Martin Bourboulon, réalisateur de "Eiffel" : "Ce film mêle l’épique et l’intime"

Martin Bourboulon, réalisateur de "Eiffel" : "Ce film mêle l’épique et l’intime"

INTERVIEW – Réalisateur de la comédie à succès "Papa ou maman", Martin Bourboulon change de registre avec le film d’époque "Eiffel", en salles ce mercredi. Un projet d’envergure dont il a raconté les coulisses à LCI.

C’est un long-métrage qui s’est fait attendre. Repoussé à plusieurs reprises en raison de la pandémie, Eiffel débarque enfin sur les écrans ce mercredi. Martin Bourboulon l’a imaginé comme un grand film historique, doublé d’une romance impossible interprété par Romain Duris et Emma McKay, la révélation de la série Sex Education. Du casting à la fabrication, le réalisateur nous a livré tous ses petits secrets.

Si je vous dis que Eiffel est avant tout une histoire d’amour… 

Ça ne me dérange pas du tout, au contraire ! C’est avant tout une histoire d’amour. C’est aussi un film d’aventure, sur la construction de la tour. C’est surtout un film romanesque qui décide de vouloir raconter le parcours d’un homme qui va aller au bout d’un projet fou, conduit par une sorte de moteur émotionnel en raison des sentiments qu’il a pour cette jeune femme, Adrienne.

Gustave Eiffel a-t-il vraiment vécu ce grand amour que vous nous racontez ? Avez-vous pris quelques libertés avec la réalité ? 

C’est une histoire qui a absolument existé, en 1860. Gustave et Adrienne se sont rencontrés durant leur jeunesse, ils voulaient se marier et ils n’ont pas pu le faire. Eiffel a alors refait sa vie, il a eu des enfants avec une jeune femme qui est décédée en 1877. Et Adrienne Bourgès de son côté n’a jamais eu d’enfants. Ce qu’on sait, c’est qu’il s’agit d’une histoire d’amour qui a été passionnelle et forte. On sait aussi que Gustave Eiffel ne voulait pas participer à l’exposition universelle. Il ne voulait pas non plus fabriquer la tour Eiffel. On sait aussi qu’il a changé d’avis très rapidement et qu’il s’est engagé à fond dans ce projet, quitte à hypothéquer des biens personnels. Le cinéma est intervenu à partir du moment où on s’est dit que la seule interprétation possible à ce revirement, c’est qu’il a recroisé la route de cette jeune femme à ce moment très précis sa vie.

D’une certaine manière Eiffel confond dans sa démarche la folie créatrice avec le désarroi amoureux- Martin Bourboulon

C’est donc une liberté romanesque rendue possible par l’incertitude de l’Histoire ?

Exactement. Mais c’est le propre de toute forme artistique, que ce soit la littérature, le cinéma ou l’opéra. C’est une interprétation des choses. Mais c’est surtout notre vision à nous, avec l’équipe de scénaristes, du déroulement de l’histoire entre ces deux personnages.

Pour vous qui est Gustave Eiffel ? Un fou génial ? Un homme d’affaires ? Un artiste ? 

Je pense que c’est un peu tout ça à la fois. C’est quelqu’un qui est entêté, qui est passionné. C’est un artiste, évidemment. Dans ce film c’est un homme porté par ses sentiments de manière très sincère. D’une certaine manière il confond un peu dans sa démarche la folie créatrice avec le désarroi amoureux. L’ambition de ce film était là : mêler l’intime et l’épique, au sens le plus noble du terme.

L’idée, c’est que derrière la Tour Eiffel que vous connaissez parfaitement, vous allez découvrir la vraie femme qui en a inspiré la création- Martin Bourboulon

Pour Romain Duris, c’était le rôle idéal à ce stade de sa carrière ? 

Pour moi c’était une évidence, un coup de cœur immédiat. Je n’ai fait lire ce projet qu’à Romain. J’ai tout de suite pensé à lui parce qu’il a quelque chose de très ambivalent. Il est à la fois très moderne dans sa manière de fonctionner, de se mouvoir dans l’espace. Et il a quelque chose aussi qui incarne très bien l’époque. Romain avec un costume trois pièces et un chapeau haut de forme ne paraît jamais déguisé. Il a aussi une dimension très romantique qui était indispensable à cette histoire d’amour.

C’est Emma McKay, la star de Sex Education, qui lui donne la réplique. Vous étiez fan de la série ? 

Déjà c’est une grande actrice. Emma a une grande maturité de jeu, elle est très instinctive, elle a une approche toujours très juste de la situation. Au-delà de son talent, c’est un nouveau visage qui n’est pas encore identifié, du moins par une partie du public. Mais déjà connu dans le monde entier par une autre partie du public qui a vu Sex Education. En fait l’idée, c’est que derrière la Tour Eiffel que vous connaissez parfaitement, vous allez découvrir la vraie femme qui en a inspiré la création.

Un pied de la tour recréé en studio

La Tour Eiffel, on a tous l’impression de la connaître. Qu’avez-vous appris sur elle en faisant le film ? 

D’abord l’immense ingéniosité de l’ingénieur Eiffel. Cette tour, c’est quelque chose qui est très bien structuré, très bien conçu. Comme un Meccano relativement simple à assembler, en fait. Eiffel avait imaginé un système de caisson hydraulique qui permettait d’avoir des fondations très solides sur un sol glissant, la Tour Eiffel étant installée proche de la Seine. C’est quelque chose d’assez bouleversant à apprendre qu’on raconte aussi dans le film.

Le public va se demander s’il y a un peu, beaucoup de trucages numériques ? Avez-vous recréé tout ou une partie de la Tour Eiffel ?

On a travaillé ces scènes au Backlot 217, un studio à ciel ouvert installé sur une ancienne base aérienne dans l’Essonne où on a recréé un pied de la Tour Eiffel à l’échelle 1. Il fait 25 mètres de hauteur, il est en métal. On s’est servi de cette base pour mettre les acteurs dessus, qu’ils jouent sur cette structure-là. Et pour tout ce qui avait autour on a fait une intervention numérique. Mais ce module était très bien conçu car il nous a permis de raconter plusieurs étapes de la construction avec tous les figurants qui incarnaient les ouvriers présents sur le chantier à l’époque.

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Martin, on vous connaissait pour des comédies comme Papa ou maman et sa suite. Aviez-vous un peu d’appréhension en passant à un film aussi épique que Eiffel ?

J’étais très excité parce que justement je venais d’un univers différent, en l’occurrence la comédie. J’avais envie de me confronter à un nouveau challenge, le film d’époque. Mais j’ai retrouvé certaines similitudes dans le rythme, la manière dont les personnages sont en mouvement, guident la caméra. 

Autant dire que Les Trois Mousquetaires, votre prochain projet, va être un jeu d’enfant ?

(Rires) Aucun film n’est un jeu d’enfant ! Maintenant il y a une continuité artistique assez logique qui me plaît beaucoup. Surtout dans la période actuelle où le film d’époque est comme une bouffée d’oxygène par rapport au monde contemporain. Au-delà il y a une foi très profonde dans le cinéma. Eiffel, comme Les Trois Mousquetaires, fait partie de ces projets à voir en salles.

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