"No deal" ou pas, le Brexit va faire tanguer l'économie des deux côtés de la Manche

Et c’est reparti pour un tour ! Pour éviter à tout prix un "No Deal", Londres et Bruxelles vont relancer cette semaine leurs interminables négociations en vue d'un accord commercial. Cette fois-ci pas de date butoir avant le couperet de la rupture définitive le 31 décembre 2020. Retour sur 47 ans d’un mariage houleux entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne avec un divorce de plus en plus compliqué.

TEMPÊTE EN VUE - Si la perspective d'un accord est de moins en moins crédible, même une issue positive n'épargnera pas l'économie britannique. En France, on se prépare aussi à ce qui ressemble à un saut dans l'inconnu.

Si la gravité des dégâts dépendra de l'issue des négociations en cours entre Londres et Bruxelles, les économistes s'attendent à ce que le Brexit soit économiquement douloureux, avec ou sans accord. Des estimations qui n'ont rien de nouveau, elles datent pour l'essentiel du gouvernement de Theresa May en 2018, qui avait produit une note interne évaluant l'effet d'un no deal à une baisse de 7,6% du PIB de la Grande-Bretagne sur 15 ans. Le même rapport estimait qu'une sortie accompagnée d'un accord commercial éventuel ferait baisser la note, à 4,9% de récession quand même.

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Si les négociations devaient échouer, l'absence d'accord commercial, véritable double choc avec la pandémie, se traduira dès le 1er janvier par le retour des règles de l'OMC, avec des droits de douane parfois prohibitifs sur toute une série de produits, allant du bœuf à la pièce détachée automobile. Dans une étude très cash, la respectée London School of Economics (LSE) va jusqu'à estimer qu'un Brexit sans accord serait plus coûteux que le Covid-19, car ses conséquences se feront sentir sur une plus longue période.

Dans la pratique, les premiers effets devraient prendre la forme d'une inflation sur le prix des matières premières et de l'alimentation. Nombre d'entreprises verront leurs coûts augmenter du jour au lendemain et les prix pour les consommateurs devraient grimper, notamment dans l'alimentaire et les produits frais, massivement importés de l'UE, et rendus plus chers encore par une chute à prévoir de la livre sterling, comme le soulignait le scénario de crise ébauché dans un document interne du cabinet de Boris Johnson.

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"Il y aura des perturbations inévitables le temps que les entreprises se familiarisent avec les nouvelles règles. Mais cette période devrait être relativement courte", estime Thomas Pugh, économiste chez Capital Economics. À court terme, la Banque d'Angleterre (BoE) prévoit en effet une baisse des exportations et une perturbation des chaînes d'approvisionnement. Mais ce sont les conséquences de long terme qui pourraient être les plus sévères, par exemple dans l'industrie, dont la compétitivité serait largement handicapée par un retour des taxes douanières. 

Selon une étude commandée par l'Institute of Directors, un syndicat patronal, près de 16% des entreprises manufacturières ont déjà décidé de déménager hors du pays, et 13% de plus l'envisagent sérieusement. Un mouvement qui frappe surtout les plus grandes entreprises. Dans la finance aussi, nombre de grands noms de la City de Londres n'ont pas attendu le 31 décembre pour déplacer leur siège ou leurs activités de marchés vers Amsterdam, Bruxelles, ou Paris, tel la Lloyds, Barclays, ou HSBC. À l'inverse, comme le soulignent les soutiens du Remain, la liste des entreprises qui ont déménagé vers la Grande-Bretagne pour tirer parti du Brexit semble un peu mince. 

En France, des victimes dans l'automobile, l'agriculture, l'alimentaire

Chez nous, si les conséquences seront moins drastiques, elles pourraient être le miroir de celles que devrait subir le Royaume-Uni. Selon une étude d'Euler Hermes parue à l'automne, la France pourrait voir ses exportations vers la Grande-Bretagne baisser de 3,6 milliards d'euros. Tout ce qui contrevient au libre-échange entre les deux pays impacterait en fait les deux économies. Particulièrement touchées, les entreprises du secteur automobile. Tant les constructeurs que les équipementiers qui alimentent des usines anglaises devraient tourner au ralenti. Autre secteur exposé, l'alimentation, mais aussi les vins et alcools, pour lesquels la traversée de la Manche représente notre plus gros marché, juste derrière l'Allemagne.  D'autres conséquences, dans le transport aérien, resteront difficile à évaluer tant qu'elles seront obscurcies par les contrecoups de l'épidémie de Covid-19, qui a déjà mis le secteur à genoux.

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Dans l'absence d'un accord, avec le 31 décembre qui se profile à l'horizon, l'exécutif veut encourager les entreprises à anticiper le scénario d'un no-deal Brexit, au travers d'un site ouvert depuis quelques mois déjà, Brexit.Gouv.fr, mais aussi d'un questionnaire d'autodiagnostic qui permet aux entreprises françaises de tous secteurs d'évaluer leur degré d'exposition au coup de vent économique qui se prépare.

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