Flambée record du prix du gazole : est-elle vouée à durer ?

Le prix du gazole à la pompe atteint 1,53 euro le litre. C'est le prix le plus élevé jamais payé en France. Un prix qui a augmenté de 28% en un an. Comment expliquer cette flambée ? Est-ce dû uniquement au cours du pétrole ?

DÉCRYPTAGE - Le prix du gazole à la pompe atteint des sommets en France, avec un pic la semaine dernière à 1,53 euro le litre. Il a ainsi dépassé le précédent record établi en 2018, avant la crise des gilets jaunes. Analyse de ce phénomène avec l'économiste Pascal Perri.

Depuis des semaines, la France fait face à une flambée des prix de l'énergie, et notamment de l'essence. Selon les données du ministère de la Transition écologique publiées lundi, le prix moyen du litre du gazole à la pompe a atteint, la semaine dernière, 1,53 euro. Un chiffre record, supérieur au pic enregistré en 2018 avant la crise des gilets jaunes. Comment expliquer une telle inflation ? Jusqu'où cette hausse peut-elle se poursuivre ? Interrogé par LCI, l'économiste Pascal Perri fait le point.

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La flambée des prix de l'énergie

 LCI : Le prix du gazole en France a atteint des hauteurs inédites en France. Quelles sont les causes d'une telle progression ? 

On sort d'une période de ralentissement de l’économie, durant laquelle la demande s’était tassée. Pendant le confinement, les entreprises ont tourné au ralenti. La demande d’énergie a donc baissé. La quantité produite restant inchangée, cela a mécaniquement fait baisser les prix. C'est la loi de l'offre et la demande. Au plus fort de la crise, le prix du baril est passé sous le seuil des 40 dollars. La reprise économique soudaine a fait exploser le prix du baril. Il a doublé en l’espace d’un an, s'établissant aujourd'hui à plus de 80 dollars. L'augmentation du prix à la pompe, constatée ces dernières semaines, correspond donc à la hausse du coût de la matière première. Toutefois, il faut noter que la part du prix de la matière première est relativement faible dans le prix d’un litre d’essence, la fiscalité, elle en revanche, en représente 60%. De fait, ce dernier n'a grimpé "que" de 10 centimes. 

Au bout d’une semaine, 50% de l’augmentation du prix de la matière première se traduit dans le prix payé par le consommateur- Pascal Perri

Concrètement, quel mécanisme est mis en œuvre ? 

Une récente étude de la Banque de France, sur un échantillon très large (11.000 stations services françaises) et sur un temps long (2007-2018), nous éclaire à ce sujet. Elle montre qu'il existe une élasticité égale entre le prix du baril et le prix payé par le consommateur à la pompe, que le coût de la matière première soit à la hausse ou à la baisse. Autrement dit, la variation du prix du baril est perçu de la même façon à la pompe, qu'il augmente ou qu'il baisse. La Banque de France donne aussi des indications sur le temps de propagation du prix de la matière première à celui du produit fini. Au bout d’une semaine, 50% de l’augmentation du prix de la matière première se traduit dans le prix payé par le consommateur. Au bout de 11 jours ouvrés, ce chiffre monte à 90%. Il est de 100% après 20 jours ouvrés.

Cette dynamique est-elle partie pour durer ? 

Une partie de la réponse peut être imaginée. Une autre dépend des producteurs, eux-mêmes. On sait que la reprise économique est très forte. Or cette conjoncture à la hausse est, par définition, énergivore. On voit par exemple les Chinois re-commander du charbon à l’Australie malgré des tensions diplomatiques. C’est la même chose avec le gaz et donc avec le pétrole : il faut alimenter le flux de la reprise. Malgré tout, plusieurs éléments demeurent imprévisibles, à commencer par le comportement des pays producteurs. Pour baisser les prix, ils pourraient décider d'augmenter les quantités. Mais cela dégraderait alors potentiellement leurs propres recettes. L'exploitation du pétrole de schiste pourrait aussi bouleverser la conjoncture. D'autant plus qu'elle redevient rentable à partir d’un certain niveau de prix du pétrole. 

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Cette hausse soudaine des prix traduit-elle aussi une préoccupation à plus long terme, et notamment l'assèchement à venir des réserves de pétrole ?

Non, je ne le crois pas. C’est trop loin à ce stade pour être intégré à un calcul économique de court ou moyen terme. En revanche, ces futures pénuries rendent plus coûteuses l’extraction de la ressource, car elle est de plus en plus difficile d’accès. Par conséquent, les coûts de production - et donc les prix - augmentent. 

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