Dopage : comme Christopher Froome, pourquoi tant de sportifs de haut niveau sont-ils asthmatiques ?

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DÉCRYPTAGE – Le contrôle "anormal" au salbutamol qui plonge Chistopher Froome dans la tourmente ce mercredi met, plus largement, en lumière la problématique de l’asthme dans le sport de haut niveau. Et celle du caractère potentiellement dopant du traitement de cette maladie.

N’est normale que la normalité, disait le philosophe. Qui n’avait toutefois pas pris la peine de se pencher sur la notion inverse d’anormalité. Dans le cas de Christopher Froome, qui a subi un contrôle antidopage "anormal" sur le dernier Tour d’Espagne, il s’agit d’une maladie somme toute assez commune : l’asthme. Une pathologie courante dans le peloton international, et même à l’échelle du sport de haut niveau dans sa globalité. Passage en revue de toutes les questions que vous pouvez vous poser.

Quelle proportion d’asthmatiques dans le sport de haut niveau ?

"On considère que 30 à 70% de sportifs ont fait ou feront de l’asthme. Les chiffres varient selon les études, mais même 30%, c’est significatif", répond à LCI Mathieu Téoran, secrétaire général de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). 

Pourquoi cette pathologie est-elle aussi courante dans le sport de haut niveau ?

Il faut d’abord bien distinguer l’asthme allergique, qu’on rencontre dans l’ensemble de la population, et l’asthme d’effort, spécifique aux sportifs de haut niveau. Parce que, dans un effort intense, les bronches se referment naturellement. "Il y a une forte prévalence de l’asthme d’effort chez les sportifs faisant appel à une forte capacité respiratoire. Cela peut être lié à des circonstances telles que le froid, les pollens, les polluants, qui contribuent à produire un effort respiratoire intense, et donc à avoir des crises d’asthme", explique Mathieu Téoran.

Quels sont les sports les plus touchés ?

Les spécialistes s’accordent à penser que le sport, en général, est asthmogène. Mais trois disciplines sont plus particulièrement touchées : le ski nordique, en raison de l’air sec et froid ; la natation, compte tenu d’un certain nombre de composants dans les eaux de piscine ; et le triathlon. Dans l’absolu, ce sont les sports d’endurance en plein air qui favorisent le plus l’asthme. Mais les sports collectifs ne sont pas en reste. À titre d’exemple, la Ligue nationale de rugby a enregistré 30 requêtes d’autorisations à usage thérapeutique (AUT) émises par des joueurs pour traiter des crises d’asthme.

Pourquoi le traitement peut-il être assimilé à du dopage ?

La nuance entre "soin" et "amélioration des capacités" physiologiques est très subtile. Et c’est tout le problème. "Le salbutamol, le principe actif de la Ventoline (trouvé dans des proportions problématiques dans les urines de Christopher Froome, ndlr) a deux effets : ça relâche les bronches et les dilate dans une certaine mesure, ce qui facilite la respiration, mais à très forte dose, par prise de cachets ou intraveineuse (ce qui est interdit), ça peut même avoir, sur le long cours, un effet anabolisant", détaille le secrétaire général de l’AFLD.

Christopher Froome est-il dopé ?

Le règlement : "Le salbutanol est autorisé lorsqu’il est pris par inhalation, sous forme de spray comme la Ventoline, dans le respect de certaines posologies : 1.600 microgrammes toutes les 24 heures, dans la limite de 800 mg par période de douze heures. On vérifie le respect de cette posologie par des tests urinaires, et il ne faut pas que les concentrations relevées dépassent les 1.000 nanogrammes par millilitre." La concentration retrouvée dans les urines de Froome est deux fois supérieure à la limite autorisée. Ce qui est effectivement "anormal".

Et après ? "Comment s’est-il retrouvé avec un taux aussi élevé ? Par quelle voie d’administration (inhalation ou cachets) ? Quelle dose a-t-il pris ? Quelles étaient les circonstances climatiques ? Il devra répondre à ces questions devant l’UCI (l'Union cycliste internationale)", reprend Mathieu Téoran. Dans un communiqué, Froome indique : "Mon asthme a empiré pendant le Tour d’Espagne et j'ai suivi les conseils du médecin de l'équipe d'augmenter le dosage de salbutamol. Comme toujours, j'ai veillé avec la plus grande attention à ne pas dépasser les doses autorisées."  Il y aurait donc eu "inattention" de la part du médecin... À moins que d'autres facteurs aient provoqué une concentration dans ses urines plus élevée qu’attendue. C'est, en tout cas, de cette manière que le quadruple vainqueur du Tour de France compte prouver sa bonne foi.

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