Comment la profession de votre père influence votre niveau de vie

Comment la profession de votre père influence votre niveau de vie

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DISPARITÉ - Sommes-nous tous nés sous la même étoile ? C’est ce à quoi tente de répondre un rapport publié jeudi par France Stratégie. L'organisme, expert sur les grands sujets socio-économiques et rattaché au Premier ministre, montre que notre niveau de vie varie fortement selon notre origine sociale.

Une étude inédite compare l’égalité des chances face au déterminisme social. Sur la base d’un échantillon de population née en France et âgée de 27 à 44 ans, France Stratégie a observé comment le niveau de vie de chacun varie selon la profession du père. L'étude prend en compte le salaire et le contexte familial, c’est-à-dire le revenu d’un éventuel conjoint et la présence d’enfants ou non dans le foyer. Les conclusions sont sans appel : les inégalités de chances sont importantes et  essentiellement dues à l’origine sociale, l’âge, le sexe ou l’origine migratoire ayant des effets bien moindres.   

Plus on se déplace vers les deux extrémités de l’échelle de niveau de vie  -très pauvres et très riches-, plus le milieu social est influant. Ainsi, les trentenaires les plus aisés ont majoritairement un père cadre supérieur, alors que dans l’ensemble du panel, ils ne sont que 13%.  De la même manière, chez les individus gagnant moins de 1300 euros par mois, plus de la moitié ont un père ouvrier. Ces deux métiers sont donc surreprésentés dans ces deux classes sociales. Et montrent qu’on est bien loin d’une situation d’égalité des chances pure.  

L'âge finalement peu important

Parmi les autres critères de déterminisme social,  moins importants cependant, on compte donc le sexe, l’âge ou l’origine migratoire. Par origine migratoire, il faut comprendre toute personne dont l’un des parents est né à l’étranger et de nationalité étrangère au moment de la naissance de son enfant en France. L’écart de salaire moyen entre deux personnes, dont la seule différence est l’origine migratoire, est de 150 euros. Somme qui est multipliée par dix entre un enfant de cadre et un enfant d’ouvrier non qualifié. 

Concernant le sexe, un homme a 3% de probabilité en moins qu’une femme d’appartenir à la classe la plus pauvre. Alors qu’en observant les professions,  un enfant d’ouvrier à 11% de risque supplémentaire d’en faire partie. Enfin, l’âge a encore moins d’effet sur le confort de vie moyen : entre 35 ans et 44 ans, on perçoit uniquement 60 euros de plus qu'avant.

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ARCHIVES - Les inégalités au cœur du rapport de l'Insee 2018

Le diplôme réduit les écarts

En réalité, le métier du parent influe surtout sur le niveau de diplôme atteint par les individus. Et cette formation scolaire de base qui creuse les inégalités. Ainsi, alors qu’un enfant d’ouvrier à 11% de risque de faire partie de la classe la plus modeste, ce chiffre n’atteint plus que 5% si ce même enfant est diplômé. Grâce à l'éducation, les différences s’effacent donc un peu. La différence de probabilité d’appartenir au quintile (1/5) le plus pauvre de la population entre un enfant d’ouvrier ou de cadre passe alors de 30 points à 10  grâce au diplôme. Une inégalité des chances qui diminue encore plus lorsque le conjoint est également diplômé. Diminue mais ne disparaît pas. Car au final, si on tient en compte le diplôme de l’individu et de son conjoint, un écart demeure entre les classes. 

Plusieurs autres critères peuvent expliquer l’importance de l’influence de l’origine sociale sur le niveau de vie. D’une part, qui dit même degré de diplôme ne dit pas même qualité de formation. L’étude ne s'intéresse pas aux filières suivies et la renommée de l’école qui décerne le diplôme. De l’autre, il faut aussi prendre en compte les capacités inhérentes à un milieu social favorisé : le réseau des parents, qui donne accès à plus d’offres d’emplois, et des compétences plus informelles comme savoir prendre la parole à l’oral et mieux appréhender les entretiens. Enfin d’autres dimensions pourraient être prises en compte, comme le patrimoine hérité, ou encore le territoire. France Stratégie a d’ailleurs prévu d’étudier prochainement l’impact de l’origine géographique sur la réussite sociale. 

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