VIDÉO - Just Philippot : "Je ne voulais pas faire de 'La Nuée' un film prétexte avec des sauterelles mutantes"

VIDÉO - Just Philippot : "Je ne voulais pas faire de 'La Nuée' un film prétexte avec des sauterelles mutantes"

INTERVIEW - Avec "La Nuée", son premier long-métrage en salles ce mercredi, Just Philippot signe une fable fantastique sur les dangers de l’agriculture intensive, doublée du portrait d’une mère courage, prête à tout pour nourrir ses enfants. LCI a rencontré ce cinéaste dont on n’a pas fini d’entendre parler.

Dans la multitude de nouveautés en salles ce mercredi, il y a La Nuée, le diamant brut de Just Philippot, un jeune réalisateur qui après une poignée de courts-métrages remarqués, signe l’un des meilleurs premiers films de l’année, sinon plus. Porté par Suliane Brahim, de la Comédie Française, ce drame fantastique met en scène Virginie (Suliane Brahim), une mère célibataire qui se lance dans la production de farine de sauterelles, dans une ferme du Lot-et-Garonne. 

En panne de débouchés, elle songe à tout abandonner, jusqu’au jour où elle verse par mégarde son sang sur ces créatures aussi imprévisibles qu’inquiétantes. Cruelle et poétique, cette fable prend le spectateur aux tripes par son réalisme et sa construction crescendo, doublée d’une réflexion essentielle sur notre rapport à la nature…

D’où vient l’idée de la farine de sauterelles que produit votre héroïne ? 

C’était dans le scénario écrit par Jérôme Genevray et Franck Victor. Quand je l’ai repris, j’ai eu envie d’approfondir ce rapport à l’insecte et de bien comprendre comme on pouvait devenir agriculteur de sauterelles. Comment cette activité pouvait être rémunératrice. Qui pouvait acheter cette farine. Et surtout comment elle pouvait intégrer une sorte de processus, d’engrenage de superproduction. Et puis en faisant mes repérages dans le Lot-et-Garonne, en cherchant le corps de ferme dans lequel on allait tourner, j’ai rencontré des éleveurs de canards et je me suis dit : "Ok, cette femme, finalement, elle donne cette farine a des canards, et elle se consume, elle disparaît de façon métaphorique pour ces canards". C’était ça qui m’intéressait : comment tout d’un coup cet insecte pouvait devenir un sujet économique viable et en même temps destructeur par rapport à la nature qui l’entoure.

Ce que j’aime, dans les outils du film de genre, ce sont les engrenages, les effets, le sang, le suspense, tout ce qui peut amener le spectateur tout à coup à vivre une expérience- Just Philippot

La Nuée, c’est donc un film écolo ? 

J’avais envie de faire un film important, un film qui raconte des choses. Je crois que le message, il est écolo, oui. En tous les cas il est ancré dans ces questions qu’on se pose aujourd’hui avec ce personnage de mère courage qui tout d’un coup pour le bien de ses enfants va littéralement vider la nature, détruire la nature. Je crois qu’on est tous conscients des dégâts qu’on est en train de créer, des conséquences et des catastrophes qui nous tombent dessus. Cette femme, c’est un peu moi, c’est un peu nous. Et ce sont les questions qu’on se pose sur comment bien consommer, comment acheter de la façon la plus respectueuse envers la nature. Je ne voulais pas faire de La Nuée un film prétexte avec des sauterelles mutantes. Je voulais faire un film ancré dans une réalité, la nôtre, avec ses complications, avec ses contradictions. Avec j’espère les bonnes questions et les bonnes réponses qu’on pourrait trouver.

C’est aussi un film de genre, le fantastique, avec lequel le cinéma français n’est pas toujours à l’aise, non ? 

