Joann Sfar s’invite chez Salvador Dali le temps d’une expo surréaliste

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BANDE DESSINEE – L’Espace Dali, à Montmartre, ouvre ses portes à une rencontre artistique entre le surréaliste catalan et Joann Sfar. Plus de 200 planches de ce dernier sont exposées, tirées de sa dernière BD, "Fin de la parenthèse" (Rue de Sèvres), aux côtés des sculptures de Dali.

"Je crois que si dans notre monde on pouvait remplacer les barbes par des moustaches de Dali, ça irait beaucoup mieux." Joann Sfar a toujours eu l’art de la formule. Il aurait formé un sacré duo avec le grand Salvador s’ils s’étaient connus. Au lieu de quoi, leur rencontre spirituelle a donné lieu à une exposition un peu… surréaliste.


Dans la nouvelle BD de Sfar, Fin de la parenthèse, Dali n’est pas mort : "il a été cryogénisé", résume l’auteur. "Farida Khelfa, l’ancienne muse de Jean-Paul Goude, demande à un artiste, Seaberstein, de s’enfermer dans un château avec des filles nues, pour recréer les tableaux de Dali et le faire revenir à la vie." Un scénario presque frivole, s’il n’était rattrapé par l’actualité : "Pendant ce temps, il y a des attentats dans Paris. Farida Khelfa choisit de ne pas prévenir Seaberstein. La question est donc de savoir à quoi sert le travail d’un artiste aujourd’hui ; ça n’a sans doute aucune importance, mais comme disait Churchill, c’est pour ça qu’on se bat."

Toute une année à redécouvrir Dali

Dali n’était pourtant pas le peintre préféré du Joann Sfar de 17 ans, qui lui préférait Francis Bacon. "Je ne m’intéressais pas au peintre, j’aimais surtout le théoricien. Tout ce qu’il disait sur l’art, sur la mégalomanie, sur le sacré, me nourrissait." Passer du temps devant ses œuvres l’a bouleversé sur le tard : "ce qu’on voit là, c’est le résultat d’une année entière à regarder mes modèles d’après nature et les dessins de Dali, et à me promener dans cette histoire qui est censée durer quelques jours."


Ce sont les planches originales de cette BD que Sfar expose pour la première fois. "Pendant longtemps, j’ai pensé que la place d’une page de BD n’était pas sur un mur. Mais pour cette exposition j’ai voulu faire quelque chose de différent. J’ai sciemment écrit et dessiné Fin de la parenthèse pour l’exposer, mes pages fonctionnent dans un récit, mais aussi séparément, et j’adore cette double entrée entre didactisme et exposition d’art."

Si dans notre monde on pouvait remplacer les barbes par des moustaches de Dali, ça irait beaucoup mieux. Joann Sfar

Sfar vole la vedette à Dali dans ce joli musée au cœur de Montmartre, même s’il tient à s’effacer : "le meilleur hommage à rendre à Dali, ce n’était pas de me prendre pour un peintre mais rester ce que je suis, un dessinateur de bandes dessinées qui travaille par séquences." Et derrière l’artiste aux moustaches en guidon de vélo, il est permis d’y voir une autre figure, plus personnelle : "depuis une dizaine d’années, je me suis cherché des pères spirituels. Il y a eu Gainsbourg, Chagall, Brassens… Et ce n’est pas un hasard si mon livre s’appelle Fin de la parenthèse, et qu’il est né l’année qui a suivi le décès de mon père." 

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