Amazon : les salariés échouent à créer un syndicat dans un entrepôt en Alabama

Amazon : les salariés échouent à créer un syndicat dans un entrepôt en Alabama

DROIT DU TRAVAIL - Avec 1.798 voix contre et seulement 738 pour, la tentative de syndicalisation d'un entrepôt d'Amazon dans l'Alabama a échoué vendredi 11 avril. Une victoire pour le géant du e-commerce qui n'entame pas la détermination de certains salariés à continuer leur combat.

Cela aurait été une première pour le géant du commerce en ligne américain. Un mouvement de salariés d'Amazon d'un entrepôt de l'Alabama, s'était formé progressivement pour rejoindre le syndicat national de la distribution (RWDSU). Mais il n'a pas passé l'épreuve des urnes. Sur les 3.215 bulletins reçus de l'entrepôt de Bessemer, 1.798 étaient contre la syndicalisation et seulement 738 pour. Un résultat qui ne laisse planer aucun doute, bien que plusieurs centaines de bulletins aient été contestés ou jugés non valables. 

Un vote qui signe une victoire de plus pour le deuxième plus gros employeur aux États-Unis avec 800.000 salariés, peu connu pour ses considérations sociales. Mais cette fois, les employés ne comptent pas en rester là. 

Amazon n'a ménagé aucun effort pour rendre fou ses propres employés- Stuart Appelbaum, président du syndicat national de la distribution

"Nous ne laisserons pas Amazon s'en tirer à si bon compte avec leurs mensonges, leurs tromperies et leurs activités illégales", a réagi Stuart Appelbaum, le président du RWDSU, accusant l'entreprise de n'avoir "ménagé aucun effort pour rendre fou ses propres employés". Le syndicat a annoncé qu'il allait porter plainte "contre toutes les actions scandaleusement et ouvertement illégales menées par Amazon lors du vote de syndicalisation", auprès de  l'agence fédérale en charge du droit du travail. 

Un combat au niveau national

Le mouvement a ensuite pris une dimension nationale. Opposant ainsi, d'un côté, les soutiens aux employés syndicalistes - des artistes, des parlementaires démocrates et républicains, et même le président Joe Biden - et, de l'autre, Amazon, dont les affaires ont prospéré pendant la pandémie.

Le groupe de Seattle et le syndicat se sont affrontés en ligne. Sur le terrain, Amazon a fait valoir ses arguments contre la syndicalisation à coup de textos, d'affiches et de réunions d'information hebdomadaires dans l'entrepôt depuis des mois, tandis que les syndicalistes démarchaient les employés à l'entrée de l'entrepôt jour et nuit.

"Nous continuerons d'essayer"

D'un côté, les salariés se plaignent de cadences infernales, du manque de temps pour aller aux toilettes ou pour manger, du manque de protections en matière de sécurité, notamment contre le Covid-19, et de salaires insuffisants par rapport au travail demandé.

De l'autre, Amazon s'est défendu en rappelant que les salaires démarrent à 15 dollars de l'heure, plus du double du salaire minimum dans l'Alabama, et qu'il fournit des avantages sociaux, comme la couverture santé. Le groupe assure que ses employés disposent des pauses nécessaires.

"Nous continuerons d'essayer", a assuré à l'AFP Sondra Hill, une employée à mi-temps de l'entrepôt, très déçue par le résultat du vote. "Mais je ne crois que je vais continuer à travailler là encore longtemps".

Malgré la défaite dans les urnes, Darrell West, expert à la Brookings Institution, estime que "le vote d'Amazon est un jalon majeur pour le mouvement syndical aux États-Unis, car il s'agit d'une des premières tentatives de syndicaliser une partie de l'économie numérique." Cela avait aussi été le cas début janvier chez Google, des salariés de l'entreprise avaient annoncé la création d'un syndicat après des divergences avec leurs dirigeants autour du licenciement de chercheuses travaillant sur les questions d'éthique liées à l'intelligence artificielle.

"Notre droit du travail est biaisé contre les gens qu'il est censé protégé", affirme Rebecca Kolins Givan, professeure associée à Rutgers University dans le New Jersey. "C'est extrêmement difficile pour les salariés d'organiser un syndicat et incroyablement simple pour les employeurs de les brutaliser pour les en empêcher", poursuit l'universitaire. "Amazon a dépensé beaucoup d'argent à Bessemer en embauchant les meilleurs avocats anti-syndicats du pays et en semant avec acharnement la peur et l'incertitude au sein des effectifs. Leurs investissements ont payé."

L'économie vous intéresse ? Alors, découvrez le podcast de l'émission "Lenglet Déchiffre"

Écoutez ce podcast sur votre plateforme d'écoute préférée :

Sur APPLE PODCAST 

Sur DEEZER

Sur SPOTIFY

Lenglet déchiffre donne la parole aux grands patrons, économistes ou intellectuels. Ils livrent leur vision de l’actu éco et répondent aux questions économiques du moment.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : la quarantaine obligatoire pour entrer en France étendue à sept nouveaux pays

"Je n'avais jamais subi une telle violence" : le maire de Nice Christian Estrosi annonce qu'il quitte Les Républicains

EN DIRECT - Procès Lelandais : "J'ai dit ce qui s'est passé", conclut l'ancien maître-chien

Covid-19 : voisin de l'Inde, le Népal pourrait faire face à une situation encore plus incontrôlable

Féminicide à Mérignac : "Ça s'est joué à une seconde", témoigne un voisin qui a tenté de s'interposer

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.