Dix jours après le Brexit, des effets déjà visibles et des commerces à l'arrêt

Victimes d'échanges trans-Manche réduits à leur minimum, les magasins Marks&Spencer, tant en France qu'au Royaume-Uni

SLOWDOWN - Des supermarchés aux rayons sous-approvisionnés, des pêcheurs qui n'exportent plus, mais surtout des échanges commerciaux réduits à la portion congrue : dix jours après la sortie du Royaume-Uni de l'UE, les conséquences immédiates du Brexit sont déjà visibles.

Au vu de la précipitation dans laquelle se sont négociés les derniers détails de l'accord commercial qui a évité un no deal aux deux parties, il était à craindre que les premières semaines de janvier soient un peu chahutées. Si l'accord prévoit des échanges commerciaux sans nouvelles taxes, le Royaume-Uni n'est plus un voisin comme les autres. Et le commerce semble déjà souffrir des contraintes administratives qu'implique la sortie de l'UE. 

Avec un accord tombé pendant les fêtes de fin d'année, et sur fond d'une pandémie au plus haut outre-Manche, l'ambiance est tout sauf au business as usual.

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Blocages et rayons vides... des deux côtés de la Manche

Le weekend dernier, les consommateurs britanniques ont ainsi pu découvrir des hypermarchés aux rayons souvent clairsemés, surtout du côté des produits frais, des fruits et légumes particulièrement. En cause : des importations en baisse, venant de grossistes qui ont hésité à affréter des camions vers le Royaume-Uni, de peur de les voir bloqués ou retardés par les nouvelles procédures... ou par de possibles embouteillages de poids-lourds. Des bouchons qui ne se sont pour l'instant pas matérialisés : dans les premiers jours de 2021, on comptait ainsi 800 camions à l'arrivée des ferries de Douvres... contre plus de 10.000 par jour en moyenne d'ordinaire.

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Un ralentissement qui a aussi un retentissement chez nous, particulièrement pour des enseignes qui distribuent des produits britanniques, et en particulier la chaînes de magasins Marks&Spencer, déjà mal en point et la plus touchée par le ralentissement des échanges. Dans les rayons des magasins parisiens de M&S, on ne trouve plus les sandwiches triangulaires habituels, mais aussi toutes sortes de produits 100% British qui font d'ordinaire le succès de l'épicerie. Une situation qui n'empêche pas les Anglais de garder leur sens de l'humour. Sur Twitter, notre confrère John Lichfield, correspondant à Paris du quotidien The Independent, s'amuse ainsi de la "grande famine des sandwiches post-Brexit" qu'affichent les rayons vides de Marks&Spencer chez nous.

La pêche britannique sans débouchés

Sur la pêche, dossier le plus brûlant - malgré son importance économique toute relative - de l'accord avec l'UE, si la diplomatie l'a emporté, la nouvelle donne peine à s'organiser. Si côté UE, les pêcheurs attendent souvent des précisions sur les zones de pêche qui leur seront ouvertes, et les permis qui vont avec, c'est côté britannique que les difficultés sont les plus visibles, du fait d'une machine administrative qui peine à se mettre en route.

"D'abord on nous dit que c'est un problème informatique, puis que ce sont les formulaires, et puis on nous dit qu'on ne sait plus", déplore un pêcheur. Conséquence : des clients européens dont les commandes sont en chute libre... tout comme les prix de poissons qui ne trouvent plus preneur. À la criée de Peterhead, en Écosse, on constatait ce matin des cours dévissant de 60 à 80% pour certaines espèces. Idem dans le sud-Ouest du pays, où des poissons destinés à la France ne trouvent plus preneur.

En Irlande du Nord, un commerce "au bord de l'effondrement"

En Irlande du Nord aussi, les conséquences immédiates du Brexit sont sévères, avec là encore des supermarchés qui peinent à remplir leurs rayons. Ici aussi, ce n'est pas la demande qui est en cause, mais l'adaptation difficile à une nouvelle règle du jeu, où l'Irlande du Nord a de plus un statut particulier. Pour ne pas avoir à réinstaurer une frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande - ce qui aurait contrevenu aux accords de paix du Good Friday - le territoire est demeuré dans l'union douanière, ce qui en revanche nécessite de nouveaux contrôles sur les marchandises arrivant depuis la Grande-Bretagne. 

De nouvelles procédures qui, pour l'instant, ont ralenti les échanges, qui ne seraient qu'à 30 à 40% de leurs volumes habituels, selon la Road Haulage Association (RHA), premier syndicat de transporteurs routiers du pays. "Certaines entreprises ont décidé de cesser d'approvisionner l'Irlande du Nord en raison de l'incertitude ou des retards", explique un porte-parole du syndicat, pour qui le système d'approvisionnement "est littéralement à quelques jours de l'effondrement". Constat partagé par la compagnie de ferries Stena Line a annoncé l'annulation de plusieurs traversées entre le pays de Galles et Dublin, pour cause de trafic fret en baisse notable.

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les commerces calaisiens : les premières victimes du Brexit

Encore trop tôt pour mesurer les effets réels du Brexit

Une chose est sûre : l'économie britannique - et nombre d'entreprises de l'UE - ne tiendront pas longtemps si le ralentissement des échanges devait se poursuivre. Si l'alimentation en voit les signes les plus criants, le commerce au point mort pourrait rapidement frapper l'industrie, avec des réseaux d'approvisionnements qui sont depuis longtemps interdépendants. Des entreprises qui compulsent depuis le début du mois l'accord complet conclu entre l'UE et le Royaume-Uni, pour en comprendre les impacts immédiats, les nouvelles procédures administratives et les frais éventuels auxquels leurs produits pourraient être soumis. De quoi ralentir là encore les échanges trans-Manche, pour celles qui n'ont pas simplement choisi de changer de fournisseurs pour rester dans l'UE. Cet impact là mettra plusieurs mois à se faire sentir.

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