Achats de Noël : premier week-end encourageant mais pas suffisant

Des passants dans une rue commerçante du centre de Bordeaux, le 28 Novembre 2020

SHOPPING - Entre les contraintes du nouveau protocole sanitaire et les promotions d'un Black Friday qui ne dit pas son nom, les magasins ont connu une réouverture bienvenue. Les prochains week-ends seront scrutés à la loupe.

"Le weekend a été bon", dans les commerces qui ont pu rouvrir ce samedi, après un mois de fermeture administrative pour cause de confinement. C'est le premier constat que livre Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'état à l'industrie. Il y a eu "de l'affluence, pas plus que l'année dernière, ce n'est pas une cohue, mais les clients ont acheté (...) comme le dernier weekend de novembre l'année dernière, qui avait été un très bon weekend", a-t-elle déclaré. S'il est trop tôt pour crier victoire, les détaillants peuvent souffler : les Français n'ont pas cette année reporté tous leurs achats de Noël vers la vente en ligne, comme en témoignait l'activité dans les quartiers commerçants, comme celui des grands magasins parisiens.

Toute l'info sur

Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

Et s'il n'y avait pas foule à l'ouverture des Galeries Lafayette ce samedi, peu importe, la réouverture était en elle-même une victoire. "Pour nous, qu'il y ait du monde ou pas, c'est le quotidien qui revient à la normale", relève Tania, 29 ans, une responsable des boutiques L'Oréal Luxe aux Galeries Lafayette. Les clients dépenseront-ils largement ? "Je pense qu'on va avoir du monde pour voir le sapin, des familles, mais pas forcément un fort pouvoir d'achat", estime Manon, 29 ans, vendeuse chez Isabel Marant au sein des Galeries Lafayette. Des grands magasins qui font aussi le deuil des touristes, des visiteurs étrangers qui représentent d'ordinaire une bonne partie du chiffre d'affaires. "Nous n'anticipons pas de retour de la clientèle internationale avant le dernier trimestre 2021, et dans des proportions très inférieures à 2019", avertissait récemment Nicolas Houzé, le directeur général des Galeries Lafayette, qui dit avoir perdu cette année la moitié de son chiffre d'affaires.

Lire aussi

Un Black Friday qui aurait déjà commencé

Si peu en parlent, le premier weekend de réouverture a également été dopé par des promotions de Black Friday qui ne disaient pas leur nom, mais qui étaient bien là. Le gouvernement a demandé le décalage d'une semaine du "vendredi noir" français, initialement prévu le 27 novembre et reprogrammé le 4 décembre, pour rouvrir les commerces en évitant la cohue. Dans la pratique, beaucoup de prix en baisse, et des promotions affichées sous toutes sortes d'appellations, même si les rabais les plus massifs ne devraient être dévoilés que le weekend prochain.

Et c'est justement cet avenir proche que chacun anticipe. Après ces quelques jours qui font office de galop d'essai, grands magasins et boutiques de centre-ville comptent sur décembre pour refaire une partie du chiffre d'affaires perdu ces derniers mois. Car si l'on identifie volontiers le Black Friday à la vente en ligne, c'est en fait dans le commerce traditionnel que l'opération fait plus de 80% de son chiffre d'affaires. Pour la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Paris, l'opération pèserait ainsi "six milliards d'euros de chiffre d'affaires, dont cinq dans les magasins physiques".

Un "budget Noël" en hausse malgré la crise

Côté commerce en ligne, les achats de Noël n'ont pas attendu le déconfinement. Le directeur de la plateforme de colis de la Poste à Toulouse, Sylvain Bincteux, expliquait ainsi vendredi à l'AFP être en train de traiter des volumes qu'il avait prévu de recevoir "pour le 15 décembre". "On est en avance de trois semaines. C'est historique mais on est prêt", a-t-il assuré. Mais qu'elles soient en ligne ou en boutique, les promotions arriveront à point nommé, pour des consommateurs marqués par la crise économique. "Ils évoluent vers une consommation plus pragmatique donnant la part belle au prix des produits par rapport aux attentes d'ordre écologique ou sociétal", estime Pierre Santamaria, directeur associé d'EY, qui a conduit une étude sur le sujet, qui conclut que "trois quarts des Français interrogés sont préoccupés par des enjeux personnels, prix bas, santé, qualité des produits achetés", contre "seulement un quart" par des enjeux sociétaux ou écologiques. "En juillet, la proportion était respectivement de 69% contre 31%", note l'étude. Pour autant, les achats de Noël ne devraient pas trop souffrir de la crise. Selon une autre étude, signée par le cabinet PWC, le budget moyen des ménages devrait atteindre cette année 245 euros, 5% de plus qu'en 2019.

La date des soldes repoussée ?

En vidéo

Réouverture des magasins : un grand soulagement pour les commerçants

Autant d'indicateurs encourageants pour les commerces, tant sur internet que dans les centres-villes. Ces derniers peuvent également compter sur un relâchement des contraintes administratives pour toute la période jusqu'à Noël et même au-delà, avec des horaires d'ouverture étendus jusqu'à 21 heures, et des ouvertures chaque dimanche. Agnès Pannier-Runacher s'est même dit "favorable" à ce que les commerçants puissent rester ouverts exceptionnellement le dimanche au mois de janvier "dans les zones où il y a du flux, mais pas partout nécessairement". De même, elle a indiqué qu'elle était ouverte à repousser la date d'ouverture des soldes - prévue le 6 janvier pour l'instant - "à condition que cela corresponde à  un réel besoin" exprimé par les commerçants.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : la Haute autorité de santé préconise d’élargir à 6 semaines le délai entre les 2 doses de vaccin à ARNm

EN DIRECT - Impeachment : le procès en destitution de Donald Trump commencera la 2e semaine de février

Biden à la Maison Blanche : comment il a redécoré le Bureau ovale

Comment la Chine se trouve de nouveau confrontée à l’épidémie, un an après son apparition

Paris : un adolescent lynché sur la dalle Beaugrenelle, ses agresseurs recherchés

Lire et commenter