Mort de Jean-Paul Belmondo : l'adieu à l'homme de brio

Jean-Paul Belmondo : extraits de films

HOMMAGE - L'acteur Jean-Paul Belmondo est mort ce lundi à l'âge de 88 ans. Le clap de fin d'une vie consacrée au cinéma et au théâtre, qui laisse un vide immense.

Jean-Paul Belmondo le disait lui-même lors de l'émission "7 sur 7" en 1988 : "Je crois que je suis un enfant gâté. J'ai été élevé dans l'amour et la gaité". Cette enfance heureuse, il en fera une force, mais après une vie jalonnée par 80 films, et presque autant de succès, l'acteur s'en est allé rejoindre le paradis des plus grands. Son avocat a annoncé sa disparition ce lundi après-midi à l'AFP, assurant qu'il s'était "tranquillement" à son domicile.

Né le 9 avril 1933 dans une famille d'artistes à Neuilly (son père était un célèbre sculpteur et sa mère artiste peintre), Jean-Paul Belmondo était passionné de boxe. Il rêvait d'égaler Marcel Cerdan, mais très vite il s'oriente vers la comédie et entre au conservatoire national d'art dramatique en 1951. Il y côtoie notamment Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer, Jean Rochefort et Claude Rich, qui deviendront ses compagnons de jeu, et apparaît pour la première fois dans À pied, à cheval et en voiture (1957) de Maurice Delbez. S'ensuivront Sois belle et tais-toi (Marc Allegret) et Les Tricheurs (Marcel Carné) en 1958.

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Jean-Paul Belmondo, la mort d'une légende

Son premier rôle important lui est confié par Claude Sautet dans Classe tous risques, mais la révélation naît surtout avec A bout de souffle de Jean-Luc Godard en 1959, où il explose à l'écran. Pourtant, sa rencontre avec le réalisateur n'a rien d'une évidence. "Venez dans ma chambre d'hôtel, on tournera et je vous donnerai 50.000 francs", lance Godard à Belmondo, croisé dans la rue. L'acteur craint une proposition douteuse de celui qui l'horripile avec sa lente diction et ses lunettes de soleil. Il finira par décrocher le rôle qui va le faire entrer dans la légende. Après ce succès, "on viendra à moi", racontait-il. 

Melville, Verneuil, Lelouch... Il fut dirigé par les plus grands

Dès lors, il se révèle être un acteur aux multiples facettes et tient des rôles variés, dirigés par les plus grands réalisateurs : Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Melville, Henri Verneuil, Max Ophuls, Philippe De Broca, Louis Malle, Claude Sautet, Claude Lelouch, Claude Zidi, Georges Lautner, pour ne citer qu'eux. Ainsi, lors de ses 25 premières années de carrière, Jean-Paul Belmondo inscrira à son carnet de bal 63 films. Il a tout joué avec le même appétit, la même bonne humeur, et la même absence totale de posture intellectuelle à propos de son travail d'acteur. "Je crois que ce sont des légendes. Par exemple, j'ai joué 'Léon Morin prêtre', mais je peux aussi jouer un gangster. Et demain si je joue un drogué, je ne crois pas que j'irai jusqu'à ce point-là pour être bien dans le rôle. Il faut de l'imagination, c'est mieux. Il faut les observer. Je crois que c'est un peu ça le métier d'acteur, c'est d'observer les gens et après d'arriver à faire ce qu'ils font", disait-il à TF1 en 1964.

Dans les années 70, c'est la consécration. Jean-Paul Belmondo est devenu l'un des seigneurs du cinéma français. Son royaume, il ne le partagera qu'avec Alain Delon, son rival et son frère d'armes, notamment à l'affiche de Borsalino. Cinq ans après, c'est dans le film d'Henri Verneuil Peur sur la ville qu'il va s'illustrer dans des cascades audacieuses, effectuées sans doublure. Très vite, on reproche à l'acteur de n'être plus qu'une sorte de cascadeur de luxe. Mais il tient à se justifier : "Pouvoir se pendre sous un hélicoptère, il y a des gens qui m'ont dit, un peu comme ça, que j'avais l'air d'un débile. Mais vous savez j'ai été au-dessus de Venise, de Katmandou, de Paris, pendu avec rien dans les mains, et là il y a un jeu formidable", racontait-il pour faire taire les grincheux.

L'amour du théatre

Au tournant des années 80, c'est la période des superflics, des macho bagarreurs et des truands : il multiplie les triomphes au box-office, avec Georges Lautner pour Flic ou voyou ou Le Professionnel ou encore avec Gérard Oury pour L' As des As en 1982. Mais comme s'il en avait marre d'être Bébel, Belmondo décide de revenir à ses premiers amours, le théatre. Ce fut d'abord la pièce "Kean" en 1987, avant de faire un détour remarqué par le cinéma avec Itinéraire d'un enfant gâté, de Claude Lelouch, qui lui valut le César du meilleur acteur. Le seul de toute sa carrière.

Puis en 1990, il s'illustrera à nouveau sur les planches avec Cyrano de Bergerac. "Mes débuts ont été au théâtre, j'y ai joué pendant près de neuf ans, ce que tout le monde a oublié. J'ai voulu revenir sur les planches justement pendant que je suis encore en forme pour  pouvoir jouer ce genre de rôle, et ne pas rentrer pour jouer un vieux gâteux", expliquait-il. Et jusqu'à la fin des années 90, Jean-Paul Belmondo se consacrera à la scène au contact direct du public. Mais 1994 est marqué d'une pierre noire dans sa vie : sa fille Patricia, 40 ans, meurt dans l'incendie de son appartement de la rue de Rennes à Paris. 

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Les années sombres se poursuivent dans les années 2000. Jean-Paul Belmondo, devenu une des personnalités préférées des Français, se fait de plus en plus rare depuis un accident vasculaire cérébral, qui l'a fortement handicapé en 2001. Mais c'est sans compter sur la nature hors du commun de l'acteur. Sept ans plus tard il revient à l'écran, au côté de Francis Huster qui réalise aussi le film, dans Un homme et son chien (2009). Peu bavard certes, mais debout, avec une carrure et un charisme intacts. L'hommage qui lui est rendu au Festival de Cannes en 2011 en témoigne. 

Belmondo, le patriarche

En 2019, c'est un autre honneur qui touchera Jean-Paul Belmondo, lorsqu'il reçoit à l'Elysée les insignes de grand officier de la Légion d'honneur des mains d'Emmanuel Macron, entouré de ses amis  et de sa famille. Étaient notamment présents à ses côtés son fils Paul, né en 1963, qui se prédestinait à une carrière de pilote de formule 1, avant de devenir consultant sportif, et sa troisième fille Stella, née en 2003 de son union avec Nathalie Tardivelle, une ancienne danseuse et Cocogirl qu'il avait rencontrée dans un club de sport dans les années 80. Mais aussi ses petits-enfants Victor, 26 ans, le seul qui se prédestine à la même carrière au cinéma que son grand-père, Giacomo, 21 ans, et Annabelle, 32 ans.

En mai dernier, ils étaient encore tous réunis autour du patriarche pour souffler ses 87 bougies, comme l'avait dévoilé son fils Paul sur Instagram :

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Avec une vie menée tambour battant, le grand amateur de vitesse qu'était Belmondo concédait peu de regrets. Tous étaient de nature artistique, comme ne pas avoir adapté au cinéma Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, un livre qui ne le "quittait jamais", ni L'instinct de mort de l'ancien ennemi public Jacques Mesrine, dont il avait acquis les droits. 

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