"Euro-redevance", pollution au péage, taxe embouteillage : ce que prépare Parlement européens pour les automobilistes

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POLLUEUR PAYEUR - Le tarif des péages pourraient dépendre dès 2021 de la distance parcourue par votre véhicule mais aussi de son niveau de pollution, selon un projet étudié par les députés européens. Un texte "choquant", dénonce l'association 40 millions d'automobilistes.

"Si vous saviez le nombre de personnes qui veulent sauver la planète à coup de taxes…" Quand on lui parle du Parlement européen, le délégué général de 40 millions d'automobilistes Pierre Chasseray est fumasse. En cause : une directive qui vise à instaurer le principe de pollueur-payeur aux usagers de la route. Et ce, grâce à une taxe aux péages qui évoluerait selon les émissions de Co² du véhicule et la distance parcourue.

Les péages plus chers pour les véhicule au diesel

Dans les tiroirs depuis 2017 et un rapport rédigé par l'eurodéputée française Christine Revault d'Allonnes-Bonnefoy (PS), la proposition est formulée dans le cadre de la révision de la directive Eurovignette. Ce texte, qui régit la redevance et de taxation des infrastructures routières en Europe, pourrait rapidement impacter le portefeuille des conducteurs : dès 2021 pour les poids lourds, et dès 2026 pour tous les utilisateurs de la route.


Le coût de cette mesure a déjà été chiffré : "Avec ce nouveau système de péage, un vieux camion à la norme Euro 2 paierait une redevance de 39,60 euros sur un trajet Paris-Strasbourg, alors qu’un poids lourd Euro 6 ne paierait que 14,40 € de plus", a détaillé l'eurodéputée au Parisien. Quant à l'automobiliste, celui-ci paiera 2,70 € de plus s’il roule en diesel Euro 6 (contre 4,05 € pour un diesel de vieille génération) et 50 centimes s’il possède un véhicule électrique. Les recettes permettraient de financer des travaux pour améliorer les routes, faire de la prévention ou financer d'autres moyens de transport comme le ferroviaire.

"Il s'agit d'une mesure de bon sens", assure à LCI Karima Delli. La présidente de la commission Transports du Parlement européen voit d'un bon œil cette "euro-redevance" qui permettra d'investir dans "des projets vertueux et plus propreS." Et la députée européenne EELV de défendre un projet "bon pour le climat mais aussi la sécurité routière : Ce n'est plus possible d'avoir en Europe 500.000 morts prématurés, dont 48.000 en France." Des arguments irrecevables du côté de 40 millions d'automobilistes. "Je suis profondément choqué, nous explique Pierre Chasseray. Car on utilise encore l'argument "sauver la planète" pour ajouter de la fiscalité. En outre, cela n'a aucun sens en France en raison du scandale que représente à l'heure actuelle les tarifs aux péages."

Vers une "redevance de congestion" ?

Autre piste du projet : l'instauration d'une "redevance de congestion". Celle-ci permettrait de faire payer plus cher les automobilistes au péage sur les axes très embouteillés. "Des exceptions seront prévues, tient à rassurer Karima Delli. Les gens habitants en périphérie des métropoles, comme en Yvelines ou Seine-et-Marne en Ile-de-France, rien ne justifie qu'ils paient tous les jours ce péage. Ils seront exemptés." Un point de vue que ne partage pas Pierre Chasseray, pour qui cette réglementation aura pour conséquence de déporter les conducteurs sur les axes secondaires, considérés comme étant moins sécurisés. On nous rebat les oreilles avec la question de la sécurité routière, comme quoi il faut désormais rouler à 80km/h, et là, que fait-t-on ? On va envoyer les Français sur les réseaux secondaires, qui sont les plus dangereux en France ! Pour imaginer un projet de loi aussi stupide, socialement injuste, il faut être une bobo de première…"


"Les Français ne doivent pas s'inquiéter, tempère Karima Delli. Si ce texte entre en vigueur, ils vont entrer dans un système qui leur permettra d'avoir des infrastructures de transports durables car ils le méritent." Prochaine étape pour l'épineux sujet : passer devant la Commission européenne et le Conseil des États membres. Si le texte au Journal Officiel, les États auront deux ans pour le mettre en place.

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