Cadre de vie, proximité, tourisme… dans quelle mesure les marchés alimentaires profitent à leur commune ?

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IMPACT – Qu’ils aient lieu une ou plusieurs fois par semaine, les marchés font partie de la vie des communes. Mais à quel point leur sont-ils bénéfiques ? Pour la présidente de la Fédération nationale des marchés de France, les retombées se mesurent aussi bien sur le plan économique, que social et culturel. Détails.

Le marché, source de bienfaits ? Si les chalands viennent y chercher la variété, la fraîcheur ou l’originalité, les municipalités, en tirent elles aussi des avantages. Moins facilement palpables, ils n’en sont pas moins importants et se mesurent tant sur le plan économique que social ou culturel. Quels sont les atouts d’un marché pour sa commune ? Comment les élus valorisent ce potentiel ? Monique Rubin, présidente de la Fédération nationale des marchés de France (F.N.S.C.M.F), nous livre son éclairage.

Journaliste : Quels sont les atouts d’un marché pour sa commune ?

Monique Rubin : Au sein de la Fédération nationale des marchés de France (F.N.S.C.M.F.), on est convaincu que le marché en centre-ville est une chance pour la municipalité : c’est le symbole d’un cadre de vie qualitatif, un pôle pour le tourisme. A titre d’exemple, quand les vacanciers arrivent dans les communes de province, bien souvent, la première chose qu’ils demandent concerne le marché : quand a-t-il lieu, où ? En plus d’être des vecteurs d’impulsion et de développement économique des territoires, les marchés sont une réelle opportunité de « retour à la centralité » dans un contexte où l’on essaye de développer au maximum la proximité. Enfin, c’est un instrument très important de la cohésion et de la mixité sociale. Si l’on prend le cas du marché de Saint-Denis, près de cent ethnies différentes cohabitent. Il faut savoir qu’en France, plus de 6.000 communes accueillent au moins un marché par semaine, certaines beaucoup plus comme Tours (37) ou Paris (près de 90). A titre d’illustration, chaque jour, ça équivaut à 1.000 kilomètres de déballages. Pour rappel, 17% de la production de fruits et légumes de l’Hexagone est vendue sur les marchés. On peut dire que les marchés sont la troisième forme de distribution commerciale dans le pays, après la grande distribution et le e-commerce.

Journaliste : On en déduit qu’une commune qui se sépare de son marché a beaucoup à perdre ?

Monique Rubin : C’est certain. Le commerce ambulant, c’est la proximité dans toute sa splendeur. Donc perdre un marché en zone rurale, c’est enlever aux consommateurs, et notamment à la petite mamie qui vient faire ses courses toutes les semaines, ce qu’il leur reste de vie et de dynamisme. Et par extension, faire perdre à la commune son âme de cœur de ville. Or, l’être humain est ainsi fait qu’il a besoin de ces échanges, de ce contact, de ce relationnel. Sans oublier le fait, que le marché permet, outre les interactions humaines, les interactions avec le commerce sédentaire, à savoir les petits commerces qui se trouvent à proximité immédiate de la place du marché. Aujourd’hui, on peut dire que le commerce non-sédentaire sert le commerce sédentaire. En outre, il y a un paramètre culturel et patrimonial non-négligeable. Dans la Drôme et en Ardèche par exemple, la notoriété de certains marchés et leur apport touristique font vivre les villes. Il en est de même pour le Périgord qui attire les foules pour son patrimoine gastronomique exceptionnel. Soucieuses de préserver cette identité régionale, les communes du département ont constamment développé leurs marchés. Ce qui me fait souvent dire que, de par la culture et l’enrichissement qu’ils apportent, les marchés pourraient d’un certain point de vue être inscrits au patrimoine historique.

Journaliste : Les élus mesurent-ils ce potentiel ?

Monique Rubin : Alors que les marchés ont beaucoup souffert du développement tentaculaire de la grande distribution, de nombreuses communes se sont séparées de leur marché dans le passé. Je dirais qu’elles sont en minorité aujourd’hui. De ce point de vue-là, on peut parler d’une certaine prise de conscience de la part des élus, notamment grâce au plan national "Action cœur de ville". Je dirais que 70% d’entre eux ont bien appréhendé l’intérêt que peut représenter une activité de cœur de ville et l’opportunité de conserver un marché. D’ailleurs, on assiste à un certain nombre d’évolutions, et d’aménagements en ce sens. Mais dans le même temps, ces derniers doivent veiller à ne pas apporter des modifications dans le cœur de ville qui soient préjudiciables aux marchés. Pour rappel, c’est la place centrale, la place historique du marché, l’emplacement qu’il a toujours occupé.

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