Comment la pandémie a tiré les salaires vers le bas

Comment la pandémie a tiré les salaires vers le bas

SOUS PRESSION - Si les aides d'urgence et le chômage partiel le gomment encore souvent, la crise sanitaire met les revenus du travail sous pression dans le monde entier, et creuse chez nous les inégalités entre hauts et bas salaires, et entre hommes et femmes. Et 2021 devrait être pire encore.

À la myriade des effets économiques directs et indirects de la pandémie de Covid-19, on peut désormais ajouter des conséquences négatives sur nos fiches de paie. C’est la conclusion d’un rapport de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), rendu public mercredi 2 décembre, qui conclut que dans les deux tiers des pays étudiés, la crise économique qui suit la crise sanitaire opère "une pression à la baisse sur le niveau ou sur le taux de croissance des salaires moyens dans deux tiers des pays" pour lesquels l'étude a pu obtenir des données récentes. 

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En France, le mirage des salaires en hausse

Si les disparités entre les pays et les régions du monde sont parfois flagrantes, tous les chiffres sont à prendre avec un peu de recul... même quand ils sont bons. Pour Ding Xu, économiste à l’OIT et co-auteur du rapport, même certaines bonnes nouvelles cachent en fait une réalité plus sombre. "Les données montrent par exemple une hausse des rémunérations dans certains pays", explique-t-il, "mais c’est une hausse moyenne qui est due aux pertes d’emplois des travailleurs les moins bien payés, et dont le salaire sort des statistiques". Chez nous par exemple, le calcul des salaires moyens affiche ainsi bien une hausse de quelques pourcents, mais qui masque en fait une baisse massive du nombre d’heures payées, dont 90% est à attribuer à des réductions du temps de travail, plutôt qu’à des licenciements.

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Parmi les autres inégalités accrues que le rapport met en évidence, celles entre les hommes et les femmes, ces dernières étant touchées "de manière disproportionnée". Des inégalités parfois gommées par les subventions et allocations versée par les États, sans lesquelles la masse salariale totale aurait baissé de 6,5 % entre le premier et le second trimestre de cette année. Une baisse de 8,1% pour les femmes, contre 5,4% pour les hommes. Là encore, ce n'est pas le salaire horaire qui explique la différence, mais plutôt le nombre d'heures travaillées. C’est par exemple le cas en France, l’un des pays où ces inégalités sont les plus visibles, à l’instar de l’Allemagne, le Portugal, et la Grande-Bretagne.

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Là où la crise se révèle la plus cruelle, c'est quand elle touche de manière plus sévère des travailleurs qui étaient déjà les moins bien payés. Si l'on fait une fois de plus abstraction des subventions et aide diverses, la moitié des travailleurs européens aux salaires les plus modestes auraient perdu environ 17,3% de leur rémunération, soit presque trois fois plus que l’ensemble des travailleurs. Comme le souligne l’OIT, ces inégalités pourraient bien continuer à se creuser sur l'année à venir, au fur et à mesure de l’extinction des dispositifs d'aides exceptionnelles. Des aides dont le rapport estime qu'elles permettraient aujourd'hui de compenser "40 % des pertes en termes de masse salariale totale". En France, au mois de juillet dernier, le chômage partiel concernait ainsi plus de la moitié des salariés du pays, un soutien qui ne pourra durer éternellement.

Pour Guy Rider, directeur général de l’OIT, les conséquences à long terme de la pandémie devraient "se faire sentir à long terme, et il y a beaucoup de turbulences et d'incertitudes", ajoutant que l'horizon du vaccin ne sera pas "une piqûre pour l'économie". 2021 s'annonce rude.

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