail au mien. Soudain ma façon de faire des films parlerait de sa façon de faire des films et ce ne serait pas très intéressant selon moi. J’essaye de suivre de la manière la plus honnête possible mes centres d’intérêt et mes instincts créatifs. À quel point c’est connecté à son travail, je laisse soin à d’autres d’en décider.

La présence dans le film de Jennifer Jason Leigh, qui jouait dans eXistenZ, c’est un hommage à votre père ou une pure coïncidence ?  

Je sais que les gens essaient de faire la connexion, mais c’était un film, il y a plus de 20 ans. La vraie raison pour laquelle je l’ai engagée, c’est que Jennifer est une actrice fantastique et son rôle avait quelque chose de dangereux jusqu’à un certain point. Parce qu’avec la mauvaise personne, le résultat pouvait être très sec et ennuyeux (elle joue la patronne de la tueuse incarnée par Andrea Risborough – ndlr). Et le truc, c’est que Jennifer ne fait jamais rien d’ennuyeux. Je savais que j’avais besoin de quelqu’un comme elle pour trouver un angle et donner vie à son personnage. Elle a beaucoup apporté au personnage à travers sa performance.

L’expérience de la salle procure un plaisir bien réel. Mais moi j’ai tendance à regarder les films à la maison, j’aime le côté intimiste, j’approche ça en solitaire, un peu comme si je lisais un livre- Brandon Cronenberg

En France, votre film sort directement en DVD et en VOD, les cinémas étant toujours fermés. Vous trouvez que c’est la bonne décision ?  

Absolument. Pour moi il fallait que ce film sorte d’une manière ou d’une autre. Surtout lorsqu’on parle de cinéma indépendant. C’est sympa lorsque votre film peut sortir en salles. Mais les films indépendants ne sortent jamais dans un circuit comparable à celui des films de superhéros. Beaucoup de gens finissent par les regarder à la maison, de toute façon. Donc moi je suis content qu’il soit disponible de cette manière.

Vous ne faites donc pas partie des nostalgiques du grand écran ? S’il doit disparaître, ainsi soit-il ?  

Ce n’est pas que j’ai envie qu’il disparaisse. L’expérience de la salle procure un plaisir bien réel. Mais moi j’ai tendance à regarder les films à la maison, j’aime le côté intimiste, j’approche ça en solitaire, un peu comme si je lisais un livre. Il y a quelque chose de très appréciable dans la sortie d’un film en salles, mais je conteste l’idée que ce soit essentiel. Encore une fois, je ne veux pas que ça disparaisse. Mais je ne crois pas que ce soit indispensable pour que les films existent.

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La pandémie que nous traversons vous donne-t-elle des idées pour la suite ?  

C’est marrant parce que beaucoup de gens m’ont dit qu’Antiviral était un film qui aurait dû sortir maintenant. Le truc, c’est que lorsqu’on fait un film sur un virus, le virus signifie toujours autre chose. Il est là pour représenter d’autres types de peur ou d’anxiété. J’ai l’impression que ça n’aurait pas de sens en ce moment parce que le virus en général est devenu trop premier degré pour les gens. Que pourrait-on raconter sur la pandémie actuelle au sens figuré ?

Et puis Steven Soderbergh l’a déjà fait avec Contagion, non ?  

(Rires). Oui ! C’était déjà sur Netflix avant que le Covid arrive !  

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