Déficit public : la Cour des comptes épingle l'"insincérité" du dernier budget de Hollande et tire la sonnette d'alarme

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TROU D'AIR - Alors que la Commission européenne a donné son dernier avertissement à la France pour rentrer dans les clous en matière de déficit public, la Cour des comptes vient de rendre un audit alarmant. Selon elle, il pourrait déraper à 3,2% cette année. Les sages mettent en cause la responsabilité du gouvernement Hollande.

Attention, zone glissante. Selon la Cour des comptes, le déficit public devrait déraper à 3,2% du produit intérieur brut en 2017. Un constat accablant dressé dans un audit publié ce jeudi et commandé par Edouard Philippe dès son arrivée à Matignon. Il doit servir de base "transparente" au nouveau gouvernement pour justifier des mesures d’économie. À l’approche du premier budget du quinquennat Macron, les sages de la rue Cambon appellent à des "mesures fortes de redressement".

Le gouvernement Hollande directement mis en cause

Dans son audit, la Cour ne passe pas par quatre chemins. Elle accuse directement le gouvernement sortant d'avoir manqué de "sincérité" en construisant son budget 2017. Selon elle, le risque de dérapage résulte "quasi exclusivement d'une sous-estimation des dépenses de l'État". Or, le gouvernement était conscient de ces problèmes "dès l'automne 2016, et de manière plus précise encore, en avril dernier", ajoute-t-elle.


À ce scénario catastrophe, les sages pointent du doigt plusieurs raisons. D’abord celles de la sous-budgétisation de certains ministères sous le quinquennat d’Hollande, ainsi que la recapitalisation d’Areva, qui pourrait conduire à dégrader les comptes publics de 2,3 milliards d'euros. Le rendement plus faible que prévu de la cellule de régularisation fiscale des contribuables cachant leur fortune dans des paradis fiscaux a aussi sa part de responsabilité. En tout, l’addition s’élève à environ 8 milliards d’euros de plus que celle annoncée. L’évaluation a été réalisée "à politique inchangée", sans tenir compte des promesses de campagne du nouveau président.

Michel Sapin et Christian Eckert répliquent

À la publication de ce rapport, l'ancien ministre des Finances Michel Sapin et son secrétaire d'État au Budget Christian Eckert n’ont pas tardé à réagir. Ils nient tous deux tout artifice comptable dans le budget 2017. "Durant le quinquennat de François Hollande, le gouvernement a fait preuve d'un sérieux budgétaire sans précédent", "permettant au déficit de reculer continûment, d'un niveau supérieur à 5% en 2011, dernière année du mandat précédent, à 3,4% en 2016", écrivent-ils dans un communiqué.


Du côté de l'opposition, le rapport de la Cour des comptes n'a rien d'étonnant. "Ça confirme ce qu'on n'a cessé de dire déjà depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. [...] Je vous rappelle quand même que Monsieur Macron a été le plus proche conseiller de François Hollande. Il a été ministre de l'Économie et des Finances de François Hollande. Il ne peut pas non plus s'exonérer de ce constat extrêmement sévère !", déclare au micro de LCI Daniel Fasquelle, député LR du Pas-de-Calais. "Gilles Carrez, moi et quelques autres avions chiffré les choses à peu près comme ça", déclare de son côté le député LR de l'Oise et Président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale Éric Woerth. Il estime cependant que "la France ne peut pas en rester là".

Dernière chance pour redresser la barre

En avril dernier, la France s'était engagée à rabaisser cette année son déficit public à 2,8% du PIB et 2,3% en 2018. Il était de 3,4% en 2016. Le but : repasser sous la barre fatidique des 3% exigée par les traités européens. Pour tenir la barre, le ministre de l'Économie, Bruno le Maire, a d'ores et déjà annoncé des "décisions difficiles" à prendre. "Il faut que l'Etat, les collectivités locales, les dépenses sociales, chacun fasse un effort", a-t-il expliqué. Le pays est le dernier de la zone euro, avec l'Espagne, à être sous le coup d'une procédure pour déficit excessif. Il a déjà bénéficié de deux délais supplémentaires pour passer sous la barre des 3% en 2013 et 2015. Mais cette fois, la Commission européenne a prévenu : il n'y aura pas de nouveau délai.

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