Pour les stations de ski, l'effet boule de neige d'une année blanche

Les remontées mécaniques n'ouvriront pas le 1er février et même tout l'hiver alors que le secteur des sports d'hiver fait vivre directement plus de 200 000 personnes. Comment mesurer les conséquences d'une saison blanche pour les stations de ski ?

GELÉES - Après d'hypothétiques dates de réouverture repoussées de loin en loin, les stations de ski sont fixées sur leur sort, la saison 2021 n'aura pas lieu. Si l'exécutif dit vouloir sortir le "canon à aides", pas sûr que toutes se remettent d'une année de fermeture.

Pour ceux qui espéraient encore, la douche est bien froide. Après le conseil de défense de ce mercredi, le suspense était mince : face à une situation sanitaire compliquée, les stations de ski alpin ne pourront pas, comme prévu, rouvrir leurs remontées mécaniques au 1er février, condamnant pour l'essentiel leur saison 2021. Une année blanche, après une année 2020 déjà chahutée, pour un secteur qui dit aujourd'hui jouer sa survie.

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250.000 à 400.000 emplois indirects

Pour Alexandre Maulin, le président de Domaines skiables de France (DSF), plus besoin même d'imaginer une ouverture en fin de saison. "On avait placé nos tout derniers espoirs dans le fait de faire février, et on vient de prendre un coup de massue dans la gueule." Pour nombre de stations, ouvrir plus près de Pâques n'aurait que peu d'intérêt économique, avec le risque que la neige ne soit plus au rendez-vous. En France, entre les stations, l'hôtellerie, les retombées locales du tourisme, et toute l'industrie de l'équipement sportif, ce sont entre 250.000 et 400.000 emplois directs et indirects qui dépendent des sports d'hiver, des activités à l'arrêt pour lesquelles l'exécutif tente une analogie. "Les canons à neige ne vont pas fonctionner, les canons à indemnisation doivent être au rendez-vous", a déclaré le secrétaire d'État au Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne, soulignant que les fabricants de matériels, en aval de la filière, devraient également être aidés "pour pouvoir continuer à investir".

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Mais même à la seule échelle des stations de montagne, compenser les pertes sera difficile. Selon le Collectif des entreprises de montagne, une saison de chiffre d'affaires représenterait 12 milliards d'euros, tous métiers confondus. Selon Didier Arino, directeur du cabinet spécialisé Protourisme, "beaucoup de stations de ski sont déjà fragilisées du fait de gros investissements" et la chute du chiffre d'affaires sera comprise entre "au moins 80%" pour celles qui dépendent le plus du ski alpin et "au moins 50%" pour les stations de moyenne montagne. Les professionnels craignent aussi des conséquences de long terme : arrêt des investissements, départ de grands hébergeurs, chute du revenu des collectivités, casse des fournisseurs... et disparition de nombreux emplois.

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Reste que la fermeture des remontées mécaniques a poussé de nombreux skieurs à se rabattre sur les sports qui n'ont pas besoin de taquiner les sommets. Selon l'éditeur de l'application de coaching sportif Strava, ses utilisateurs se sont ainsi largement reportés sur les disciplines nordiques, ski de fond et de randonnées, dont l'usage aurait plus que doublé. Beaucoup se sont même essayés aux raquettes, +441% par rapport à l'année dernière, même si le sport reste confidentiel. Du côté des stations de moyenne montagne, dans le Jura par exemple, on affiche une saison moins catastrophique, même si personne ne dit se réjouir du malheur du ski alpin, dont l'économie représente au moins quatre fois celle du ski nordique.

Dans les jours qui viennent, l'exécutif promet que les professionnels de la neige seront reçus par le Premier ministre, qui devrait leur annoncer un nouveau dispositif d'aide, qui irait au-delà de la prise en charge de 70% des charges fixes en vigueur jusqu'ici. Assez pour sauver le ski français ? "C'est vraiment un tsunami qui emporte la saison et va fragiliser les prochaines", craint Dominique Marcel, PDG de la Compagnie des Alpes. "Les clients, on le voit bien, montrent leur appétence pour venir, ils voudront revenir. En revanche, bien évidemment, un certain nombre d'acteurs - les hébergeurs, restaurateurs ou moniteurs - vont être terriblement fragilisés. Et pour certains, c'était une question de vie ou de mort."

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