L’un de mes producteurs dit qu’en France on appelle "film de genre" tous les cinémas qui ne ressemblent pas à ce que l’on a l’habitude de voir. Partout dans le monde, on appelle ça du cinéma. Donc moi j’avais envie de faire du cinéma ! Mais ce que j’aime, dans les outils du film de genre, ce sont les engrenages, les effets, le sang, le suspense, tout ce qui peut amener le spectateur tout à coup à vivre une expérience, celle de la trajectoire d’un personnage dont il va j’espère tomber amoureux. Mais avec aussi tout un spectacle, une forme qui va lui donner envie de plonger avec elle. Je crois que j’ai des traumatismes de cinéphiles sur certains films qui ont certainement joué un rôle important, même dans des références cachées. Et je suis très heureux de pouvoir présenter une sorte de cinéma de synthèse, entre le cinéma d’auteur européen et un cinéma hollywoodien grand public. C’est ce type de cinéma que j’ai à cœur de défendre, parce qu’il doit amener les jeunes cinéphiles à voir autre chose que des films américains, et qui est vecteur de belles images, de belles histoires, de belles expériences.

Suliane Brahim, une évidence

Votre héroïne est incarnée par Suliane Brahim, une pensionnaire de la Comédie-Française plutôt rare au cinéma. Pourquoi l’avez-vous choisie ? 

Suliane Brahim, c’est une rencontre et surtout une évidence avant même de commencer. Il n’y a pas eu de casting. Je l’ai proposée à mes producteurs qui forcément se demandaient peut-être qui pourrait être l’interprète principale connue ou très connue pour aider à la fabrication du film. Mais très vite je leur ai dit que non, je ne voulais pas de quelqu’un qu’on a déjà vu sur une affiche de cinéma. Il fallait quelqu’un qu’on découvre, une page blanche qui va porter le rôle comme personne. J’avais vu Suliane à la Comédie-Française, je l’avais vue dans Zone Blanche, une série de France 2 dans laquelle elle était incroyable. Elle faisait la synthèse que je recherchais. Elle faisait du théâtre pointu, avec des metteurs en scène hyper reconnus. Et en même temps une série où elle incarnait une policière beaucoup plus musclée. C’est ça qui m’intéressait : une actrice à l’aise sur les deux tableaux et qui aime proposer quelque chose de toujours nouveau. Et puis surtout elle s’est approprié le rôle. Elle est venue avec des documentaires qui nous ont nourri tout comme elle s’est nourrie des rencontres qu’elle a pu faire. En fait elle a compris la spécificité de La Nuée. Ce n’est pas un film à effets mais la chronique d’une famille, d’une mère courage, et elle a abordé le personnage de Virginie comme celui d’une véritable agricultrice du Lot-et-Garonne. 

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Au fait, comment dirige-t-on des sauterelles ? 

Ça se dirige de plusieurs façons. J’ai travaillé avec un animalier, Pascal Tréguy, qui les a étudiées avant le début du tournage. Il a très vite compris que la banane, c’était un truc qui les intéressait. Donc à chaque fois qu’on a une sauterelle en interaction avec un doigt, une plaie, n’importe quoi, surtout lorsqu’elle est filmée en gros plan, il y a toujours de la banane quelque part. Notamment la verrue du petit garçon, au tout début du film. Il se fait manger sa verrue par une sauterelle… Eh bien la verrue est faite en banane ! Il y avait celles qui étaient affamées, celles qui étaient vigoureuses, celles qui étaient plus tranquilles… À chaque fois Pascal trouvait la sauterelle appropriée pour le plan. Donc ça se dirige, et en même temps l’intérêt dans tout ça, c’est de filmer un peu comme un documentaire, de laisser la nature reprendre ses droits. Et à chaque fois il y avait des choses qui étaient nouvelles, qu’on n’avait pas pu inventer. Et il fallait être prêt à aller chercher toutes ces interactions pour en faire quelque chose de nouveau et qui soit complètement intégré au montage et à l’histoire de La Nuée

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