On le croyait perdu à jamais : le mystère du doigt de la statue de Constantin enfin résolu

On le croyait perdu à jamais : le mystère du doigt de la statue de Constantin enfin résolu

L'ART DE L'ENQUÊTE - La main en bronze de Constantin est l'une des pièces maîtresses du musée du Capitole à Rome. Grâce à la perspicacité d'une doctorante parisienne du Louvre, elle a enfin pu être reconstituée.

Il dormait depuis 1861 dans les réserves du musée du Louvre à Paris. Le doigt en bronze doré de la colossale statue de l'empereur romain Constantin a été remis en dépôt fin avril aux musées du Capitole à Rome pour une durée de cinq ans renouvelable. C'est le dénouement d'un mystère vieux de plusieurs siècles, que nous raconte TF1 dans le reportage ci-dessus. 

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Ce jour-là, au terme du voyage de ce fragment entre Paris et Rome, la nervosité est palpable jusque dans les escaliers du Capitole où les transporteurs italiens viennent de prendre le relai des Français. Christine Walter, la responsable du centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), ne quitte pas le colis des yeux. "J'ai fait tout le suivi de l'œuvre, sa préparation, son emballage, puis son transfert vers l'aéroport et la réception après l'arrivée à Rome", détaille-t-elle.

Il faut dire que cette envoyée spéciale du Louvre supervise ici de grandes retrouvailles, sous le regard notamment de la télévision italienne et de la maire de Rome Virginia Raggi.

Passé totalement inaperçu

Si tout va bien, ce doigt en bronze doré de 38 cm - deux phalanges de l'index - devrait s'ajuster comme par magie à la main qui le portait. Un fragment d'un colosse de l'Antiquité qui faisait 10 ou peut-être même 12 mètres de haut. "Notre émotion est liée à l'idée de trouver une chose à laquelle on ne s'attendait pas du tout. Ce que l'on pense, c'est que le doigt a très certainement dû arriver dans les collections du Louvre en 1860", explique à TF1 Claudio Parisi Presicce, le directeur des musées du Capitole. 

Il provient en fait de la collection privée du marquis Giampietro Campana, l'une des plus grandes d'Europe avec plus de 12.000 œuvres que celui qui dirigeait le Mont-de-Piété de Rome au XIXe siècle exposait chez lui comme dans un musée. Un appétit pour l'art qui virait à la pathologie puisque le banquier s'était accaparé des œuvres mises en gage. Il sera arrêté, condamné avant de voir toute sa collection mise en vente sur ordre du Pape et dispersée en 1861. Napoléon III raflera la part du lion avec 10.000 pièces envoyées au Louvre, dont ce fameux doigt en bronze. Mais celui-ci est ensuite passé totalement inaperçu. "Depuis 1863, il est en fait à la vue de tout le monde et il n'avait pas attiré l'attention", confirme Francoise Gaultier, la directrice du département des antiquités grecques, étrusques et romaines au Louvre. 

Une minutieuse enquête scientifique

Coup de théâtre en 2018, la préparation de l’exposition "Un rêve d’Italie. La collection du marquis Campana" a permis de résoudre l’énigme. En analysant la composition de l’alliage du fragment de doigt et en étudiant les techniques de fabrication, une jeune doctorante, Aurélia Azéma, a eu une intuition. Et au terme d'une minutieuse enquête scientifique, le C2RMF a conclu que ce doigt appartenait bien à la main de la statue de Constantin. "On tombe assez vite sur cette main conservée au musée du Capitole à Rome. C'est une main et il lui manque des doigts, ça met un peu la puce à l'oreille", raconte la jeune femme. 

Tout semble en effet concorder entre cette main exposée à Rome depuis cinq siècles et l'index manquant. Les points communs sont partout : ils sont à la même échelle et dans le même alliage, en métal. Le Louvre décide donc de se séparer de ce doigt, mais il faut inventer un système de fixation pour que le voyage se passe sans encombres avec cette œuvre rarissime. Notamment parce qu'"à la fin de l'Antiquité qui est une période extrêmement troublée, une grande majorité des bronzes rescapés a été refondue pour récupérer l'alliage et en faire des armes ou de la vaisselle", précise Sophie Descamps, conservatrice au Louvre. Si bien qu'aujourd'hui, on connaît moins de dix bronzes colossaux antiques dans le monde. 

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À l'occasion des 550 ans (à la Renaissance) de la création des musées du Capitole, qui proposent une nouvelle présentation du premier noyau de leurs collections, dont les célèbres bronzes antiques donnés au peuple romain par le pape Sixte IV en 1471, le dépôt du doigt par le musée du Louvre s'est finalement concrétisé, à l'issue d'une fructueuse collaboration entre les deux institutions française et italienne.

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