VIDÉO - Tour de France 2017 : les cadences des coureurs sont-elles "humaines" ?

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CYCLISME – Ce samedi 1er juillet débute l’édition 2017 du Tour de France. Depuis plusieurs années, plus aucun scandale de dopage n’éclabousse cette épreuve mythique. Pourtant, certains chiffres ont tout de même encore de quoi interpeller.

Ceux qui ont déjà assisté à une étape du Tour de France de leurs yeux ont tous eu cette drôle d'impression de voir passer les coureurs comme un coup de vent. Si vite qu'on les distingue à peine... Sauf à confondre optimisme et naïveté, difficile de considérer qu’il existe encore un sport, pratiqué au haut niveau, qui soit épargné par le fléau du dopage. Symbole de cette dérive, avec notamment l’affaire Festina puis les titres retirés à Lance Armstrong, le cyclisme apparaît à la fois comme l’arbre qui cache la forêt (quid du football, du rugby ou du basket ?) et la discipline où l’impunité a atteint son paroxysme. On emploie un temps passé parce que, depuis les scandales susmentionnés, aucun contrôle positif n’est venu semer le trouble sur la Grande Boucle. Le Tour de France 2017, qui débute ce samedi, serait donc aussi "propre" que ceux qui l’ont précédé ces dernières années. C’est, du moins, ce que les officiels de tous bords se bornent à répéter. Pourtant, le doute persiste : selon un sondage Odoxa publié par Le Parisien il y a un an, 88 % des Français continuent de douter de l’honnêteté des victoires d’étape.

La triche est consubstantielle à l’homme.Jean-Pierre de Mondenard, ancien médecin sur le Tour de France

Est-ce le poids du passé qui pèse encore dans la mémoire collective ? Sans doute, mais le présent n’y est pas non plus complètement étranger. À titre d’exemple, la vitesse moyenne du dernier vainqueur, Christopher Froome, sur la longueur des 21 étapes du Tour de France 2016, s’élève à 39,571 km/h. C’est beaucoup moins que Lance Armstrong (41,654 km/h) en 2005, mais à peine moins que Marco Pantani (39,983 km/h) en 1998. L’Italien qui a été contrôlé positif à l’EPO lors de tests rétroactifs effectués en 2004… Dans cet ordre d’idée, le même Froome, en 2015, a grimpé la longue (20 km) et difficile (7,5 % d’inclinaison moyenne) montée du Mont Ventoux en un temps exceptionnel de 57 minutes et 30 secondes, pour une vitesse moyenne ahurissante de 20,869 km/h. Pour le coup, c’est plus rapide que Pantani (57 minutes et 34 secondes), ancien recordman sur cette montée.

"Ces chiffres ne constituent pas du tout des preuves de dopage. Pantani, c’était il y a vingt ans. Depuis, les vélos ont évolué, les tracés du Tour et les morphologies des coureurs, aussi. Tout change très vite, on ne peut pas comparer", explique toutefois à LCI le docteur Jean-Pierre de Mondenard. Ce médecin du sport, ayant officié sur trois Tours de France et auteur de cinq ouvrages sur le dopage, présente ainsi la situation actuelle : "Le problème, c’est qu’on ne sait pas qui ment ou qui dit la vérité. Les contrôles sont incapables de nous dire qui se shoote. La majorité des coureurs passe entre les mailles du filet. Déjà, à l’époque de Festina, tous les contrôles étaient négatifs ! C’est pareil aujourd’hui. On sait qu’on pourrait apprendre ensuite que tous étaient dopés. L’enjeu, ce n’est plus de respecter les règles, c’est devenu de ne pas se faire prendre. Au-delà du sport, c’est dans toute la nature humaine. La triche est consubstantielle à l’homme."

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C'est les watts qu'ils préfèrent

Il s’agirait donc de s’en remettre aux enquêtes de police, quand celles-ci ont lieu. Mais la science ne peut-elle pas nous orienter ? Ces cadences entrent-elles dans le cadre des limites du corps humain ? Il faut déjà admettre, pour répondre, que celles-ci sont mouvantes. Ainsi, pendant longtemps, les scientifiques ont considéré que les sprinteurs ne descendraient jamais sous la barre des 9''60 sur 100 mètres… avant de décaler cette limite supposée à 9’40, une fois qu’Usain Bolt a battu le record du monde en 9''58. Notons, au passage, que la vitesse du Jamaïcain s’est élevée, durant cette fameuse course d’août 2009, à 43,2 km/h...

Depuis quelques années, on ne mesure d’ailleurs plus en km/h les cadences des cyclistes, mais en watts. Soit la puissance exprimée à coups de pédales en tenant compte du poids du vélo, de celui du coureur, de la densité de l’air ou des dénivellations. Antoine Vayer, ancien entraîneur de l'équipe Festina, aidé par l'ingénieur Frédéric Portoleau, a même établi un modèle avec différents seuils de performances. 


Les coureurs qui pédalent avec une puissance supérieure à 410 watts sont classés, selon eux, dans la catégorie "suspicieux", ceux qui dépassent 430 watts dans "miraculeux", et ceux qui culminent à plus de 450 watts sont des "mutants". Sa puissance de 414 watts sur la montée de la Pierre Saint-Martin place donc Chris Froome parmi les "suspicieux" dans ce barème.

Si Froome est "clean", ça fera vraiment rêver tout le monde du cyclisme...Antoine Vayer, ancien entraîneur de l'équipe Festina

Ces chiffres en watts sont d’autant moins contestables qu’ils sont fournis par les équipes elles-mêmes. Pour Froome, c’est la Sky qui l’avait donné, indiquant en outre, sur cette même montée, une fréquence de pédalage de 97 tours par minute. La statistique avait inspiré à Antoine Vayer ce commentaire ironique sur France Info : "C’est magnifique. Les records sur le plat sont tous effectués entre 100 et 105 tours par minutes. Là, il a la cadence d'un recordman sur le plat, mais dans une montée. S'il est 'clean', ça fera vraiment rêver tout le monde du cyclisme..." Dans la bouche du docteur Jean-Pierre de Mondenard, cela donne : "Les coureurs font gaffe sur les produits majeurs, les anabolisants, les corticoïdes, les hormones de croissance… Mais je peux vous dire qu’ils sont tous médicalisés et qu’ils contournent facilement les règlements, qui sont fait bizarrement. Pour avoir un Tour propre, il faudrait que ce soit des Martiens qui le fassent. Avec des hommes, ce n’est pas possible."

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