#DeleteUber : pourquoi les utilisateurs tournent le dos à Uber

ÉCONOMIE

CRISE – Depuis plusieurs semaines, le hashtag "DeleteUber" ("Supprimez Uber") pullule sur les réseaux sociaux. Et aux États-Unis ou au Royaume-Uni, de nombreux utilisateurs suppriment leurs comptes sur la plateforme. Focus sur les turbulences qui secouent violemment l’entreprise star des VTC.

"En trois ans, je n’ai jamais eu affaire à un être humain." "On nous traite comme du bétail." "Ils nous exploitent et on ne peut rien faire." Les témoignages, anonymes, de chauffeurs de VTC pour dénoncer les pratiques d’Uber abondent depuis de longs mois. Les nouveaux tarifs de l’entreprise leader de ce marché en plein essor les obligent à devoir travailler, en moyenne, 60 heures par semaine, pour gagner, dans le meilleur des cas, un salaire mensuel de 1.700 euros. En outre, la société s’arroge le droit de mettre à pied ses chauffeurs sans justification. 

Et si ce conflit entre l'entreprise américaine et ses chauffeurs a récemment fait beaucoup de bruit en France, il n'y a pas que chez nous que les tensions existent. Au contraire, même, puisqu'elles sont encore plus exacerbées ces dernières semaines aux États-Unis et au Royaume-Uni. Au point que de nombreux usagers y ont fait le choix d’opter pour une autre application.

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En cause : la retentissante démission de Susan Fowler, une ingénieure employée par Uber, qui a expliqué sur son blog personnel avoir été victime de sexisme et de harcèlement sexuel au sein de l’entreprise. Laquelle a réagi en recrutant l’ex-ministre de la justice de Barack Obama, Eric Holder, pour mener une "enquête interne" au plus vite. Problème : des liens étroits entre l’entreprise de M. Holder et Uber ont ensuite été révélés par les médias américains, qui ont aussi rappelé que ce juriste avait défendu Uber lors de plusieurs procès… Une affaire qui a donné naissance, sur Twitter, au hashtag #DeleteUber, invitant les usagers indignés à supprimer leurs comptes.

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Cet appel a eu un impact concret : certains internautes ayant effectué cette démarche ont carrément reçu un mail de l’entreprise, où elle faisait nommément référence à Susan Fowler, en se dédouanant. Ce mot a, là encore, été largement diffusé (et critiqué) sur les réseaux sociaux, et l’entreprise a alors arrêté de l’envoyer…

Et, dans le même temps, le New York Times a publié un article dans lequel plusieurs employés d’Uber témoignent de leurs conditions de travail, décrivant une homophobie généralisée, des managers ayant recours à la menace et aux violences, et d’autres cas de harcèlement sexuel. Ajoutez à cela la plainte déposée par Google (actionnaire d’Uber !) contre la société de transport à la demande pour vol de secrets industriels concernant le développement de la voiture sans chauffeur, et vous obtenez une crise sans précédent.

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Moi, je vous encourage à télécharger d’autres applications, qui nous donnent une commission supérieure, et surtout qui nous traite comme des êtres humains- Un chauffeur

Derrière les procès et les polémiques, c’est toute la culture d’entreprise d’Uber qui est fondamentalement remise en cause. Y compris en France. "Moi, je vous encourage à télécharger d’autres applications, qui nous donnent une commission supérieure, et surtout qui nous traite comme des êtres humains. Il y a des applications françaises qui marchent très bien, et avec lesquels on sait parfaitement où l’argent va", nous a ainsi encouragé un chauffeur récemment. Aux États-Unis, c’est désormais l’application Lyft qui a le vent en poupe, parce qu’elle revendique des valeurs "socialement engagées"... 

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JT 20H - Le modèle Uber est-il déjà mort ?

Dans l’Hexagone, l’État français avait dû nommer un médiateur pour tenter de mettre fin au conflit opposant Uber à ses chauffeurs. Dans ses conclusions, il avait préconisé la création, via une loi, d’une "sorte de smic" pour les ces derniers, ainsi que la mise en place d’un "prix plancher" pour les courses et d’un temps de travail hebdomadaire fixé à 40 heures, "au nom de la sécurité". L’idée étant d’avoir,  "au nom de l’ordre public social", des chauffeurs formés et qualifiés, moins fatigués, qui seraient rendus moins dépendants aux plates-formes de transport à la demande. Cela créerait un nouveau marché, avec de nouveaux prix. Mais cela mettrait aussi sacrément à mal le modèle économique débridé d’Uber. Dit autrement : la fameuse "uberisation" de la société est en passe de faire sa révolution.

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Ubérisation : "Ce modèle économique nous dépasse", selon un chauffeur

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