Pfizer et Moderna augmentent les prix de leurs vaccins : une hausse prévue et justifiée techniquement

Un plateau de doses du vaccin produit par Pfizer/BioNtech dans un centre de vaccination à Nantes.

ÉCONOMIE - Le "Financial Times" a confirmé dimanche que les laboratoires Pfizer et Moderna allaient revoir à la hausse les tarifs de leurs vaccins anti-Covid-19 respectifs. Les prix, connus depuis le printemps, ne sont en fait pas si surprenants.

Les lois du marché reprennent le dessus, même en pleine pandémie. Après avoir été négocié à 12 euros, puis augmenté à 15,50 euros, le vaccin contre le Covid-19 développé par Pfizer/BioNTech va désormais être vendu à l'Union européenne (UE) à 19,50 euros. Soit une hausse de plus de 60%. Idem pour celui de Moderna, qui passe de 19 euros à 21,5 euros, selon les révélations ce dimanche 1er aout du Financial Times. Si le quotidien britannique appuie ses informations sur les contrats conclus entre les laboratoires et les 27, le prix du vaccin Pfizer n'a en fait rien d'une révélation. Au contraire, il est connu depuis plusieurs mois.

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19,50 euros, cela représente en fait la somme négociée dès le printemps dernier lors des discussions sur les nouveaux contrats. Ainsi, en avril dernier, le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, confiait dans les pages d'Euractiv que le nouveau contrat d'approvisionnement se négociait au prix de 19,50 euros par dose. "Les prix montent rapidement", témoignait alors le Premier ministre. Une indiscrétion confirmée par plusieurs sources européennes auprès de l'agence Reuters. Mais également par la Ministre déléguée chargée de l'Industrie, elle-même. Interrogée le 10 mai dernier, Agnès Pannier-Runacher estimait ainsi que cette somme revenait au "prix moyen pour un vaccin".

Un prix qui s'adapte à la pandémie ...

Sur Sud Radio, la ministre justifiait même ce tarif, soulignant les nouveaux besoins spécifiques des États, notamment afin de lutter contre les variants. "Une flexibilité plus complexe" demandée au laboratoire, "qui a un coût". Au printemps dernier, une source européenne citée par l'agence Reuters expliquait, elle aussi, que ce nouveau contrat était plus exigeant vis-à-vis des laboratoires. Car les nouvelles commandes impliquent non seulement des conditions de livraison plus strictes, mais également une mise à jour du principal actif dans le produit, qui doit permettre de disposer de nouvelles protections en cas d'arrivée de variants. 

 

Une ligne de défense répétée ce lundi 2 août par le secrétaire d'État français aux Affaires européennes. Sur RFI, Clément Beaune a expliqué que les entreprises pharmaceutiques Pfizer et Moderna revoyaient leur prix afin de l'adapter aux variants. "Il faut regarder tout cela de manière rationnelle, ne pas se faire avoir évidemment, mais avoir des contrats plus exigeants, avec des produits adaptés aux variants. Probablement oui, pas seulement pour l'Union européenne, pour tous les acheteurs, ce sera un peu plus cher", a-t-il ainsi martelé.

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Le lendemain, le ministère de l'Économie a, à son tour, justifié cette hausse des prix. "Plus le plan variant est important et engageant pour le laboratoire, plus le prix l'est", assure Bercy. "Si un laboratoire développe un nouveau vaccin au titre des variants, notamment pour un rappel vaccinal, leur mise en production est plus onéreuse. Cette flexibilité pour améliorer le niveau de protection de notre population se paie."

L'UE, qui a déjà subi à plusieurs reprises des retards de livraison depuis le début de la campagne, espère aussi faire partie des territoires livrés prioritairement en cas de nouvelle version des produits. "Plus on veut être livré tôt et avoir une priorité élevée, plus le prix est élevé", poursuit le ministère de l'Économie, qui affirme que cette hausse n'est pas "unilatérale" et se justifie par "de nouveaux équilibres."

Face au contexte sanitaire, l'UE n'a donc eu d'autre choix que de sortir le chéquier. Alors, paye-t-elle désormais le prix fort ? Oui, mais pas plus que tous les autres pays riches. L'Europe faisait en fait figure d'exception dans le monde. Car le laboratoire américain distingue trois catégories, parmi lesquelles, en tête, les pays riches. C'est cette catégorie dont font partie les États-Unis - à qui le laboratoire vendait déjà le produit 19,50 euros - ou encore Israël - qui paye sa dose à 22,70 euros. L'UE ne fait donc que rejoindre le rang de ses semblables. 

... Et aux lois du marché

En réalité, cette nouvelle augmentation n'a donc rien de surprenant. D'autant plus que le directeur financier du laboratoire a toujours été transparent sur la question. En mars dernier, Frank D'Amelio avait ainsi prévenu que "les prix actuels n'étaient pas déterminés par les conditions normales du marché." Car en temps normal, comme toute entreprise, Pfizer régule ses prix en fonction de la demande. C'est pourquoi il avait estimé que, lorsque le monde passerait d'une situation "pandémique à une situation endémique", les "forces normales du marché [commenceraient] à se manifester".

Avec plus de demande que d'offre, les prix explosent donc.... Sauf pour les plus démunis. Les pays considérés comme "intermédiaires" ou "à faibles revenus" sont exemptés de cette loi du marché. Le 21 mai, la quasi-intégralité des producteurs de vaccins  - Pfizer/BioNTech, Moderna et Johnson & Johnson - se sont en effet engagés, au cours d'un sommet du G20, à fournir des doses à prix coûtant pour les pays à faible revenu ; et à prix réduit pour les pays à revenu intermédiaire. 

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LES VÉRIFICATEURS - L'Europe est-elle vraiment le premier producteur mondial de vaccins ?

Ce qui n'est pas forcément le cas pour d'autres laboratoires, comme Sinopharm. Alors que la Chine cherche à étendre son influence via la vaccination, et notamment en Afrique, les accords commerciaux avec ces pays pauvres restent extrêmement couteux. Le Sénégal, par exemple, a payé 20 dollars sa dose, selon les données de l'Unicef, qui condense toutes les informations connues sur le prix des doses. C'est aussi pour ce produit que la Hongrie, très critique vis-à-vis de l'UE et de ses choix de négociations, a déboursé plus de 35 dollars par dose. Ce qui représente aujourd'hui la somme la plus élevée payée par un État pour un vaccin.

L'Union européenne non plus ne bénéficie pas de doses à prix coûtant pour les vaccins Pfizer et Moderna. Mais le ministère de l'Économie l'assure : "les taux de marge des laboratoires sur les vaccins anti-Covid sont significativement inférieurs à d'autres produits qu'ils vendent en quantité similaire". Ces nouveaux contrats, déjà signés, entreront en vigueur à la fin de l'année pour Pfizer, en 2022 pour Moderna.

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