Hantés par la perte du goût, les œnologues réclament d'être vaccinés d'urgence

Une dégustation de vin par une oenologue (illustration)

VACCINATION - Œnologues et sommeliers ont réagi aux déclarations d'Emmanuel Macron, annonçant que le corps enseignant bénéficierait d'une campagne de vaccination dédiée à partir d'avril. Ils demandent, eux aussi, à être considérés comme un public prioritaire.

Au mois de janvier 2021, Sophie Pallas, œnologue et directrice de l'Union des œnologues de France a attrapé le Covid. Rapidement, elle a perdu le goût et l'odorat. "Je pouvais me mettre une bouteille de vinaigre sous le nez et ne rien sentir", se souvient-elle auprès de LCI. "Pour le vin, c'était terrible, je ne sentais plus que le goût de l'alcool, c'était même devenu désagréable à déguster."

Sophie Pallas est loin d'être un cas isolé dans le milieu des professionnels du vin. Selon une étude menée par l'Union des œnologues de France à l'été 2020, sur 2625 professionnels du vin interrogés dans 37 pays dont la France, près de 38% des professionnels du vin ayant perdu le goût ou l'odorat à cause du Covid-19 déclaraient avoir été handicapés pour exercer leur métier. Parmi les professionnels infectés par le Covid-19, soit 2,7% des personnes interrogées, 68% avaient perdu l’odorat et 56% ont souffert de troubles du goût. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Depuis la présentation de cette enquête, le 10 mars dernier, l'Union des œnologues de France réclame une vaccination prioritaire pour les professionnels du vin. Cette demande a été réitérée mardi 23 mars suite à la promesse faite par Emmanuel Macron d'accélérer encore la vaccination, notamment en l'élargissant aux enseignants à partir du mois d'avril, dans la mesure où les doses nécessaires seront disponibles.

"Nous voulons alerter les pouvoirs publics sur les risques du Covid pour notre profession, à savoir la rupture totale de l'exercice de notre métier", affirme Sophie Pallas. "Nous sommes conscients qu'il ne s'agit pas d'une question de vie ou de mort et que les personnes vulnérables sont prioritaires", poursuit la représentante qui se bat pour que l'anosmie, la perte de l'odorat et l'agueusie, perte de goût, soient reconnues comme "maladies invalidantes" pour la profession. 

Un sujet tabou

"Quand on est œnologue, on doit déguster en permanence, pour savoir quand récolter le raisin, pour gérer sa fermentation et ensuite pour contrôler son évolution. Si on n'a plus de goût ni d'odorat, on pilote à l'aveugle", s'inquiète Sophie Pallas. Une crainte que partage Philippe Faure-Brac, président des sommeliers de France, auprès de LCI. "Dans notre métier, on goûte des vins tous les jours pour les acheter ou pour préparer des accords avec les plats. C'est grave si on laisse passer des vins bouchonnés dans un restaurant, par exemple. Ce n'est pas simplement du confort".

Un sujet d'autant plus préoccupant que toutes les personnes atteintes du Covid ne récupèrent pas de la même manière. "J'ai eu le Covid au mois de janvier et je n'ai pas retrouvé 100% de mes capacités olfactives ni gustatives. Je m'en rends compte à chaque fois que je fais des dégustations. J'ai bien récupéré, mais des éléments me manquent, ce n'est pas aussi précis et approfondi qu'avant". Philippe Faure-Brac a eu des échos de sommeliers qui ont gardé des séquelles. "Ils ont des difficultés à percevoir des choses évidentes sur des vins qu’ils connaissent bien et c'est devenu une vraie source d'angoisse pour eux."

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Même chose chez les œnologues, où les témoignages s'accumulent sur ce sujet. "J'ai un sommelier qui m'a avoué qu'il n'avait retrouvé que 80% de ses capacités, un autre qui pense changer de métier, car il ne se sent plus capable de faire son travail correctement. C'est très problématique et personne n'en parle. Je me suis rendue compte que le sujet était assez tabou. Les œnologues n'osent pas toujours en parler, car ils ont peur des répercussions sur leur travail et quand ils le font, les grandes maisons viticoles leur interdisent de l'ébruiter de peur de nuire à l'image de la marque."

Pour l'instant,  "la seule action préventive possible dont l'on dispose, c'est la vaccination", conclut la directrice de l'Union des œnologues de France.  

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